• Quand les Rouges passent au Vert

    Éditorial : Quand les Rouges passent au Vert. Par Erik Izraelewicz.

    « Monter à Pékin, pour moi, c'est réduire de cinq ans mon espérance de vie. » Lorsque, au milieu des années 1990, le maire de Shanghai, Zhu Rongji, sollicité pour le poste de Premier ministre, tenait ce propos, il ne faisait référence ni aux risques du métier, ni à un supposé climat mafieux qui régnerait autour de la Cité interdite, mais à la qualité de l'air dans la capitale. Il est quand même « monté » et a sans doute été, à Pékin, l'un des premiers Rouges à virer au Vert. De fait, contrairement à ce que l'attitude des Chinois à Copenhague pourrait laisser penser, l'environnement n'est pas une idée neuve dans l'empire du Milieu. C'est même, depuis une dizaine d'années, l'une des obsessions du pouvoir. Et pour cause. La Chine accumule volontiers les records, y compris pour la pollution. Pékin est, devant Calcutta, la ville la plus polluée au monde. Quiconque est passé dans l'une des mégalopoles de l'Empire en témoignera volontiers. L'air, l'eau, la terre, les ressources naturelles s'y dégradent à un rythme effréné. L'économiste américaine Elizabeth Economy écrivait, il y a dix ans déjà, « The River runs black » (« La rivière qui devient noire »), une description saisissante de la catastrophe écologique en cours. Depuis, les autorités chinoises ont pris le problème à bras-le-corps. En plaidant en faveur d'une « croissance harmonieuse », le couple Hu Jintao-Wen Jiabao ne fait pas seulement référence à la lutte contre les inégalités en tout genre, effectivement explosives, mais pense aussi à la réconciliation de l'économie et de l'écologie. La croissance « harmonieuse », c'est finalement le développement durable en mandarin. En dix ans, le changement de ton a été spectaculaire. Pour les ingénieurs à la tête du pays, l'environnement est devenu une priorité. Ils s'en donnent les moyens, à la chinoise. Une administration, un plan, de l'argent, des centres de recherche, du travail, beaucoup de travail aussi : la mobilisation est générale. On peut rire de quelques dérapages. Le pays est devenu en quelques années l'atelier du monde, son laboratoire, sa ferme, son banquier. Demain, il sera l'un des leaders dans ces industries nouvelles que génère l'environnement. Ce serait dommage de se tromper, une nouvelle fois, sur la Chine .


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