• Polémique en Allemagne sur la flexibilité du travail

    Polémique en Allemagne sur la flexibilité du travail

    La société Schlecker a licencié des salariés avant de les réembaucher en intérim à moindre coût et avec moins de contraintes. L'affaire fait scandale outre-Rhin.

    SOCIAL

    La question de la flexibilité du marché du travail est de nouveau au cœur du débat public en Allemagne. C'est la société Schlecker, une chaîne de distribution spécialisée dans les produits non alimentaires, qui est à l'origine de la polémique. Selon le syndicat Ver.di, ce groupe aurait licencié des milliers de salariés avant de les réembaucher en passant par une société d'intérim, baptisée Meniar. Un tour de passe-passe qui lui permet de payer certains de ses salariés au tarif horaire convenu avec Meniar, soit 6,80 euros au lieu de 12 euros et de « bénéficier » de conditions de licenciement beaucoup plus souples.

    LEVEE DE BOUCLIERS

    L'annonce de ces pratiques a provoqué une levée de boucliers de toute la classe syndicale et politique. D'autant que, comme le souligne la confédération syndicale, la DGB, ces faits sont courants dans tous les secteurs en Allemagne. La ministre du Travail CDU, Ursula von der Leyen, a annoncé que ses services allaient « examiner attentivement cette situation pour déterminer s'il y a violation de la loi ou s'il existe sur ce point un vide juridique ». Dans ce dernier cas, une modification législative n'est pas à exclure, précise le ministère du Travail. Même les libéraux réclament plus de contrôles.

    En réalité, les pratiques de Schlecker ne semblent pas illégales, comme l'a confirmé lundi l'agence fédérale pour l'emploi. Au temps où l'Allemagne comptait cinq millions de chômeurs, le gouvernement Schröder a tout fait pour favoriser le travail temporaire et flexibiliser le marché du travail. Les sociétés d'intérim ont alors pu négocier des niveaux de salaires très bas avec des syndicats « chrétiens », dont la représentativité est incertaine mais qui sont plus souples que les centrales classiques. Aujourd'hui, pourtant, l'opinion allemande paraît beaucoup moins tolérante sur ces pratiques et s'interroge sur leurs pertinences, alors que des cas de salaires très faibles, jusqu'à 2 euros de l'heure, ou de licenciements pour des raisons futiles sont régulièrement révélés. Quoique politiquement d'une orientation plus libérale, le gouvernement en a conscience et, sans vouloir reprendre la proposition de gauche d'un salaire minimum généralisé, se dit décidé à combattre les « salaires de dumping ». Les plans des libéraux et de la droite dure d'assouplir les conditions de licenciements paraissent abandonnés et Ursula von der Leyen a annoncé une « amélioration » de la loi Hartz IV sur le chômage de longue durée. Sur ce point aussi, la discussion autour du niveau des indemnités et de l'efficacité de la loi a repris de la vigueur. Mais la marge de manœuvre du gouvernement est étroite, car l'assouplissement du marché allemand du travail opéré depuis ces dernières années a contribué à sa bonne tenue durant la crise. Et l'année 2010 ne s'annonce pas exempte de périls pour l'emploi. n

    Cette chaîne de distribution non alimentaire paye certains de ses salariés à un tarif horaire de 6,80 euros au lieu de 12 euros.

    par Romaric Godin, à Francfort


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