• Plusieurs économistes américains jugent « inévitable » un défaut de paiement grec

    Plusieurs économistes américains jugent « inévitable » un défaut de paiement grec  

    Hormis le prix Nobel Joseph Stiglitz qui continue à croire à un plan d’aide européen, la plupart des économistes américains commencent à considérer comme inévitable une forme de défaut de paiement de la Grèce.

    DE NOTRE BUREAU DE NEW YORK.

    « Inéluctable ».Le mot commence à se répandre dans les colloques sur la « crise grecque » outre-Atlantique. Malgré les réassurances du président de la BCE, Jean-Claude Trichet, plusieurs économistes américains commencent à considérer comme pratiquement inévitable un défaut de paiement grec. Un des premiers à ouvrir le feu, il y a quelque jours, est le directeur général macroéconomie et devises du fonds alternatif BlueGold Capital Management, Stephen Jen. Ex-stratège devises réputé de Morgan Stanley, cet ancien économiste du FMI estime qu’« un défaut de paiement pourrait être inévitable dès cette année ». Il n’est pas le seul. Hormis le prix Nobel Joseph Stiglitz, qui semble encore confiant dans la capacité de l’Union européenne à se mobiliser en faveur de la Grèce, la plupart des économistes américains considèrent, sans le dire trop fort, que la probabilité d’un défaut comparable à celui de l’Argentine en 2001 est désormais élevée.« Malheureusement, il est probable que les choses vont se dégrader pour la Grèce avant d’aller mieux. A court terme, la persistance de risques de ’spreads’ alarmants conduira encore à une plus grande prudence des déposants et des investisseurs », estime le codirecteur général de Pimco, dans le « Financial Times » du 7 avril, en considérant que le plan annoncé par Bruxelles et le FMI n’a pas calmé les marchés. Pour la première fois, le cours des CDS (« credit default swaps ») liés à la dette souveraine grecque, qui permettent de s’assurer contre la probabilité d’un défaut, a même dépassé, jeudi, celui des CDS sur l’Islande, après l’annonce d’un déficit grec minimal de 12,9 % du PIB en 2009 par le ministre des Finances, Georges Papaconstantinou. Un indice supplémentaire, pour Stephen Jen, que la Grèce pourrait se retrouver en défaut de paiement sans une aide financière« extraordinaire »rapide de l’UE et du FMI. En cas de restructuration de la dette grecque, les détenteurs de bons du Trésor pourraient être forcés d’accepter une baisse de 20 % de la valeur de leurs titres, comme en Argentine en 2001.

    « Un point de non-retour »

    « La crise de la dette grecque approche un point de non-retour », renchérit le prix Nobel d’économie Paul Krugman dans le « New York Times » du 9 avril. Tout en estimant qu’Athènes paye le prix de son« irresponsabilité fiscale passée », il estime que« la tragédie grecque illustre aussi l’extrême danger posé par une politique déflationniste »dont les Américains devraient retenir la leçon. S’il juge a priori le niveau de la dette publique grecque (113 % du PIB) théoriquement gérable, il considère que l’appartenance à la zone euro limite la marge de manœuvre d’Athènes, qui va voir son« fardeau de la dette aggravé par la déflation ».Pour l’économiste de Harvard Kenneth Rogoff, auteur d’un récent ouvrage sur l’histoire des crises (« Huit Siècles de folie financière ») avec Carmen Reinhart,« la possibilité d’un défaut reste une hypothèse significative, bien que tout dépende de la Grèce ». Compte tenu du niveau élevé de la dette extérieure grecque (170 % du revenu national) et de son passif historique en termes de crédibilité, il estime qu’il ne sera pas facile d’éviter un défaut.« Mais c’est une pièce en plusieurs actes et nous ne sommes qu’à la scène d’ouverture », précisait-il, toutefois, ce week-end, aux « Echos ».De son côté, le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz s’est déclaré plus confiant dans la capacité de la Grèce à emprunter à un taux préférentiel raisonnable« de 2 % à 3 % ». Mais dans une interview à Bloomberg TV, ce week-end, il estime qu’il serait« triste pour l’Europe que la Grèce doive se retourner vers le FMI ».

    PIERRE DE GASQUET

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