• Profits et chômage, la France à deux vitesses

    Editorial

    Profits et chômage, la France à deux vitesses


     

    Le télescopage des chiffres, publiés à 24 heures d'intervalle, est saisissant. Malgré sa légère baisse du deuxième trimestre, le taux de chômage continue à frôler la barre des 10 %, son plus haut niveau depuis dix ans. De leur côté, les profits des entreprises du CAC 40 ont pratiquement doublé au premier semestre et dépassé les 40 milliards d'euros.

    Le contraste a de quoi choquer. Il ne manquera pas de nourrir la dénonciation rituelle de ces multinationales aux actionnaires gavés de dividendes, aux dirigeants engraissés aux stock-options et qui n'hésitent pas à sacrifier, sur l'autel de la compétitivité, leurs salariés.

    La réalité estun peu plus complexe. D'abord parce que les profits de ces grands groupes se diffusent largement dans l'économie nationale, via les recettes fiscales et le pouvoir d'achat élevé de leurs cadres supérieurs travaillant en France. Ensuite parce que ces entreprises géantes embauchent. Mais elles embauchent surtout... à l'étranger, où elles ne cessent de croître.

    Ces groupes mondialisés ont des effectifs eux aussi mondialisés, qui reflètent la structure de leurs implantations aux quatre coins du monde. Dans certains groupes, la proportion des effectifs travaillant hors de France dépasse les 80 %. Celle des salariés étrangers y est même parfois majoritaire.

    Ce brassage des cultures et des nationalités, cette chasse aux talents locaux sont une condition de leur efficacité et de leur réussite sur les marchés extérieurs. Il le sont d'autant plus que la part des pays émergents, en forte croissance, augmente dans leur chiffre d'affaires global, alors que celle des nations industrialisées, comme la France, aux marchés saturés, recule.

    Certains ont suggéré que ces entreprises phares, grâce aux profits engrangés à l'étranger, pourraient faire un petit effort patriotique et devraient maintenir des emplois inutiles sur le territoire français. Mais les économistes ne croient guère au concept d'une compétitivité à double niveau, faible en France, forte à l'étranger, dans un contexte de concurrence exacerbée.

    L'annonce quasi simultanée d'un niveau de chômage élevé et incompressible et de profits record devrait surtout faire prendre conscience des risques croissants d'une France à deux vitesses. L'une ancrée dans la mondialisation (celle du CAC 40, mais pas seulement), tournée vers l'extérieur, hautement qualifiée, prête à aller travailler à l'étranger, parlant couramment anglais, etc. L'autre, peu ou mal formée, repliée sur elle-même, apeurée par la mondialisation et vivant, mais de plus en plus mal, dans l'ombre de la première. La mondialisation n'est pas l'ennemie de l'emploi, elle ne l'est que de l'emploi non qualifié.

    Le rôle des responsables politiques devrait être d'expliquer aux Français les causes de ce grand écart. Et d'ouvrir largement le débat sur les voies et moyens de le réduire pour éviter des déchirures plus profondes. Hélas, sur ce sujet décisif, on ne les entend guère.


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