• Pékin veut clarifier les comptes de ses banques

    Pékin veut clarifier les comptes de ses banques

    Les autorités de régulation chinoises s'inquiètent de l'ampleur des crédits titrisés, sortis des données officielles
    Shanghaï Correspondance
     

    Les autorités chinoises s'inquiètent des potentiels effets néfastes de créances qui se sont immiscées, en échappant à leur contrôle, dans tout le système bancaire du pays. Un peu à la façon dont les " subprimes ", ces crédits immobiliers à risques, avaient contaminé l'ensemble du secteur financier aux Etats-Unis. Le Financial Times a révélé, mercredi 11 août, que l'organe de supervision des banques chinoises avait ordonné aux établissements de crédit de rapatrier dans leurs comptes tous les prêts transférés à des fonds d'investissement, des " trusts " bien moins régulés.

    Les autorités monétaires chinoises ont resserré cette année les vannes du crédit, après avoir fait preuve de largesses en 2009 afin de donner de l'élan à la croissance, face à la crise mondiale. La commission de régulation bancaire est désormais préoccupée par l'existence d'un système de " titrisation informelle " : des prêts reconditionnés et transférés à des fonds d'investissement, parfois présentés par la suite aux clients des mêmes banques sous forme de produits financiers, échappant ainsi aux quotas de crédits qui ont été fixés. La commission avait déjà demandé au début de l'été aux banques de cesser ce type d'opérations.

    La titrisation à outrance des créances a été montrée du doigt comme l'un des mécanismes ayant causé la crise financière mondiale, se souvient Pékin. Le premier danger est de voir ressurgir des créances douteuses, dissimulées un temps dans des produits financiers complexes et aisément transférables. Le second est de voir dépassée la limite de nouveaux crédits que Pékin s'était fixée pour l'année - 7 500 milliards de yuans, soit 858 milliards d'euros. L'agence de notation Fitch a souligné, en juillet, les risques d'un tel système qui fausse les données officielles sur l'endettement des établissements.

    Stephen Green, analyste de la banque Standard Chartered à Shanghaï, estime dans une note récente à 2 100 milliards de yuans le montant des prêts accordés par ce biais au cours des cinq premiers mois de l'année, soit un niveau équivalent à près de la moitié des crédits inscrits formellement dans les livres de comptes des banques sur la même période.

    Gestion peu rationnelle

    Intégrer a posteriori les créances incriminées à la comptabilité des banques, comme le demandent les régulateurs, ne sera pas chose aisée et pourrait les inciter un peu plus à chercher à se recapitaliser, un mouvement déjà en cours.

    Les banques chinoises pourraient en effet lever 350 milliards de yuans de capitaux cette année. Agricultural Bank of China a été la dernière des quatre plus grandes banques chinoises à faire son entrée en Bourse, à Shanghaï et Hongkong, les 15 et 16 juillet, en levant 19,2 milliards de dollars. D'autres établissements de moindre importance doivent suivre, dont China Everbright, le 18 août. Onzième banque du pays par sa capitalisation, elle était par le passé emblématique d'institutions financières à la gestion peu rationnelle.

    Cette série d'introductions sur les places boursières doit marquer l'aboutissement d'une décennie de réformes destinées à apurer les comptes de banques ayant longtemps servi les projets d'autorités politiques dont elles étaient dépendantes, au niveau local ou national. Leurs créances douteuses épongées, elles seraient transformées en institutions désormais aptes à se présenter sur le marché.

    La volonté des autorités d'encadrer les crédits informels titrisés vient pourtant rappeler que tout n'est pas réglé. Les risques que ces crédits comportent menacent les secteurs les plus volatiles de l'économie chinoise, car c'est justement dans ces secteurs que les autorités ont limité le plus fortement le crédit afin d'éviter la surchauffe. C'est donc là qu'ont émergé les besoins de financements parallèles.

    Au premier rang de ces secteurs, l'immobilier. A Pékin, les prix des terrains ont augmenté de 750 % depuis 2003, selon une étude du Bureau national de recherche économique américain. " Un certain nombre de promoteurs immobiliers ont emprunté à des trusts à des taux annuels de 15 % à 20 % du fait de l'incapacité des banques à s'exposer davantage dans ce secteur depuis la fin de l'année dernière ", analyse M. Green.

    Les autorités organisent ce mois-ci un " stress test " pour mesurer la capacité de résistance du système bancaire chinois à un effondrement de 60 % des prix de l'immobilier dans sept grandes villes. Elles doivent bientôt en publier les résultats et s'étaient déjà essayées à une chute de 30 % en mai, sans constater de détérioration majeure des ratios de solvabilité des établissements. En sera-t-il de même lorsque ces crédits parallèles auront été intégrés aux comptes ?

    Historiquement, chaque phase de " goinfrerie de crédit " en Chine est suivie d'une augmentation du nombre de mauvaises créances, constate Ren Xianfang, analyste d'IHS Global Insight à Pékin. Et cela se produira de nouveau cette fois-ci, selon elle, malgré les efforts du gouvernement : " La plupart des créances douteuses n'apparaîtront probablement pas à court terme, mais elles émergeront à mesure que la croissance ralentira et que la politique monétaire se resserrera. " - (Intérim.)

    • L'inflation accélère, la production industrielle décélère

      L'indice des prix à la consommation a grimpé de 3,3 % en glissement annuel en juillet, en Chine, a annoncé, mercredi 11 août, le Bureau national des statistiques (BNS), après 2,9 % en juin. Un rythme supérieur à la limite de 3 % que s'est fixé le gouvernement. Par ailleurs, la production industrielle a augmenté de 13,4 % en juillet sur un an, selon les données communiquées par le BNS, en légère baisse par rapport au mois précédent (13,7 %), tandis que les investissements en capital fixe ont augmenté de 24,9 %, contre 25,5 % le mois précédent. Enfin, les ventes de détail, reflet de la consommation, ont progressé de 17,9 % sur un an en juillet.


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