• Quand les émigrés deviennent un fardeau pour leur famille

    Quand les émigrés deviennent un fardeau pour leur famille

    Aux Etats-Unis, nombre de Mexicains sans papiers ont perdu leur emploi. Et leurs parents, restés au pays, se saignent aux quatre veines pour leur envoyer de l’argent.

    10.12.2009|Marc Lacey|The New York Times

    Quand tout allait pour le mieux, Alfonso Salcedo, immigré clandestin en Californie du Sud, envoyait plusieurs centaines de dollars par mois à sa famille restée au Mexique. Agé de 18 ans, il faisait la plonge dans une cafétéria de San Diego. Puis les temps sont devenus difficiles. Lorsque l’économie américaine s’est détraquée, le jeune homme a perdu son emploi. Aujourd’hui, son père, Miguel, fait quelque chose qu’il n’aurait jamais imaginé : il expédie des pesos au nord.

    Le chômage frappe si durement les immigrés aux Etats-Unis qu’un phénomène surprenant est apparu : au lieu de recevoir de l’argent de leurs proches expatriés dans le pays le plus riche du monde, certaines familles mexicaines démunies font tout ce qu’elles peuvent pour aider leurs parents aux Etats-Unis. “Nous envoyons quelque chose dès que nous pouvons, pour que notre fils puisse au moins manger”, explique Miguel Salcedo, qui habite un petit village proche de Miahuatlán, dans l’Etat rural d’Oaxaca, et exerce toutes sortes de métiers pour subvenir aux besoins de sa femme, de ses deux plus jeunes enfants, et, désormais, de leur frère aîné.

    Il n’est pas le seul dans ce cas. Leonardo Herrera, qui travaille dans un ranch au Chiapas, a récemment dû vendre une vache en vue d’aider sa famille à réunir 1 000 dollars [660 euros], une somme qui a été expédiée à son neveu, en difficulté en Californie.

    Il n’existe pas vraiment de statistiques permettant de mesurer ces “transferts inversés”. Toutefois, il ressort de divers entretiens avec des responsables du gouvernement mexicain, des opérateurs spécialisés dans le transfert d’argent, des spécialistes de l’immigration et des familles de migrants au chômage que ces opérations tendent à se multiplier. “C’est un phénomène surprenant, symptomatique de la crise économique”, analyse Martín Zuvire Lucas, directeur d’un réseau de banques communautaires implantées dans des régions pauvres de l’Oaxaca et d’autres Etats défavorisés du Mexique. “Nous ne sommes pas en mesure de quantifier précisément ces transferts vers le nord, mais nous en entendons de plus en plus parler.”

    De nombreux chômeurs décident de rentrer au pays

    Naguère, au Banco Azteca, une petite banque de San Cristóbal de las Casas, dans le Chiapas, les dollars affluaient. Mais, désormais, les sorties d’argent sont plus importantes que les entrées. “Je dirais que nous expédions environ 50 000 pesos [2 600 euros] par mois vers les Etats-Unis, alors que nous en recevons à peu près 30 000 [1 550 euros]”, calcule Edith Ramírez Gonzalez, une responsable commerciale de l’établissement.

    Avec près de la moitié de sa population vivant dans la pauvreté, le Mexique n’est théoriquement guère en position de soutenir ses ressortissants en difficulté. Selon le gouvernement, le pays pourrait perdre jusqu’à 750 000 emplois cette année et son économie se contracter de 7,5 %, ce qui en ferait l’un des plus gravement touchés par la récession mondiale.

    Reste que la pauvreté est une notion relative. Il est plus facile d’être sans le sou au Mexique – surtout dans les zones rurales – qu’aux Etats-Unis. A Miahuatlán, par exemple, Sirenia et Javier Avendano sont peut-être encore plus fauchés que leurs deux fils, serveurs dans un restaurant mexicain en Floride, qui ont vu fondre brusquement leurs heures de travail et leurs pourboires. Mais, au moins, le couple vit dans une maison qui lui appartient, entourée de terres sur lesquelles il cultive notamment du maïs. “Nous sommes pauvres, mais personne ne peut nous chasser de chez nous”, explique Sirenia en essuyant ses larmes. “Nos fils sont inquiets. Qu’est-ce qui va se passer s’ils ne peuvent pas payer leur loyer ?” Pour les aider à joindre les deux bouts, Sirenia vend des chiles rellenos [piments farcis] dans les environs. “Nous avons le devoir de les aider, renchérit son mari. Ce sont nos enfants. Peu importe qu’ils soient ici ou là-bas.”

    Certains émigrés décident de rentrer au pays, comme en témoigne le flot de passagers qui descendent ce soir-là du bus qui relie <st1:personname productid="la Californie" w:st="on">la Californie</st1:personname> du Nord à Miahuatlán. “Il n’y a plus rien à faire là-bas”, explique un jeune homme chargé d’une lourde valise. Mais si, selon une étude publiée par le Pew Hispanic Center en juillet dernier, le nombre de Mexicains qui partent aux Etats-Unis a fortement diminué, on ne constate pas de reflux massif vers le Mexique.

    Les familles ont fait d’énormes efforts pour réunir les milliers de dollars nécessaires à l’envoi d’un des leurs aux Etats-Unis, notamment pour payer les passeurs. “Franchir la frontière coûte cher, cela a représenté un gros sacrifice pour nous”, explique Miguel Salcedo. Cette année, il a déjà effectué cinq transferts d’argent en faveur de son fils Alfonso. L’équivalent de 60 dollars [40 euros] chaque fois, moins les frais.

    Plus que surprenant. A méditer.


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