• Pour Amartya Sen, le sommet de Copenhague est «un succès»

    Pour Amartya Sen, le sommet de Copenhague est «un succès»

    Par Jade Lindgaard

    «Ce qui ressort de la conférence de Copenhague est plutôt positif. C'est même un succès d'une certaine façon.» Bouffée de satisfaction de pétrolier trop content d'échapper aux objectifs chiffrés de baisse des émissions de CO2? Nouvelle autosatisfaction de l'Elysée? Provocation? Pas du tout, c'est Amartya Sen lui-même, le prix Nobel d'économie et théoricien respecté de la lutte contre la pauvreté, qui parle.

    Le théoricien du «développement humain» ne mâche pas pour autant sa critique des résultats du sommet du climat de décembre dernier, décevants et tellement dérisoires par rapport aux enjeux, à commencer par celui de la justice mondiale: réflexion sur le développement de l'Afrique, partage des ressources entre Etats... Néanmoins, il insiste sur leurs mérites: reconnaître le dérèglement climatique comme un problème «mondial», faire entrer dans le jeu diplomatique la Chine et l'Inde, voir les Etats-Unis et l'Europe reconnaître qu'Etats riches et pauvres n'ont pas la même responsabilité dans la crise du climat. «Ce sont des avancées majeures», insiste le professeur indien. «Bien sûr, elles auraient pu être beaucoup plus fortes, mais pour moi Copenhague n'est pas l'échec retentissant qu'on décrit. C'est une première tentative de parvenir à un nouveau contrat mondial


    Cette analyse, qui tranche avec la réception européenne, très négative, de la déclaration finale de Copenhague, jugée insuffisante, est en revanche au diapason de points de vue publiés dans la presse indienne, pays d'origine d'Amartya Sen. C'est le vieux continent qui semble avoir été le plus critique de la conférence de l'Onu sur le climat, à la différence des Etats-Unis, toujours hors du protocole de Kyoto, et des grands émergents, pas encore soumis à un système contraignant. Ce qu'apporte Sen, c'est le lien avec une réflexion plus historique et plus globale sur la justice et ses valeurs.

    Mardi matin, devant un parterre d'étudiants, dans un amphi surchauffé des sous-sols deSciences-Po, l'universitaire indien ne se contente pas de tirer le bilan – provocateur dans ce contexte – des négociations du climat. Il se livre aussi à une critique subtile des fondamentaux philosophiques de la pensée du «développement durable». Selon le rapport Brundtland, pionnier en 1987 de l'articulation entre protection de l'environnement et croissance économique, le développement durable «répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs». C'est la première pierre, essentielle, des politiques écologiques qui vont suivre car, analyse Sen, «l'environnement ne se définit pas seulement comme la préservation de la nature mais aussi comme la tentative active d'améliorer l'environnement: purification de l'eau, élimination d'épidémies...».

     «Ce qui ressort de la conférence de Copenhague est plutôt positif. C'est même un succès d'une certaine façon.» Bouffée de satisfaction de pétrolier trop content d'échapper aux objectifs chiffrés de baisse des émissions de CO2? Nouvelle autosatisfaction de l'Elysée? Provocation? Pas du tout, c'est Amartya Sen lui-même, le prix Nobel d'économie et théoricien respecté de la lutte contre la pauvreté, qui parle.

    Le théoricien du «développement humain» ne mâche pas pour autant sa critique des résultats du sommet du climat de décembre dernier, décevants et tellement dérisoires par rapport aux enjeux, à commencer par celui de la justice mondiale: réflexion sur le développement de l'Afrique, partage des ressources entre Etats... Néanmoins, il insiste sur leurs mérites: reconnaître le dérèglement climatique comme un problème «mondial», faire entrer dans le jeu diplomatique la Chine et l'Inde, voir les Etats-Unis et l'Europe reconnaître qu'Etats riches et pauvres n'ont pas la même responsabilité dans la crise du climat. «Ce sont des avancées majeures», insiste le professeur indien. «Bien sûr, elles auraient pu être beaucoup plus fortes, mais pour moi Copenhague n'est pas l'échec retentissant qu'on décrit. C'est une première tentative de parvenir à un nouveau contrat mondial


    Cette analyse, qui tranche avec la réception européenne, très négative, de la déclaration finale de Copenhague, jugée insuffisante, est en revanche au diapason de points de vue publiés dans la presse indienne, pays d'origine d'Amartya Sen. C'est le vieux continent qui semble avoir été le plus critique de la conférence de l'Onu sur le climat, à la différence des Etats-Unis, toujours hors du protocole de Kyoto, et des grands émergents, pas encore soumis à un système contraignant. Ce qu'apporte Sen, c'est le lien avec une réflexion plus historique et plus globale sur la justice et ses valeurs.

    Mardi matin, devant un parterre d'étudiants, dans un amphi surchauffé des sous-sols deSciences-Po, l'universitaire indien ne se contente pas de tirer le bilan – provocateur dans ce contexte – des négociations du climat. Il se livre aussi à une critique subtile des fondamentaux philosophiques de la pensée du «développement durable». Selon le rapport Brundtland, pionnier en 1987 de l'articulation entre protection de l'environnement et croissance économique, le développement durable «répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs». C'est la première pierre, essentielle, des politiques écologiques qui vont suivre car, analyse Sen, «l'environnement ne se définit pas seulement comme la préservation de la nature mais aussi comme la tentative active d'améliorer l'environnement: purification de l'eau, élimination d'épidémies...».

    • Une nouvelle définition du développement durable

    Robert Solow, prix Nobel d'économie, complète cette première définition: le développement durable, c'est ce qui permet «le même niveau de vie» que le nôtre à la génération future, qui elle-même pourra le garantir ainsi à son tour à la suivante. «C'est une définition très séduisante, admirable, car elle introduit l'idée d'un niveau de vie soutenable et de la solidarité avec toutes les générations futures, pointe Amartya Sen. Mais donne-t-elle une bonne idée de ce qui constitue l'humanité? Parler de niveau de vie ne dit rien de la liberté des gens, de leur capacité à atteindre leurs objectifs, de défendre leurs intérêts. On peut vouloir préserver les espèces naturelles menacées sans que cela n'ait de rapport avec son propre niveau de vie. C'est une question de volonté humaine, de réflexion. La signification de la vie n'est pas réductible à des petites boîtes “niveau de vie” et “besoins”.»

    Citant Condorcet et ses textes sur la justice (notamment contre l'esclavage), l'universitaire indien propose donc de redéfinir le développement durable comme «ce qui préserve et développe la liberté et les capacités d'agir des peuples aujourd'hui sans compromettre celles des futures générations».

    C'est ensuite à une moulinette dialectique tout aussi puissante que passe la «dette écologique», «un principe juste et un bon outil de débat mais qui ne peut pas servir de base au contrat mondial» qu'il faudrait passer pour résoudre la crise climatique. Pour Sen, mieux vaut se concentrer sur «les asymétries écologiques contemporaines» plutôt que de se perdre dans des considérations historiques très complexes, «pas nécessaires et contre-productives». A l'appui de ce jugement personnel, il cite l'exemple sud-africain: «A la fin de l'Apartheid, la question s'est posée de faire payer les Blancs pour leurs méfaits. Mais Desmond Tutu et Nelson Mandela ont choisi de procéder autrement, et de dénoncer la continuation des injustices.» Il y a suffisamment de problèmes et d'inégalités contemporaines, conclut-il, l'héritage du passé doit servir à les éclairer, pas à les occulter. «Mais il faut poser ces questions, et continuer de protester et crier comme font les altermondialistes», ajoute le savant, alliage tranchant d'érudition universelle et de combativité politique.

    Le développement durable

    Alire le titre ne représente pas vraiment sa pensée.


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