• Régulation financière : paroles, paroles..

    Régulation financière : paroles, paroles..

    Par Marc Fiorentino, stratège d'Allofinance.com.

    Je n'ai pas honte de le dire. J'étais fan de Dalida. Et en ces temps de crise, une de ses chansons me revient en mémoire. "Encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots, rien que des mots, des mots magiques, des mots tactiques qui sonnent faux" répond-elle à Alain Delon qui lui fait des promesses. Moi aussi, j'ai envie de dire "Paroles, paroles, paroles" à tous ces leaders politiques du monde entier qui nous mènent en bateau depuis deux ans en nous promettant encore et toujours le grand soir de la réforme financière.

    Cette semaine, on a encore assisté à une grande envolée lyrique de Barack Obama : "certains ont oublié que derrière chaque dollar négocié ou investi avec un effet de levier, il y a une famille qui essaie d'acheter une maison, de financer des études et d'ouvrir un commerce ou d'économiser pour une retraite" a déclaré jeudi le président américain devant Wall Street. C'était magnifique, j'en avais les larmes aux yeux. Dans la foulée, un G20 des ministres des Finances se réunissait à Washington pour mettre au pas l'industrie financière. Encore un G20 mais celui-ci, c'était le bon. Washington, ville dans laquelle menaçait également notre brillant Français à la tête du FMI, le grand Dominique : "il faut que cela change."

    J'ai failli me lancer griser par tant de détermination, tant de volonté tant de "mots magiques" Seulement voilà La même semaine les banques américaines ont publié leurs résultats. Et quels résultats ! dix-huit mois après la faillite de Lehman, elles gagnent de l'argent, beaucoup d'argent, 3,3 milliards de dollars pour un Goldman Sachs qu'on dit en pleine tourmente, 1,3 milliard pour un Morgan Stanley qui était en perte, et plus de 4 milliards de dollars pour un Citigroup quasi nationalisé et en quasi-faillite il y a un an. Et cet argent, comment l'ont-elles gagné ? En "prêtant aux familles qui essaient d'acheter une maison ? Ou de financer des études ?" Non !!! En spéculant. SPÉ-CU-LANT.

    Sur le marché des changes, sur les marchés des obligations, grecques, portugaises ou autres pays en difficulté ou sur le marché des actions sans oublier les fameux dérivés et produits structurés. Car depuis la faillite de Lehman Brothers, les politiques du monde entier n'ont rien fait. Rien. Que des paroles, rien que de mots. Les bonus ? Record absolu des rémunérations des traders en 2009 avec une petite manipulation des chiffres pour mettre une partie de la rémunération en salaires et un petit décalage du paiement du bonus de quelques mois pour que cela soit moins choquant. Les hedge funds ? Vous vous rappelez ? Le G20 devait les brider, les briser, les anéantir. Le chiffre est tombé cette semaine. Les actifs sous gestion dans les hedge funds ont littéralement explosé depuis quelques mois et sont, à 2% près, à leur record absolu de 2007. Les banques ? Les gouvernements les avaient averties : elles allaient voir ce qu'elles allaient voir si elles ne prêtaient pas aux particuliers et aux entreprises...

    Aujourd'hui, les PME et les TPE du monde entier n'ont pas accès au crédit et les particuliers, sauf en Chine, encore moins parce que tout l'argent des banques va sur les marchés. Quant aux paradis fiscaux, un petit miracle les a blanchis miraculeusement en quelques semaines : la liste noire est devenue grise, puis blanche Sur papier, il n'y a plus de paradis fiscaux...

    Malgré tous ces échecs, les grands de ce monde n'ont pas peur du ridicule et continuent à jouer la même partition : régulation financière, taxe sur les banques, taxe sur les transactions financières. Sans aucune peur du ridicule, ils nous répètent à chaque G20 et à chaque discours, exactement, mot pour mot, ce qu'ils ont dit avant. Et on ne peut pas s'empêcher d'y croire à chaque fois. Comme Dalida qui, malgré ses réticences, avait du mal à résister au regard enjôleur d'Alain Delon et pourtant nous aussi, comme elle, on a envie de dire "Rien ne vous arrête quand vous commencez, si vous saviez comme on a envie d'un peu de silence" Alors, par pitié taisez-vous ou agissez.

    Marc Fiorentino


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