• Pékin inquiète les banques étrangères sur les produits dérivés ( remise en cause , a suivre )

    Pékin inquiète les banques étrangères sur les produits dérivés  

    Le gouvernement chinois vient d’annoncer qu’il soutiendrait les entreprises d’Etat qui souhaitent renégocier les colossales pertes financières qu’elles ont contractées auprès de banques occidentales sur des dérivés dits spéculatifs. Goldman Sachs, Morgan Stanley ou Deutsche Bank seraient dans le collimateur de Pékin.

     

    DE NOTRE CORRESPONDANT à PéKIN.

    Un communiqué du gouvernement chinois a jeté un froid cette semaine dans les états-majors des grandes banques d’affaires internationales travaillant dans le pays. Dans un message mis en ligne lundi, la Sasac, la puissante commission chargée de la supervision et de la gestion des actifs de l’Etat, a annoncé qu’elle allait soutenir la cause des grandes entreprises publiques tentant de renégocier le paiement de leurs pertes finan cières contractées auprès de banques occidentales sur certains dérivés.« Il est normal que les entreprises usent de moyens légaux pour protéger leurs droits dans leurs activités commerciales. Nous supporterons les sociétés pour qu’elles minimisent leurs pertes »,prévient l’institution, qui chapeaute les plus grandes entreprises publiques.Depuis la fin de 2008, les autorités de Pékin ne cachent pas leur agacement face à l’allongement de la longue liste des pertes financières des groupes chinois ayant négocié dans de mauvaises conditions, de gré à gré avec de grandes institutions occidentales à Singapour ou à Hong Kong, des contrats de couverture dits « spéculatifs » sur les variations de taux, les risque de change ou les fluctuations du prix des matières premières.

    « Opium financier »

    Le gouvernement ne digère notamment pas le 1,94 milliard de dollars perdu l’an dernier par les compagnies aériennes Air China, Shanghai Air et China Eastern sur des contrats de couverture sur le kérosène – toutes avaient misé sur une envolée du prix du baril – ni les 2 milliards de dollars de pertes dévoilées en décembre dernier par Citic Pacific, un conglomérat lié au pouvoir chinois, qui avait fait de mauvais paris sur l’évolution de la valeur du dollar australien et de l’euro. Flattant le courroux des autorités et d’une partie de l’opinion publique, un professeur chinois, cité dans plusieurs médias du pays, associait la semaine dernière les produits dérivés à un« opium financier »dont auraient usé les banques étrangères pour droguer les sociétés d’Etat.Dans son commentaire la Sasac laisse, elle-même, entendre que les sociétés du pays auraient été induites en erreur par« la complexité et les risques »de certains contrats à effet de levier.« Ces groupes qui ont pendant des années gagné beaucoup d’argent tant que leurs positions étaient bonnes affirment aujourd’hui, après le brutal retournement des marchés, qu’ils n’avaient pas compris les contrats. Et le gouvernement vient les protéger »,résume, agacé, un banquier occidental refusant de voir son nom cité sur ce sujet sensible.Si aucune banque d’affaires étrangère n’a pour l’instant reconnu publiquement les renégociations des pertes des groupes chinois, l’agence Dow Jones affirme que Deutsche Bank, Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Citigroup et Morgan Stanley auraient déjà reçu des courriers de certaines compagnies aériennes et de Cosco, le géant chinois du transport maritime, les informant que certaines transactions passées pourraient être décrétées« nulle, invalide ou inexécutable ».Selon nos informations, aucune des banques françaises réalisant des contrats de couverture classiques dans le pays n’aurait pour l’instant été montrée du doigt par les autorités chinoises, qui ne remettent d’ailleurs pas en cause le principe du « hedging » non spéculatif.Selon les experts, la mise en garde de la commission chargée de la supervision et de la gestion des actifs de l’Etat est un élément de négociation entre les groupes d’Etat et leurs créanciers qui vont probablement devoir accepter de revoir à la baisse les dettes des sociétés concernées pour ne pas risquer de compromettre sur le long terme leur développement sur le gigantesque marché chinois.

    YANN ROUSSEAU

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