• Protéger la biodiversité, un marché en explosion

    Protéger la biodiversité, un marché en explosion  

    Etudes d’impact, gestion des milieux, stratégie des entreprises, recherche... les commandes se multiplient pour les bureaux d’études spécialisés. 

    Les petits oiseaux, les herbes folles, les insectes, les mousses, les mollusques ne font plus sourire, ils rapportent de l’argent. « Nous allons enregistrer 120 % de croissance au premier trimestre après une progression de 50 % l’an dernier », affirme Serge Rochepeau, le fondateur du cabinet  Asconit Consultants  . « OGE réalise 10 à 15 % de croissance depuis quelques années et 2010 s’annonce encore mieux, notamment grâce au plan de relance qui nous submerge de travail», assure Jean-François Asmodé, le directeur de ce bureau d’études. Même croissance à deux chiffres chez Biotope (lire ci-dessous), le doyen des bureaux d’études naturalistes. « Depuis la fin 2009, ce sont les entreprises qui viennent nous voir », souligne un autre cabinet.Les PME expertes dans la protection de la faune, de la flore et de leurs habitats traversent la crise avec l’insolence des marchés de niche en pleine expansion. La biodiversité pourrait même à terme sortir de sa situation de parent pauvre du développement durable, au regard des autres volets écologiques (effet de serre, déchets, eau...) qui génèrent déjà une forte activité économique.

    Durcissement de la loi

    Si l’expertise naturaliste a longtemps été l’affaire d’associations et de scientifiques, elle gagne rapidement le monde de l’entreprise, autant par le développement du métier traditionnel des bureaux d’études que par la création de nouveaux marchés. Aujourd’hui, les études d’impact (lire ci-dessous) profitent du durcissement de la loi. « La réglementation environnementale devient mature », traduit Frédéric Melki, de Biotope. Depuis les premiers textes de 1976, l’Etat et l’Europe n’ont cessé d’imposer de plus en plus de précautions aux aménageurs du territoire vis-à-vis des milieux qu’ils exploitent.Aujourd’hui, les directives Natura 2000, celles sur l’eau, les lois Grenelle continuent d’armer l’arsenal juridique, via des circulaires ministérielles de plus en plus précises. « Il y a quelques années, on pouvait construire un lotissement sur une parcelle en se contentant de remplir un formulaire. Aujourd’hui, la liste des espèces à inventorier grandit à chaque circulaire et ne concerne plus uniquement les espèces menacées mais également la nature ordinaire. Il suffit d’un rouge-gorge ou demésanges sur une prairie pour compliquer un dossier d’aménagement», précise Jean-François Asmodé. D’autres petits règlements viennent occuper au fil de l’eau les cabinets, comme cette nouvelle obligation européenne de clôturer par sécurité des milliers de kilomètres de voies ferrées. OGE a ainsi été consulté par Réseaux Ferrés de France pour limiter la gêne des animaux.Au durcissement des lois répond également l’intransigeance croissante des directions régionales de l’environnement. Elles exigent une qualité supérieure des études, sous la pression des associations, mais également parce que la nouvelle génération d’agents publics est plus compétente. « Pour faire passer leurs projets, les maîtres d’ouvrage ont compris qu’il faut soigner leur dossier », juge Jean-François Asmodé. Résultat, les études se complexifient : « en quatre-cinq ans, une étude facturée 15.000 euros est passée à 20.000-25.000 euros », poursuit l’entrepreneur. « Les montants sont parfois 10 fois supérieurs et les études s’étalent sur deux ou trois ans pour les gros projets », confirme Serge Rochepeau. Certaines directions régionales passent même pour des ayatollahs chez les consultants.« Elles exigent des compensations supérieures aux recommandations des experts et finissent par braquer certains clients pourtant de bonne volonté à l’origine, déplore l’un d’eux.Nous sommes des médiateurs. »

    Plus-value pour les projets

    Mais la réglementation n’est plus l’unique moteur des études naturalistes. « La prise en compte de la biodiversité est en train de devenir pour nos clients une plus-value et plus seulement une contrainte», constate Florent Yvert, qui dirige le petit bureau d’ingénierie écologique Biodiversita. Y compris dans le secteur privé. Jean-FrançoisAsmodé raconte l’histoire du complexe touristique du « Grand Bois » dans la Nièvre, un cas d’école. Les promoteurs d’Axone Investissement avaient imaginé un ensemble classique golf, résidence et hôtels sur les 211 hectares du domaine. « Suite à l’inventaire écologique du site, nous avons provoqué une réunion de tous les partenaires sur le terrain. Nous leur avons montré la richesse du site qu’ils n’avaient pas perçue, leschênes de 300 ans, les sources d’eau, etc. Ils ont alors revu entièrement leur copie pour en faire un projet écologique, au-delà de nos attentes. »Florent Yvert voit, lui, passer de plus en plus d’appels d’offres de maîtres d’œuvre qui intègrent des écologues aux côtés des architectes ou des paysagistes. Il travaille par exemple sur un nouveau bâtiment de l’université Paris-VI à Saint-Pierre-lès-Nemours (Seine-et-Marne) pour y prévoir l’aménagement de cavités et d’abris pour accueillir la faune. On retrouve la même démarche dans de nombreux projets publics comme la restructuration du quartier historique du centre-ville de Lille ou dans les réponses aux appels d’offre des nombreux projet de lignes TGV financés par le plan de relance de l’Etat.

    Nouvelle manne

    Contrairement aux a-prioris, les cabinets citent Total, Rhodia ou Lafarge comme des clients exemplaires :« Ils demandent des études très poussées sur leurs projets en Chine, au Vietnam ou ailleurs », assure Serge Rochepeau. Quelques grands groupes ont même décidé d’intégrer ces questions dans leurs réflexions stratégiques. Du coup, une nouvelle activité de conseil, moins technique qu’économique, prend pied. Véronique Dham a créé sur ce créneau son petit cabinet  Gondawana   qui a réalisé des audits biodiversité chez plusieurs grands comptes, comme Thales ou Michelin pour évaluer la sensibilité de quelques-uns de leurs sites.La prochaine manne de ces cabinets est déjà inscrite dans le Grenelle de l’environnement. L’aménagement après 2012 des trames vertes et bleues, qui lutteront contre le mitage des milieux naturels, déchaîne la créativité des écologues.

    Matthieu Quiret

    La réglementation est de plus en plus contraignante pour aménager des sites sensibles classés Natura 2000 comme ici dans la région de Soulaire au cœur des Basses Vallées Angevines. PREAU Louis-Marie / hemis.fr

    L’étude d’impact, base des négociations  

    Expertise. La loi impose aux aménageurs d’un territoire l’inventaire des espèces et du milieu concerné. Les bureaux d’études évaluent ensuite l’incidence de l’aménagement sur ces populations et, en cas d’impact, proposent des modifications du projet. Il peut s’agir par exemple de passages à faune sur une route. Dans certains cas, la destruction d’une espèce est inévitable. Les Directions régionales de l’environnement, l’Etat ou l’Europe peuvent alors interdire le projet ou négocier des compensations. Celles-ci impliquent parfois l’achat d’une surface de terrain équivalent, des financements verts, etc. Ce processus peut provoquer des années de retard sur certains chantiers, comme celui de l’A65.

    Le développement durable


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :