• Quand Google donne une leçon de chinois

    Quand Google donne une leçon de chinois

    Par Marc Fiorentino, stratège d'Allofinance.com.

    Je sais que j'ai un problème. Quand je parle de la Chine, je n'arrive pas à garder la distance et la lucidité nécessaires pour faire une analyse objective. Car la Chine m'énerve. Ne cherchez pas de traumatisme dans ma petite enfance avec un empoisonnement dans un restaurant chinois  de quartier ou une opération financière sur la Chine qui m'aurait ruiné. Non. Au contraire. J'ai, à chacun de mes voyages en Chine, été fasciné par la volonté farouche, la soif de réussite et la capacité de travail des habitants de ce pays. Mais la politique du gouvernement chinois  me crispe et, ce qui m'exaspère le plus, c'est la façon dont tous les gouvernements se couchent devant la Chine dans un esprit munichois. Pour signer un contrat, on est prêt à oublier le non-respect par la Chine de toutes les règles internationales, tant en matière de droits de l'homme que de pratiques commerciales.

    La raison ? Tout le monde la connaît. La Chine est l'espoir de relais de croissance pour les entreprises du monde entier. Voilà un pays qui est parvenu, au prix d'un package massif de relance de l'économie, à atteindre 10,7% de croissance au quatrième trimestre de l'année, et donc 8,7% pour l'année 2009.

    La Chine est devenue le premier exportateur mondial. En écrasant l'Allemagne. La Chine est devenue le premier marché automobile mondial. En écrasant les États-Unis. La Chine est même déjà probablement devenue, si on apporte un crédit quelconque aux statistiques nationales, la deuxième puissance économique mondiale. En écrasant le Japon.

    Pour gagner, tous les coups sont permis. Et les cadavres des entreprises qui ont essayé de pénétrer par un joint-venture le marché local jonchent les rues de Shanghai. L'arme du yuan est redoutable. Depuis plus d'une décennie, la monnaie chinoise est maintenue à un cours artificiellement bas pour garantir par le dumping une conquête des parts de marché. L'indice Big Mac publié cette semaine par The Economist montre une décote du yuan de 50% par rapport au dollar.

    Mais plus personne ne bouge. Plus personne ne réagit. Plus personne ne proteste. Il faut continuer à tenter de vendre des TGV. Même si chaque vente se traduit par un transfert de technologie et que la Chine a créé la surprise en battant cet été le record de vitesse. Dans vingt ans, le monde sera inondé de TGV chinois . Il faut continuer à tenter de vendre des Airbus et des Boeing. Et du reste. Toujours avec transfert de technologie.

    Mais l'heure est peut-être venue d'ouvrir les yeux et de suivre l'exemple de Google . Ce n'est ni Sarkozy, ni Obama, ni Lula qui ont montré la voie. Non. Ce sont les jeunes dirigeants de Google  . Ils ont, sans hésiter, décidé de sacrifier un potentiel important de business pour défendre une certaine idée du respect de l'individu. Bravo.

    Toute sinophobie doit être proscrite mais il est temps de s'attaquer à la sinobéatitude niaise de nos dirigeants. La Chine n'est pas en situation de force. Contrairement aux apparences, elle est en situation de faiblesse économique. Sa croissance ressemble à s'y méprendre à celle des Etats-Unis en 2006.

    L'encours des crédits explose et les banques prêtent à tous, même à ceux qui ne pourront jamais rembourser, surtout s'il s'agit d'investir dans un marché immobilier qui s'est envolé et dans un marché boursier ultraspéculatif. Les crédits en Chine sont devenus majoritairement des "subprimes".

    Les autorités chinoises le savent. Elles tentent de contrôler cette exubérance irrationnelle mais elles sont coincées. Si elles remontent les taux, la pression à la hausse sur le yuan va exploser et l'économie peut s'écrouler comme un château de cartes. Si elles ne font rien, la bulle va encore grossir avant d'exploser.

    La Chine est dans une situation similaire à celle du Japon en 1989 et à celle des Etats-Unis en 2006. Comme nous manquons de courage, profitons au moins de cette faiblesse pour adopter une attitude à la Google  et montrer à nos enfants que nous ne sommes pas prêts à tout accepter pour vendre quelques produits...

     

    Marc Fiorentino, stratège d'Allofinance.com


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