• <st1:personname productid="La Tribune" w:st="on">La Tribune</st1:personname> - 19/06/2009 - 300 mots

    Les critiques fusent sur la réforme Obama

    Ses propositions sont controversées, mais Tim Geithner exhorte le Congrès à les voter au plus vite.

     « Nous pouvons être en désaccord sur les détails et nous allons devoir régler toutes ces questions. Mais les Américains moyens ont trop souffert ; la confiance dans notre système financier a été trop ébranlée ; notre économie s'est trop approchée du précipice pour que nous laissions passer cette occasion. » Hier, au Sénat, le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, a engagé le Congrès à adopter au plus vite la plus ambitieuse réforme réglementaire des marchés financiers proposée aux États-Unis depuis les années 1930.

    les lobbies s'agitent

    Le président de la commission des Services financiers de <st1:personname productid="la Chambre" w:st="on">la Chambre</st1:personname> des représentants, l'influent Barney Frank, a prévenu que cette réforme était « très vraisemblablement susceptible d'être votée? en substance ». Car le Capitole critique la nouvelle mission qu'entend confier l'administration Obama à <st1:personname productid="la R←serve" w:st="on">la Réserve</st1:personname> fédérale : surveiller les institutions financières susceptibles de présenter une menace pour la stabilité du système financier. « Il y a une différence entre le fait de lui accorder des pouvoirs et le fait qu'elle agisse », prévient Jim Bunning, sénateur républicain du Kentucky, rappelant que <st1:personname productid="la Fed" w:st="on">la Fed</st1:personname> s'était montrée incapable de prévenir la tempête financière qui a éclaté à l'été 2007, et de défendre les consommateurs, victimes de la crise des crédits subprime.

    Les lobbies de Wall Street s'agitent. Directeur général de l'Association bancaire américaine (ABA), Edward Yingling juge que cette « proposition est si vaste et si controversée qu'il sera extrêmement difficile de la promulguer » et assure qu'elle « créera une grande incertitude sur les marchés financiers ». L'Association des hedge funds (HFA) dénonce des mesures « excessivement pesantes » pour les sociétés ayant moins de 250 millions de dollars sous gestion, et « qui pourrait avoir un impact significativement négatif sur l'économie américaine ». Enfin, la principale association patronale (US Chamber) s'affirme « déçue » par une réforme qui ne règle pas, selon elle, le problème de la fragmentation de la supervision financière.

    Éric Chalmet, à New York

    Obama crée de nouvelles agences pour assurer la sécurité des marchés 


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  • [ 18/06/09  ] <script language="Javascript" src="http://commentaires.lesechos.fr/onglet2.php?id=4876519"></script>

    Depuis quelques semaines, malgré la météo morose, de nombreux médias nous donnent à croire que l'économie mondiale connaît une embellie inespérée. La crise serait-elle finie ? C'est ce que l'on essaie de nous faire croire. Et il faut reconnaître qu'un certain nombre d'« hirondelles » semblent faire le « printemps » économique. Certains indicateurs américains avancés, dont la capacité prédictive est unanimement reconnue (comme les indicateurs ISM et PMI), témoignent d'une amélioration du moral des entreprises de ce pays. De même, les indicateurs concernant les pays émergents semblent virer progressivement au vert. Serait-ce la preuve que le marché intérieur de ces pays pourrait être susceptible de constituer un relais de croissance aux exportations ? Par ailleurs, les dépréciations d'actifs bancaires semblent marquer le pas, permettant même à un certain nombre de banques américaines de rembourser les fonds avancés par l'Etat, et donc de retrouver leur liberté en matière de rémunération de leurs dirigeants... Enfin, on peut espérer que les mesures de relance budgétaire prises, en contravention parfaite avec les dogmes prévalant depuis vingt ans (et, en premier lieu, le Pacte de stabilité européen), vont commencer à porter leurs fruits.

    Ces quatre « hirondelles » font-elles, pour autant, le « printemps » de la fin de la crise ? La réponse est clairement « non ». Car, si un coin de ciel bleu existe bel et bien, la couverture nuageuse n'en reste pas moins dominante. Et ce, sur tous les fronts.

    Au plan microéconomique, si les grandes entreprises, intelligemment mondialisées, arrivent momentanément à « tirer leur épingle du jeu », l'immense cohorte de PME subit de plein fouet le contrecoup d'un « credit crunch » que les banquiers nient mais que les statistiques les plus sérieuses commencent à révéler. Au niveau mésoéconomique, aucune réforme sérieuse n'a été mise en oeuvre à ce jour, alors que la crise a éclaté depuis près de deux ans. Malgré les pistes tracées par le G20 de Londres, rien ou presque n'a été fait. Qu'il s'agisse des agences de notation, des paradis fiscaux ou encore des moyens dont disposent les régulateurs bancaires. La réforme américaine reste insuffisante. Et ce, au moment même où se révèlent de nouveaux « champs de mines » qu'il paraît extrêmement périlleux de franchir. Ainsi en est-il, par exemple, des fonds de pension qui, aux Etats Unis, sont passés au- dessous du « seuil de flottaison » (à savoir, leur capacité de faire face à leurs engagements) ou encore des « hedge funds », dont les meilleurs connaisseurs prédisent la disparition pure et simple d'un tiers des effectifs. Ou encore des cartes de crédit aux Etats-Unis. Ou encore des LBO en Europe. Ou encore des CDS (« credit default swaps », produits de titrisation dont le marché dépasse le PNB mondial...) partout dans le monde.

    Quant au niveau macroéconomique, ce n'est guère mieux. Même si le dollar résiste, grâce aux Chinois, l'absence complète de coopération budgétaire à l'échelle de la planète donne toujours une prime aux « passagers clandestins » (comme l'Allemagne), qui profitent des efforts des autres sans, pour cela, payer leur écot aux efforts collectifs.

    Compte tenu de ces multiples « épées de Damoclès » la question posée est la suivante : faut-il prêcher le faux (la fin de la crise) pour connaître le vrai (le retour de la confiance) ? Notre conviction est la suivante. La confiance ne se recrée pas de manière artificielle. La méthode Coué n'a jamais durablement fonctionné en économie. Mieux vaut ne pas se voiler la face et accepter la dure réalité. La crise n'est pas finie et les réformes pour sortir de celle-ci sont, plus que jamais, nécessaires. Il a fallu la faillite de Lehman Brothers pour que les politiques de tous pays prennent la mesure de l'ampleur de la crise et acceptent d'organiser un G20, sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy, alors président de l'Union européenne. La même peur devrait, à ce jour, avoir les mêmes effets. C'est-à-dire la mise en oeuvre effective des réformes sur lesquelles la plupart des experts se sont, aujourd'hui, mis d'accord. Faute de quoi il est à craindre que les rares « hirondelles » économiques de ce printemps connaîtront un automne particulièrement cruel...

    Olivier Pastré est professeur d'économie à Paris-VIII.

    Pastre Olivier 

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  • Vous savez ce rapport qui est dans toutes les bouches (discours) des intervenants politiques – enfin ceux qui s’apprêtent a remettre Barroso a <st1:personname productid="la Tête" w:st="on">la Tête</st1:personname> de l’Europe. Je suis en train de le travailler, mais je ne résiste pas de vous donner en INTEGRALITE l’introduction, lisez bien….et ne tremblez pas.

     

    INTRODUCTION

    1) Depuis juillet 2007, le monde est confronté à la crise financière la plus grave et la plus

    lourde de conséquences depuis 1929. Cette crise, apparue aux États-Unis, est aujourd'hui

    mondiale et profonde, et elle s'aggrave encore. Elle s'est avérée très contagieuse et

    complexe, et s'est rapidement propagée dans différents pays et différents segments du

    marché. De nombreux secteurs du système financier continuent de subir de fortes

    tensions. Certains marchés et établissements ont cessé de fonctionner, ce qui nuit à

    l'économie réelle. Les marchés financiers reposent sur la confiance, mais la confiance s'est

    considérablement érodée.

    2) On observe de graves préjudices économiques à l'échelon mondial, avec de lourdes

    conséquences pour le coût et la disponibilité du crédit, les budgets des ménages, le crédit

    hypothécaire, les retraites, le financement des entreprises, petites et grandes, un accès

    beaucoup plus restreint au financement de marché et maintenant des retombées sur les

    économies émergentes plus fragiles. Les économies des pays de l'OCDE entrent en

    récession, et le chômage progresse rapidement. Jusqu'ici, les banques et les entreprises

    d'assurance ont renoncé à des créances de plus de 1 000 milliards d'euros. Aujourd'hui

    encore, 18 mois après le début de la crise, on ne connaît pas l'ampleur exacte des pertes.

    Depuis le mois d'août <st1:metricconverter productid="2007, l" w:st="on">2007, l</st1:metricconverter>'effondrement des marchés boursiers mondiaux a entraîné

    des diminutions de valeur des entreprises cotées de plus de 16 000 milliards d'euros, ce

    qui représente environ 1,5 fois le PIB de l'Union européenne.

    3) Les gouvernements et les banques centrales du monde entier ont pris de nombreuses

    mesures pour essayer d'améliorer la situation économique et de réduire les risques

    systémiques: divers trains de mesures de relance économique, des injections massives de

    liquidités par les banques centrales, une recapitalisation des établissements financiers, des

    garanties pour certains types d'opérations financières, en particulier les prêts

    interbancaires, ou l'achat direct d'actifs, tandis que certains gouvernements envisagent des

    solutions de défaisance. Jusqu'ici, ces différentes mesures n'ont remporté qu'un succès

    mitigé.

    4) Le Groupe estime que les autorités monétaires mondiales et les autorités financières de

    réglementation et de surveillance peuvent et doivent faire davantage à l'avenir pour

    réduire les risques de voir pareille situation se reproduire. Cela ne veut pas dire que toutes

    les crises pourront être évitées. Ce ne serait pas un objectif réaliste. Mais on pourrait et on

    devrait éviter les faiblesses systémiques et liées que nous avons observées et qui ont

    entraîné une telle contagion. Si l'on veut éviter que ce type de crise se reproduise, il y a

    lieu de procéder à un certain nombre de changements radicaux dans les orientations des

    politiques. Ils concernent l'Union européenne mais également le système mondial dans

    son ensemble.


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  •                      du 15/06/2009

     

    LE COMMENTAIRE DE JOSEPH E. STIGLITZ

    Il faut empêcher les banques de recommencer

    Face aux premiers signes de reprise économique, les banques américaines commencent à résister aux efforts de réformer des réglementations bancaires. L’ancien système fonctionnait bien pour les banquiers (si ce n’est pour leurs actionnaires), pourquoi en changer ? En fait, les mesures prises pour leur venir en aide ont accordé tellement peu de place à une réflexion sur le système financier d’après-crise, que les Etats-Unis risquent de se retrouver avec un système bancaire moins compétitif et avec des banques, trop importantes pour faire faillite, encore plus grosses qu’avant.

    Depuis longtemps, on sait pourtant que ces banques étaient aussi trop importantes pour être gérées convenablement. L’Etat assurant les dépôts bancaires, il joue, à la différence d’autres secteurs, un rôle important dans leur restructuration.

    Les autorités savent que si elles attendent trop longtemps pour agir, les banques « zombies »− avec des actifs nets quasiment inexistants, mais toujours considérées comme des institutions viables − parieront vraisemblablement« sur une résurrection ».

    Si elles parient gros et gagnent, elles empochent les gains, et si elles perdent, le gouvernement règle l’addition.

    Lorsqu’un guichet automatique d’une banque affiche« fonds insuffisants », le gouvernement ne souhaite pas que ce soit la banque, plutôt que votre compte personnel, qui se retrouve insuffisamment approvisionnée et il intervient avant que les caisses soient vides. Dans le cas d’une restructuration financière, les actionnaires passent en général à la trappe et ce sont les détenteurs d’obligations qui deviennent les nouveaux actionnaires.

    L’administration Obama a cependant inventé un nouveau concept : celui de la banque trop grande pour être restructurée.

    En d’autres termes, il pense que cela déclencherait la pire débâcle si les règles habituelles leur étaient appliquées. Les marchés paniqueraient.

    Nous nous retrouvons donc dans une situation où non seulement les obligataires sont intouchables, mais également les actionnaires − même si pour l’essentiel, la valeur des actions ne reflète qu’un pari sur l’aide financière du gouvernement.

    Je pense que cette idée est une erreur.

    L’administration Obama a cédé devant les pressions politiques et les chiffons rouges agités par les grandes banques. Elle confond renflouage des banquiers et de leurs actionnaires avec renflouage des banques.

    Une restructuration offre l’occasion d’un nouveau départ pour les banques : les nouveaux investisseurs auront davantage confiance, les autres banques hésiteront moins à leur faire crédit et elle seront-elles mêmes plus enclines à prêter. Les détenteurs d’obligations ont tout à gagner d’une restructuration bien pensée et si la valeur des actifs est nettement plus élevée que les marchés (et les analystes) ne le pensent, ils engrangeront tôt ou tard les dividendes.

    Ce qui est toutefois clair, c’est que les coûts actuels et futurs de la stratégie de l’administration Obama sont très élevés − pour une stratégie qui n’a pas atteint l’objectif pourtant limité qui était la relance du crédit. Les contribuables ont dû avancer des milliards de dollars, et d’autres milliards sous forme de garanties − des factures qui devront être réglées un jour ou l’autre.

    Réécrire les règles de l’économie de marché − sous une forme qui a essentiellement profité à ceux qui ont provoqué cette crise économique mondiale − n’est pas simplement coûteux. Cette crise est profondément injuste pour la majorité des Américains, surtout après avoir constaté que les banques ont utilisé les milliards destinés à relancer le crédit pour s’octroyer des primes et des dividendes exorbitants. Déchirer le contrat social n’est pas quelque chose qui peut être fait à la légère.

    Cet ersatz de capitalisme, où les pertes sont collectivisées et les gains privatisés, est voué à l’échec. Les incitations sont perverties. Il n’y a plus de discipline de marchés. Les banques trop importantes pour faire faillite savent qu’elles peuvent parier en toute impunité et avec <st1:personname productid="la Réserve" w:st="on">la Réserve</st1:personname> fédérale américaine qui a ouvert les vannes du crédit à des taux d’intérêt proches de zéro, l’argent ne manque pas pour jouer.

    Certains ont qualifié ce nouveau régime économique de « socialisme avec des caractéristiques américaines ».Mais le socialisme se préoccupe des individus, alors que les Etats-Unis n’ont guère apporté d’aide aux millions d’Américains qui ont perdu leur maison. Les salariés qui perdent leur emploi ont droit à 39 semaines d’une allocation chômage limitée.

    L’Amérique a étendu sa protection aux entreprises à un niveau sans précédent −des banques commerciales aux banques d’investissement, puis aux assurances et aujourd’hui à l’industrie automobile − et ce n’est pas fini. En vérité, il ne s’agit pas de socialisme, mais de l’extension d’un Etat providence pour les entreprises qui existe depuis longtemps. Les riches et les puissants se tournent vers le gouvernement en cas de difficulté, tandis que les individus dans le besoin ne reçoivent pour ainsi dire aucune aide de l’Etat. Nous devons démanteler les banques trop importantes pour faire faillite .Il n’y a aucune raison de penser que ces mastodontes offrent des bénéfices pour la société proportionnels aux dommages qu’ils provoquent.

    Et si nous ne les démantelons pas, nous devons sérieusement limiter leurs activités. Il n’est plus possible que ces banques aient le droit de faire ce qu’elles faisaient auparavant : parier avec l’argent des autres.

    Ce qui soulève une autre question : ces banques trop importantes pour faire faillite et être restructurées sont trop puissantes au plan politique. Les pressions qu’elles ont exercées auprès de l’administration ont donné le résultat escompté, d’abord en faveur de la déréglementation, ensuite pour faire en sorte que ce soient les contribuables qui règlent l’addition. Leur espoir aujourd’hui est que cette stratégie leur permette à nouveau d’avoir les mains libres pour faire ce qui leur chante, quel que soit le coût pour les contribuables et l’économie. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser faire.

     

    Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001, est professeur à l’université de Columbia.

    Cet article est publié en collaboration avec Project Syndicate.

     

    PS : du Blogmaster :

    M. Stiglitz n’est pas seulement un Universitaire (dans ces différents ouvrage et notamment en 2002 « la grande désillusion », il explique déjà ce que nous vivons actuellement), mais il a aussi était aux affaires (responsable des conseillers économiques de Clinton, vice président de <st1:personname productid="la Banque Mondiale" w:st="on"><st1:personname productid="la Banque" w:st="on">la Banque</st1:personname> Mondiale</st1:personname>, etc….

    Sa vision a mon sens n’en à que plus de valeur.

    Le Titre de cet artcicle sur project syndicate est : ETATS-UNIS : LE SOCIALISME POUR LES RICHES
    Peut être encore plus explicite

     

    Stiglitz Joseph eugéne 

    A lire aussi :
    Banques : le moment est venu de réformer Hans-Werner Sinn
      


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  • L’IMPARDONNABLE EST ARRIVE

    Rien d’un tant soi peu concret n’est sorti de la réunion du G8 qui vient de se terminer en Italie et qui a réuni les ministres des finances de l’Allemagne, du Canada, des Etats-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Italie, de la Russie et du Japon. La prudence des formulations très générales du communiqué final, comme le silence fait sur certaines questions sensibles (l’évaluation de l’état du système bancaire), illustrent ce qu’il faut bien désormais appeler la paralysie de nombreux gouvernements, en premier lieu européens, quant il s’agit d’œuvrer de concert au solutionnement de la crise.

    Loin de s’éclaircir, la situation se complique. L’opacité financière de départ n’est pas dissipée, les crises financières et économiques se contaminent mutuellement, la globalisation de la crise générale contribue à son approfondissement et non pas à son recul, les actions des gouvernements, comme leurs déclarations, se poursuivent en ordre dispersé et, il faut bien le dire, dans une confusion accrue. Qui ne fait que refléter l’expression d’intérêts nationaux antagoniques, faisant obstacle aux réponses communes qui sont indispensables : la crise est internationale, les solutions sont mondiales. Mais celles-ci font toujours défaut, l’improvisation continue d’être la règle. Est-ce un répit ou le début d’une accalmie porteuse de nouveaux problèmes, nul ne le sait vraiment, bien que tout le monde ou presque affecte de le laisser entendre quand il ne l’annonce pas. Mais dans tous les cas de figure, la crise et ses effets vont être de longue durée et douloureuse.

    Expression de cette situation, la Banque Mondiale vient de rendre public ses dernières prévisions de croissance, revues à la baisse, annonçant pour 2009 une chute du PIB mondial de 3 %, contre 1,75 % précédemment. Cette moyenne ne devant pas masquer, comme toujours, de grandes disparités et des situations particulièrement alarmantes dans les pays en voie de développement. En revanche, le FMI a revu propres prévisions afin de préparer le G8 et se montre pour une fois nettement plus optimiste, il prévoit désormais une croissance mondiale de 2,4% en 2010, au lieu de 1,9% jusqu’à présent. Qui a raison ? Qui a tort ? Ces divergences d’appréciation ne sont-elles pas l’expression de l’incertitude qui continue de prévaloir, plutôt que le résultat d’analyses momentanément divergentes ? Que valent en réalité ces prévisions, comme tant d’autres, quand il n’y a plus de points de repère, quand les instruments de mesure mêmes devraient être réétalonnés ?

    Une autre approche permet peut-être de trancher le débat. « La situation du commerce mondial a empiré. Et si je ne partage pas l’optimisme, parfois un peu de commande, des gouvernements ou de ceux qui cherchent à influencer les marchés financiers, c’est parce que (…) du côté du commerce international, je ne vois pas à l’heure actuelle de signe positif », a déclaré Pascal Lamy, le directeur général de l’OMC, vendredi dernier à Paris. En volume, le commerce mondiale devrait en effet chuter de 9% en 2009. Il faut remonter à la Seconde guerre mondiale pour trouver une contraction d’une telle ampleur, a-t-il fait remarquer. « Il n’y a rien qui démente qu’on soit toujours en plein dans cette crise qui commence et qui continuera », a également ajouté Pascal Lamy, prédisant que ses conséquences sociales étaient encore devant, en particulier dans les pays en voie de développement.
    Une autre image de cette situation, mais cette fois-ci de la confusion qui règne, est le débat désormais permanent qui s’est engagé des deux côtés de l’Atlantique à propos des dangers respectifs de la déflation et de l’inflation. Avec pour conséquence, selon le choix qui est fait, la poursuite de la politique de création monétaire des banques centrales (ou son affirmation s’agissant de la BCE), ou, alternativement, la préparation de mesures afin d’assécher le marché des liquidités qu’elles ont abondamment répandues. La difficulté provenant non seulement de la valeur contestable des pronostics de reprise, que l’on continue à entendre sans qu’ils soient davantage fondés sur des données établies (ou correctement analysées), mais du fait que, d’un pays à l’autre, les situations sont dissemblables. Or, encore une fois, une réponse unique est indispensable dans notre économie globalisée.

    De partout, nous entendons les mots de déflation et d’inflation, sans savoir trop bien où nous en sommes finalement, et surtout où nous allons. Allons-nous bientôt découvrir ceux de stagflation et, plus étrange encore, de slumpflation ? Contraction de l’anglais slump (crise) et d’inflation, ce dernier terme pourrait acquérir une certaine renommée, il caractérise une situation économique marquée à la fois par une récession et une forte inflation. C’est la version détériorée de la stagflation, mélange de faible croissance nulle ou faible et toujours d’une forte inflation. Le véritable choix devant lequel nous sommes placés, et que les politiques vont devoir assumer et nous avec, est plus probablement celui qui va devoir être effectué entre ces deux dernières hypothèses. Un spectre pouvant chasser l’autre.
    Pour l’instant, ces mêmes politiques préfèrent évoquer une « inflation négative », toujours à l’affût d’une représentation des faits qui justifie leurs mesures ou leur inaction, afin de ne pas reconnaître la déflation que va selon toute vraisemblance connaître toute l’Europe dès ce mois de juin. Au GB, ils ont choisi de parler de « signes de stabilisation », ce qui est encore plus vague. Christine Lagarde, ministre française l’économie, a pour sa part parlé de « repli de l’inflation » et de « signe négatif de l’inflation » dans un communiqué publié vendredi dernier, pour désigner l’inavouable, alors qu’elle confirme qu’aucune mesure de relance supplémentaire française n’est prévue (« nous n’avons pas besoin de rajouter de l’engrais à la croissance qui germe actuellement », dans son interview de vendredi dernier aux Echos). Etrange gymnastique que la sienne, destinée à justifier sa politique, quand elle en vient à expliquer que cette baisse des prix (signe précurseur d’une déflation qu’elle ne nomme pas) agit « comme un facteur de soutien à la consommation dans le contexte difficile de la remontée du chômage. » Il n’y a donc pas besoin de relance, elle se fait toute seule et cela coût moins cher au budget de l’Etat, CQFD.

    C’est à 1957 qu’Il faut remonter, selon l’INSEE, pour retrouver une inflation annuelle négative en France. Et, si l’on voulait poursuivre dans la même veine et rechercher d’autres précédents historiques, on n’en trouverait pas à propos de la chute de la production industrielle de la zone euro enregistrée par Eurosat (l’office européen des statistiques), car cet indice n’a été crée qu’en 1990, avec cet organisme. La baisse enregistrée en avril dernier est de 21,6% sur un an, de savants calculs ayant permis de l’établir, la zone euro n’existant que depuis 1999. Voici le détail, sur un an : - 27,1 % pour les biens intermédiaires, - 26,7 % pour les biens d’investissement, - 22,4 % pour les biens de consommation durables, -12,3 % pour l’énergie et - 6,5 % pour les biens de consommation non durables.
    Pour revenir à Christine Lagarde, et essayer de comprendre la situation, était-il utile de se référer à son appréciation de la situation, dans Les Echos de vendredi dernier, selon laquelle « de multiples petits signes (…) laissent penser que la chute s’est arrêtée » ? Car, dès le lendemain, vendredi et en marge de la réunion du G8 italien, la ministre a voulu mettre les choses au point: « Il ne faut surtout pas s’emballer sur la reprise alors que l’on est encore en train de relancer, de stimuler et de s’assurer que les plans de relance fonctionnent ». François Fillon, le premier ministre français, avait quant à lui préféré évoquer, de Paris, « une sortie de crise qui s’amorce ». Comprenne qui pourra. Quand Sophie démarrait, Charles traînait et Pierre freinait…

    Plus prudent qu’à l’accoutumé, Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, a qualifié, vendredi depuis Sofia, la situation de « très difficile, et impossible à prévoir ». Dans un accès de franchise, pour ne pas dire clairvoyance, qui ne lui ressemble pas, il ajoutait : « Il est de notre devoir de rendre plus résistant le système financier mondial et de renforcer la stabilité de l’économie réelle mondiale. Nous ne pouvons pas permettre que dans quelques années une nouvelle crise semblable à la crise actuelle apparaisse. Ce serait impardonnable ».

    « Rendre plus résistant le système mondial », puisque même le mot de régulation semble ne plus avoir cours dans les interventions de Jean-Claude Trichet, est une préoccupation qui l’objet de multiples débats publics, ainsi que de batailles qui le sont moins. Il est toutefois surprenant de constater que, que l’on soit aux Etats-Unis ou en Europe, les discussions portent sur les dispositifs de surveillance et non pas sur les mesures de régulation, reléguées pour l’instant au second plan. Avec toutefois des enjeux qui ne sont pas minces. Aux Etats-Unis, il s’agit de savoir si tous les pouvoirs vont être concentrés dans les mains de la Fed, ou si la multiplicité des organismes de contrôle (dont les agences d’Etat) peuvent contribuer à l’efficacité du dispositif qui sera finalement retenu. En Europe, on attend avec curiosité de lire les termes du compromis alambiqué qui permettra de mettre d’accord les Britanniques, qui veulent à tout prix que la City garde les mains libres, avec les autres pays européens, dont les Allemands, qui voudraient l’encadrer dans un dispositif commun. A moins que, comme des voix le suggèrent outre-Manche, les Britanniques fassent un esclandre et refusent ne serait-ce même qu’un accord à minima, encore jugé trop contraignant, prenant la responsabilité d’ouvrir une grande crise européenne qui est pour l’instant larvée mais contenue.

    Car, sur ces dossiers très sensibles, on est plus que jamais dans le royaume des simulacres. On dit ainsi que Tim Geithner, secrétaire américain au Trésor, pousserait les Européens à rendre public les résultats des stress tests que les banques vont devoir subir, les Allemands s’y refusant avec véhémence et les Français ne se mouillant pas, mais que faut-il en penser quand on sait la farce que ceux-ci ont été outre-Atlantique ?

    Que croire aussi, quand on lit les dernières déclarations de Larry Summers, conseiller économique en chef de Barack Obama, réfutant les attaques républicaines selon lesquelles c’est une politique industrielle « socialiste » et à l’européenne qui était menée par l’administration démocrate, assurant que les interventions dans le secteur des entreprises étaient « temporaires, basées sur les principes du marché et intrusives au minimum » ? Le pragmatisme le plus total règne, en réalité, au fur et à mesure des urgences, les mesures qui sont adoptées sont habillées pour la circonstance de manière plus ou moins convaincante. Dans les faits, les grands principes ont été balayés et l’on ne s’y réfère plus que pour la galerie. D’autant, en l’espèce, que Larry Summers a donné comme exemples de ce soi-disant respect des principes du marché le fait qu’il n’était plus nécessaire que l’Etat fasse l’acquisition des actifs toxiques présents au bilan des banques, et que la réforme du secteur financier, qui devrait être annoncée la semaine prochaine sera « l’élément central » de la révision de la régulation financière. Deux décors dressés pour masquer, sous couvert du changement, ce qui s’affirme essentiellement comme la volonté déterminée de laisser à l’oligarchie financière sa liberté d’action. En témoigne, très symboliquement, l’abandon qui vient d’intervenir de toute règle contraignante en matière de rémunération des cadres supérieurs des institutions financières bénéficiant d’aides publiques.

    Le G8 Finances a surtout été consacré à la situation européenne, car celle-ci est désormais considérée comme la plus fragile du moment. Non seulement parce que les banques européennes sont soupçonnées de ne pas avoir effectué autant de progrès (relatif) que leurs consoeurs américaines dans le nettoyage de leur bilan, mais parce que de menaçants nuages orageux se présentent à l’horizon des semaines et des mois à venir. La crise financière dans les pays Baltiques, qui menace l’édifice bancaire européen, lui-même tenté de ne plus soutenir à bout de bras ses filiales des pays de l’Est, ayant ses propres problèmes à régler. Les conséquences de la rareté et de la cherté du crédit bancaire pour les entreprises (on sait le rôle déterminant que les banques jouent à cet égard en Europe, au contraire des Etats-Unis), en premier lieu celles dont l’acquisition a été financée par l’emprunt (LBO), ainsi que sur le marché obligataire, auquel seules les grandes entreprises ont accès.

    La révision des normes engagée par l’IASB, dans la foulée des américains (l’abandon de la comptabilisation à la valeur du marché), est désormais en cours, après avoir eu quelques difficultés de démarrage. Tout est fait pour que ce soulagement accordé aux banques, qui pourront ainsi améliorer leur bilan par de simples jeux d’écriture, intervienne à temps pour que les nouvelles normes puissent être utilisées pour l’exercice 2009. On verra d’ailleurs si tout le chemin que les banques souhaitent voir accompli par l’IASB le sera effectivement, ou s’il ne le sera seulement qu’en partie, mais il est de toute façon clair que le compte n’y sera pas et que d’autres mesures, non comptables, seront nécessaires.
    Les récentes fanfaronnades de certaines banques françaises, qui laissent entendre qu’elles souhaiteraient suivre l’exemple des américaines et rembourser les fonds publics qu’elles ont reçu, ne sont pas crédibles. Elles seraient irresponsables si elles devaient connaître ne serait-ce que d’un commencement d’exécution pour certaines d’entre elles. La situation alarmante des banques régionales allemandes, des caisses d’épargne espagnoles ou de la Caisse d’Epargne-Banque Populaire en France n’est que le sommet visible de l’iceberg, étant donné ce qui peut être valablement craint de la suite des évènements, sans compter ce qui est actuellement dissimulé.

    D’où l’important regain de pressions en cours pour que des stress tests soient systématiquement engagés en Europe. L’enjeu étant moins sur le principe, car ils ont déjà plus ou moins eu lieu, en ordre dispersé, que sur leurs modalités et, par la suite, sur la publicité donné à leurs résultats. Ce ne sera toutefois qu’un coup d’épée dans l’eau, lorsque qu’ils auront été effectués, si des mesures financières ne sont pas dès rapidement appliquées ensuite. Les Allemands y travaillent activement, bien qu’ils souhaitent faire l’économie des tests politiquement scabreux, ayant en réalité bien mesuré la désastreuse situation de leur système bancaire. Les Britanniques ont, , dès la première heure ou presque, pris le taureau par les cornes en nationalisant plusieurs banques. Pour résumer les mesures déjà adoptées, les Allemands (pour leurs Landesbanken, les banques régionales), ainsi que les Irlandais ,ont annoncé la création de « bad banks », les Britanniques ont préféré assurer les banques contre les éventuelles pertes occasionnées par leurs actifs toxiques. Mais cela laisse de grands trous dans le système bancaire européen.

    Ce qui est en cause, ce n’est pas seulement le risque, toujours présent, que représente un édifice financier globalement très fragilisé, susceptible de connaître des incidents ayant des répercussions en chaîne non maîtrisées. C’est aussi l’impact très négatif que va avoir cette situation d’incertitude sur la croissance future, si ce même système, incapable de jouer son rôle pendant de nombreuses années à venir (s’il parvient à échapper à de nouveaux dérapages). Justifiant les sombres pronostics de croissance atone entendu de toutes parts, lorsque la récession sera passée, avec une double et lourde conséquence : sur l’emploi et la situation sociale (et donc politique), ainsi que sur le déficit des Etats, qu’il faudra pourtant bien résorber, soit par des mesures fiscales et des coupes budgétaires claires, soit par l’inflation. Avec un effet en boucle sur la situation sociale.

    La proposition d’un député français de l’UMP de créer une « Caisse européenne d’amortissement de la crise financière », où serait logé les dettes européennes nées de la récession, qui emprunterait sur le marché international, est sans doute fondée. Au regard de l’accroissement prévisible de la dette des pays européens et de la solidarité que l’on pourrait attendre entre eux, ainsi que des difficultés qu’elles vont inévitablement rencontrer à la financer, de son coût accru, et au final de ses conséquences quant à la solidité de la zone euro, ou de l’Europe tout court. Mais elle se heurte dès maintenant à une réalité qui ne peut que croître, sauf sursaut dont on ne voit pas l’origine. C’est de plus en plus le chacun pour soi qui domine et toute solution collective, assise sur une mutualisation des problèmes et des risques, est écartée par ceux qui pensent pouvoir s’en sortir par eux-mêmes. C’est le cas de l’Allemagne, mais aussi celui de la Grande-Bretagne, qui considérant que la City est le seul levier dont elle dispose pour se tirer d’affaire, cherche à tout prix à la prémunir de toute régulation européenne contraignante.

    L’emploi est et va être la question la plus importante en Europe dans les prochaines années, en dépit des « boucliers sociaux » des Etats. Les chiffres de « destruction » de l’emploi - la brutalité du mot évoque celle de la réalité sociale auquel il correspond - donnés tout dernièrement par l’INSEE pour la France, risquent de n’être qu’un avant-goût de la vague qui touche et va déferler sur toute l’Europe. Ce n’est pas seulement le chômage qui va grimper, c’est aussi la précarité de l’emploi, qualifiée de flexibilité par ceux qui la préconisent. C’est pour cette raison que le prochain sommet de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), du 15 au 17 juin à Genève, va être très fréquenté par les chefs d’Etat et de gouvernement, qui vont s’en servir de tribune à leur avantage. L’objectif, selon Juan Somavia, le directeur du secrétariat de l’OIT, est de réduire au maximum la durée de la crise de l’emploi, qui pourrait s’étaler sur « six à huit ans » et se prolonger bien au-delà si « on laisse les choses en l’état ». Un « Pacte mondial pour l’emploi » va être proposé à la signature des 183 membres de l’OIT, afin de mettre la lutte contre le chômage au centre de gigantesques plans de relance. Il ne restera plus qu’à mettre sur pied ceux-ci, les moyens financiers des Etats étant prioritairement consacrés au sauvetage des banques.

    Ce chômage accru va avoir une conséquence inévitable sur la consommation, et donc sur la croissance économique. Sans que les plans de relance ne puissent y suppléer. On commence à mieux appréhender combien le coût du sauvetage du système financier, tel qu’il a été engagé, va être lourd et long à payer. Ce ne sont pas seulement les Etats-Unis qui vont devoir payer ce tribu et céder leur place de leader du monde libre, ni les américains qui vont en subir les conséquences. Plusieurs phénomènes se conjuguent pour que le déclin des pays occidentaux s’accélère. Le vieillissement de leur population, avec ses fortes conséquences sur les comptes sociaux, le changement d’axe de la croissance mondiale (déjà bien entamé, mais qui va se poursuivre plus rapidement), et les conséquences de la crise du système financier dont ils avaient le contrôle quasi exclusif et dont le coût prohibitif est en premier lieu à leur charge.

    Ce bulletin a été publié le Dimanche 14 juin 2009 09:04
    Jorion Paul 


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