• Que disent la droite et la gauche sur les retraites ?

    Que disent la droite et la gauche sur les retraites ?

    Point par point, quelles sont leurs divergences ? La loi règle-t-elle les problèmes à long terme ? Souvent invoquée, qu'a fait l'Allemagne ?

    La retraite à 60 ans a vécu. Vendredi 10 septembre, peu après 18 heures, les députés UMP et Nouveau Centre ont voté l'article phare du projet de loi qui y met fin. Au grand dam des socialistes qui l'avaient instituée en 1982 et promettent de la rétablir. Mercredi 15, l'ensemble du texte doit être adopté par l'Assemblée nationale. Au fil du débat parlementaire et des journées de mobilisation, la majorité d'un côté et la gauche de l'autre, ainsi que les syndicats en phase avec l'opposition sur bien des points, ont rodé leurs arguments sur les mesures d'âge, sur la situation relative de la France en Europe. Le Monde les réexpose.

    Démographie ou crise Le gouvernement a justifié sa réforme par la nécessité de sauver de la faillite le système de retraite par répartition. Le Conseil d'orientation des retraites (COR) a évalué son besoin de financement à 32,3 milliards en 2010, 45 en 2020 et plus de 70 en 2030. La gauche ne conteste pas ces chiffres, mais leur dramatisation par l'exécutif. Le PS fait remarquer que pour financer les retraites, il faudra trouver de l'ordre de 1,7 à 2,1 points de PIB en 2020. Il estime par ailleurs que la crise financière a joué un rôle clé dans le creusement des déficits et que les salariés n'ont pas à en faire les frais.

    Slogans des manifestations
    du 7septembre à Toulouse
    et à Paris.
    PHILIPPE STERC/WOSTOK; ULRICHLEBEUF/
    MYOP; PHILIPPE STERC/WOSTOK PRESS

    L'impact de la récession est incontestable et incontesté. Au printemps, le conseiller social de Nicolas Sarkozy, Raymond Soubie, observait que la récession avait avancé les échéances de vingt ans. Mais au-delà des hauts et des bas de la conjoncture, reste un problème structurel : la démographie, assure l'Elysée. La population vieillit, les générations nombreuses du baby-boom arrivent à la retraite, l'espérance de vie au-delà de 60 ans s'allonge et le ratio démographique ne cesse de se dégrader : 4 cotisants pour 1 retraité en 1960, 1,5 cotisant pour 1 retraité en 2020.

    Sans nier cette dégradation, la gauche met souvent en avant un autre ratio : celui de la dépendance économique, qui tient compte de l'emploi et du chômage, du niveau d'activité, de l'évolution de la productivité... Les syndicats font aussi cette analyse.

    Pour ou contre les 62 ans Il n'y a pas un mais plusieurs âges de la retraite : l'âge légal minimum de départ, l'âge de la pension complète ou du taux plein (sans décote), l'âge effectif de départ à la retraite, etc. La durée de cotisation entre également dans le calcul de la pension. Le bénéfice du taux plein est réservé aux personnes qui justifient d'une durée minimale de cotisation (40,4 ans en 2010, 41,5 ans en 2020) ou qui, comme 30 % des femmes, attendent l'âge de la pension complète pour partir.

    60 ans, c'est aujourd'hui l'un des âges légaux les plus bas d'Europe, un argument brandi par le gouvernement pour justifier sa décision de le faire passer à 62 ans. D'autres ont joué : le gouvernement doit donner à Bruxelles et aux marchés financiers des garanties sur le redressement des finances publiques. Or, comme l'a établi le COR, le relèvement des bornes d'âges de la retraite est immédiatement rentable. Il rapportera 18,6 milliards en 2018 (dont les deux tiers environ dus au passage à 62 ans).

    La gauche, PS en tête, s'est engagée à rétablir les 60 ans, cet " acquis " du premier septennat de François Mitterrand, si elle revenait au pouvoir en 2012. Elle en fait, et les syndicats la suivent sur ce terrain, une question de justice.

    Le relèvement de l'âge minimum pénalise, c'est exact, les salariés qui ont commencé à travailler tôt - en général des salariés modestes - et avantage les cadres. Toutefois, compte tenu de l'entrée plus tardive sur le marché du travail et de l'allongement de la durée de cotisation, l'âge moyen de départ à taux plein est aujourd'hui de 62 ans. Terra Nova observe que 93 % des assurés nés en 1970 ne pourraient pas partir à 60 ans en 2030 avec une pension complète. Pour ce think tank proche du PS, l'âge légal de 60 ans " se transforme en totem dont la réalité va s'évanouir ". En s'engageant solennellement à le rétablir, Ségolène Royal l'a présenté comme une liberté optionnelle.

    Pour ou contre les 67 ans Le relèvement de 65 à 67 ans de l'âge de la pension complète représente à peu près le tiers du produit total des mesures d'âge : 6 milliards sur 18,6. C'est une des raisons pour lesquelles l'exécutif, malgré les critiques, continue de la défendre.

    La mesure, toutefois, passe mal dans l'opinion, ce qu'attestent les sondages. La gauche et les syndicats ne manquent pas d'arguments pour dénoncer son injustice. Les 67 ans pénalisent les salariés qui ont eu des carrières morcelées, marquées par des interruptions d'activité (chômage, précarité, etc.). La mesure touchera durement les femmes, dont près de 30 % font valoir aujourd'hui leurs droits à la retraite à 65 ans pour pouvoir bénéficier du taux plein, mais aussi les salarié(e)s ayant des métiers durs qui ne pourront pas tous relever du dispositif de pénibilité ou des carrières longues prévus par l'exécutif (90 000 bénéficiaires par an sur une classe d'âge de 700 000).

    Elle n'est pas des plus opportunes à un moment où le taux de chômage frise les 10 %. Les syndicats rejoignent la gauche pour en exiger le retrait. Le secrétaire général de la CFDT François Chérèque a demandé, sans succès, le maintien des 65 ans au moins jusqu'en 2018.

    De l'utilité des exemples européens Droite et gauche n'ont cessé de convoquer à l'appui de leurs démonstrations des exemples européens, le gouvernement et la majorité insistant sur le retard français tandis que l'opposition relativisait la portée des réformes européennes.

    Que dire de solide ? Le gouvernement français a opté pour une entrée en application très rapide de la réforme, l'année suivant son vote, alors qu'ailleurs en Europe, par exemple en Allemagne, il s'est écoulé plusieurs années entre l'annonce de la réforme et son application. De même, et le Trésor l'a souligné, la réforme française est plus rapide : le relèvement des âges de la retraite se fera à raison de quatre mois par an à partir de la génération 1951 au lieu de deux mois par an en général ailleurs.

    L'âge légal de 60 ans était l'un des plus bas d'Europe. Les 62 ans rapprocheront les Français des Allemands (63 ans). Le recul à 67 ans du taux plein dès 2023 placera, lui, les Français devant les Allemands (ils y parviendront en 2029) et devant les Britanniques (les 68 ans sont prévus pour 2046).

    Tous les pays européens ont réformé leurs retraites ou sont en train de le faire. Ils jouent soit sur le recul des âges légaux, soit sur l'allongement de la durée de cotisation. Rares sont ceux qui comme la France jouent sur les deux tableaux. Ce qui fait dire à la gauche et aux syndicats, non sans raison, que le système français, une fois réformé, sera l'un des plus durs d'Europe.

    Claire Guélaud


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