• Pour l'Europe, tout sauf l'austérité

    Pour l'Europe, tout sauf l'austérité

    Les responsables politiques semblent ramer à contre-courant de la sortie de crise. Il serait temps qu'ils prennent conscience de la réalité des choses et de la fiction des dogmes. Tous les pays européens connaissent une récession significative et un chômage de masse permanent. Dans ce cas de figure, une politique de soutien de la demande s'impose. Et cette demande doit être soutenue dans ses trois composantes : consommation, investissement et exportations. Aussi, la réduction des dépenses publiques, qu'elles soient d'investissement ou de fonctionnement, est insoutenable dans le contexte actuel, puisque les fondamentaux keynésiens nous rappellent qu'à toute dépense d'un agent économique correspond un revenu pour un autre agent économique. Tarir la dépense publique, c'est mécaniquement réduire l'activité économique.

    Bien sûr, l'augmentation cons-tante des déficits publics est un danger pour l'avenir. Le fameux, et manifestement désuet, critère du traité de Maastricht (3 % par rapport à la production intérieure brute) est passé en dix ans à + 6 % en moyenne. D'où, à terme, la nécessité de sortir de cette impasse. Mais ce n'est certainement pas le moment. D'ailleurs, a-t-on réfléchi, à défaut de l'avoir calculée, jusqu'où serait allée la récession des pays de l'Union européenne (- 5 % en 2009) s'il n'y avait pas eu concomitamment une montée des dépenses publiques amortissant la contraction des demandes privées ? Ce taux moyen potentiel approcherait peut-être les 10 %. Quant à la France, notre relative résistance, avec une récession de « seulement » 2,5 %, s'explique surtout par la politique budgétaire expansive menée.

    Aussi, tout doit être fait pour relancer l'économie, et ce n'est pas un gel, voire une réduction des dépenses publiques, qui va y contribuer. Ce n'est pas non plus la chasse aux niches fiscales - dont la finalité, ne l'oublions pas, est de soutenir des dépenses spécifiques d'investissement (monuments historiques) ou de fonctionnement (emplois à domicile). De plus, une réduction de ces niches correspondrait purement et simplement à une augmentation d'impôts en contradiction avec le discours gouvernemental.

    Alors, comment relancer l'économie ? On l'a anesthésiée en mettant progressivement un terme aux euphorisants qui se sont succédé au cours des vingt-cinq dernières années, tels que la dévaluation (correcteur des différences de compétitivité), l'inflation (effaceur de dettes pour tous les agents économiques), ou l'endettement (supplétif de la croissance pour les consommateurs).

    Tout ceci a été condamné par la pensée dominante, mobilisée pour le seul salut de la stabilité monétaire et au détriment de l'activité économique. Nul doute que l'économie a été sacrifiée pour sauver la monnaie. Il est temps, face à la gravité de la situation, d'inverser l'ordre des choses. À cet égard, la crise grecque appelle cette thérapie. En effet, les Grecs payent pour les Allemands, et non l'inverse, parce que l'euro/drachme est surévalué par rapport à l'euro/mark. Et la juste appréciation des dettes souveraines, dont demain, peut-être, celles de l'Espagne, du Portugal et de l'Italie ne feront que réorienter la parité euro/dollar vers celle qui fut sa parité d'introduction (1,18 - déjà manifestement surévaluée de 15 %), et ce, au bénéfice des grands équilibres mondiaux et, en particulier, de ceux des économies de la zone euro.

    Autrement dit, n'ajoutons pas, par une politique de l'offre, de la déflation à la déflation, selon le modèle allemand. En revanche, au risque d'un retour à une inflation maîtrisée, favorisons par une vigoureuse relance de la demande le retour de la croissance et la réduction du chômage, la pire des inégalités. L'Europe a besoin de prospérité et non pas d'austérité.n

    Point de vue Bruno MOSCHETTO Professeur de sciences économiques


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