• Pour sauver les États-Unis, il faut y aller

    Pour sauver les États-Unis, il faut y aller

    Comment le tourisme aide les USA à équilibrer leur déficit commercial

    Après avoir traversé un chemin de montagne à 1800 m d'altitude dans les Alpes suisses, face à l'imposant Eiger où les vaches et leurs lourdes cloches dépassaient largement le nombre d'humains, je me suis arrêté dans un restaurant sans prétentions – et fut choqué d'y voir un ancien camarade de classe que je n'avais pas recroisé depuis près de 15 ans. La surprise ne venait pas tellement du fait de tomber sur un visage connu – nous avons tous des histoires de rencontres impromptues dans des endroits incongrus. Mais de croiser un Américain, purement et simplement.

    J'ai passé la majeure partie de ces dix jours à enquêter sur des questions économiques fondamentales, y compris l'impact de l'austérité fiscale européenne en France et l'origine de la force du franc suisse, et je me suis enfoncé dans le dernier des mystères helvètes: comment le prix de la nourriture augmente (et la qualité baisse) à mesure que vous gagnez en altitude dans les Alpes. Lors de mon périple, il n'y a que peu de choses que je n'ai pas réussi à voir: des touristes américains. C'est Un Américain à Paris le titre du film, pas Un Troupeau d'Américains à Paris.

    Le tourisme Amérique-Europe victime de la crise

    Il fut un temps où se lancer à l'assaut des files d'attente du Louvre ou rouler sa bosse dans des trains européens l'été signifiait se lancer à l'assaut de cargaisons de touristes américains – que ce soit des personnes âgées, des gens d'âge moyen en groupes paroissiaux, ou des voyages scolaires – souvent reconnaissables à leurs T-Shirts identiques, ou encore des grappes d'étudiants équipés de sacs à dos et d'exemplaires de Let's Go Europe. Mais pas cette année. Lors du premier trimestre 2010, selon l'Administration du Commerce International (ITA), le nombre de vols en partance des États-Unis vers l'Europe a baissé de 6,7% par rapport au premier trimestre 2009.

    Depuis que la crise économique a frappé notre pays, les Américains ont globalement décidé de rester chez eux. Selon l'ITA, le total des départs aériens en partance des États-Unis a baissé de 1,4% en 2008 et 1,8% en 2009. Une différence minime. Mais les voyages vers l'Europe – qui exigent des billets d'avions coûteux et d'échanger des dollars faibles contre des euros forts -  ont quant à eux bien plus souffert. Les vols aériens en partance des États-Unis vers l'Europe ont baissé de 6,2% en 2008, 4,2% en 2009, et encore de 6,7% lors du premier trimestre 2010. Si ce déclin se confirme, les visites américaines en Europe auront, à la fin 2010, baissé de 17% par rapport aux niveaux de 2007.

    C'est évidemment une mauvaise nouvelle pour les marchands de souvenirs, les artistes de rue et les propriétaires des quelques brasseries résistant au marasme d'un Paris au mois d'août. Et cela marque le malaise et la peur à l'œuvre chez les consommateurs depuis le début de la grande récession de 2008-2009. Les chiffres du tourisme étranger sont d'assez bons indicateurs de la confiance économique d'une nation.

    Lorsque vos voisins et vous-mêmes vous sentez en veine et optimistes, et quand vous avez la possibilité de vous la raconter avec votre monnaie, vous avez plus de chances de vous concocter un ambitieux périple à l'étranger. Mais avec le ralentissement de la croissance, la précarité de l'emploi et du marché immobilier, ainsi que la peur généralisée de l'avenir, on arrête de faire des folies – en fonction de ses moyens. Pour certains, la virée de l'an dernier en jet au Lac de Côme sera remplacée par un road-trip en 4x4 au Lac Michigan. Et beaucoup d'Américains redécouvrent les charmes de leurs jardins.

    Des «exportations internes»

    Heureusement pour les États-Unis, de nombreux étrangers se sentent en veine. Ce qui – combiné à la tendance des staycations (de l'anglais stay, rester, et vacations, vacances, ndlt) – pourrait être une bonne nouvelle pour l'économie américaine, et pour son gigantesque déficit commercial. Notre commerce est un gros système d'arbitrage – des industries, des actions et des entreprises liées exclusivement aux consommateurs américains sont faibles, tandis que les industries, les actions et les entreprises dont les capitaux sont liés à l'industrie mondiale, et donc aux consommateurs partout dans le monde, sont forts – et le tourisme fait partie de ce commerce.

    Et tandis que le nombre d'Américains quittant les États-Unis a baissé, le nombre d'étrangers visitant les États-Unis a augmenté. Dans les mois incertains ayant suivi la crise de 2008, le tourisme vers les États-Unis a grandement chuté, tout comme le volume du commerce mondial. Mais quand l'économie globale a repris des couleurs, le monde a recommencé à voir dans les États-Unis un intérêt touristique. Les entrées d'étrangers transcontinentaux ont commencé à grimper pendant le quatrième trimestre de 2009, et avaient augmenté de 15% lors du premier trimestre 2010, par rapport au premier trimestre 2009, soit environ 6,9 millions d'arrivées. Et il semble que cette tendance ne s'est pas démentie.

    Promesses

    Cet été, New York a été envahie par des visiteurs des quatre coins du globe venant de pays à la croissance bien plus rapide que les États-Unis -  le Brésil, l'Inde, la Chine, et même l'Europe. On pouvait d'ailleurs se balader le long de la High Line, cette ligne de chemin de fer aérien, autrefois désaffectée et devenue, à Manhattan, la promenade à bobos du quartier de Meatpacking, sans entendre un seul mot d'anglais.

    Ces chiffres du tourisme peuvent signifier un déclin économique relatif de l'Amérique. Mais ils peuvent aussi se révéler prometteurs. Le tourisme est un service, et un élément commercial important. Quand un cadre supérieur du secteur technologique indien visite New York et dépense de l'argent chez Gap ou au Marriott, c'est une exportation. Quand un Américain dépense de l'argent à la Galerie des Offices de Florence, c'est une importation.

    Avec un tourisme émetteur en baisse, et un tourisme récepteur en hausse, la différence des dépenses aide à freiner de persistants et massifs déficits commerciaux américains. Les étrangers dépensent environ 11 milliards de dollars par mois aux États-Unis, des chiffres en forte hausse par rapport à 2008 et 2009. Et lors du premier semestre 2010, lorsque les dépenses touristiques étrangères avoisinaient les 65 milliards, soit 7% de plus que l'année précédente, le tourisme générait un excédent commercial de 14 milliards pour les États-Unis, soit 29% de plus qu'au premier semestre 2009.

    Daniel Gross

    Traduit par Peggy Sastre

    Photo: 12-15-09/idovermani via Flickr CC license by


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