• Relancer l’Union, c’est possible

    Relancer l’Union, c’est possible

    09 Mai 2010  | Frankfurter Allgemeine Zeitung Francfort


    Schot

     

    Soixante ans après la déclaration Schuman du 9 mai 1950 qui a lancé le projet européen, la crise de la zone euro ébranle la construction politique. Pour reprendre confiance, les Vingt-Sept doivent abandonner les stéréotypes des décennies précédentes, estime la Frankfurter Allgemeine Zeitung.

    En décembre dernier, le traité de Lisbonne est entré en vigueur. Il a fallu presque dix ans pour que cette modification des traités européens devienne réalité. Epuisés, la plupart des participants à ces pénibles négociations en sont venus à se dire qu’il ne faudrait plus envisager de nouvelle réforme dans un avenir prévisible. Reste à voir si sous l’effet de la crise grecque, le besoin d’apporter des modifications aux articles relatifs aux finances publiques et au budget, ne se fera toujours plus sentir. Il est toutefois peu probable que, malgré la crise, on tente à nouveau de modifier le traité pour punir les fautifs impénitents en les privant du droit de vote, voir en les excluant de l’union monétaire.

    En tout cas, rares sont les Européens qui auraient imaginé que l’on entendrait si vite parler de nouveau de modification du traité. Beaucoup avaient espéré que grâce au traité de Lisbonne, l’Union européenne allait enfin entrer dans une phase de consolidation interne et de renforcement extérieur. Peut-être cet espoir était-il dès le début un peu téméraire, pour ne pas dire coupé des réalités. La crise financière et de la dette l’a de toute façon plus ou moins anéanti. Au lieu de cela, on débat des dangers de la calamité grecque pour la zone euro, les citoyens et les politiques s’inquiètent pour la stabilité de l’euro et la cohésion de l’union monétaire.

    L'UE est-elle aussi irréversible que l'affirmaient ses pères ?

    La vitesse à laquelle les dirigeants politiques sont intervenus ces derniers jours pour empêcher une faillite de l’Etat grec est le reflet de la désillusion, mais aussi de la panique. Il ne s’agit plus seulement de la Grèce, toute l’affaire a désormais les traits d’une “Opération sauvez l’euro”. La stabilité de la monnaie unique est-elle vraiment menacée par l’urgence de la situation financière de la Grèce, un pays qui ne constitue qu’une part très modeste de l’ensemble de l’économie européenne ? Même cette simple question, personne n’aurait imaginé la poser il y encore quelques mois.

    L’union monétaire, cette prétendue communauté de destins, est-elle vraiment aussi irréversible que l’avaient affirmé ses pères ? L’UE est-elle vraiment engagée sur la voie d’une union toujours plus étroite entre ses peuples ? Ces derniers le souhaitent-ils, d’ailleurs ? Les emportements publics dans le sillage de la crise grecque permettent d’en douter. Manifestement, nous nous trouvons dans une phase où certaines certitudes commencent à être ébranlées.

    La confiance des Allemands dans la monnaie unique est essentielle

    De plus, depuis un moment déjà, de hauts responsables européens se plaignent d’une “renationalisation”, plainte souvent formulée d’un air soupçonneux à l’encontre de Berlin. Que les Allemands perdent leur confiance dans la monnaie unique, et leur enthousiasme pour l’Europe risque encore de s’effriter. Rien n’est aussi impopulaire que l’exigence de voir l’Allemagne jouer le rôle de trésorier de l’Europe.

    Et la suggestion selon laquelle cela servirait les intérêts allemands ne trouve plus guère d’écho dans l’atmosphère de mécontentement général. Mécontentement qui est encore accru par les exhortations appelant les Allemands à se montrer “solidaires”, d’autant que la plupart des Allemands semblent estimer qu’ils se sont montrés très “solidaires” en renonçant au mark — tandis que la Grèce aurait, elle, magouillé pour entrer dans l’union monétaire.

    La diversité de l’Europe est aussi sa faiblesse

    Il est absurde de commencer à entonner dès à présent un chant d’adieu au formidable travail communautaire de l’Europe. Ce n’en est pas fini de l’unification européenne. Peut-être, simplement, le moment est-il venu de se défaire de quelques stéréotypes, et d’admettre une ou deux vérités. Première vérité, plus de vingt ans après la chute du Mur, l’unification européenne ne bénéficie plus de la même dynamique qu’auparavant. Seconde vérité, l’argument selon lequel on ne peut résister à la mondialisation qu’en étant unis évoque moins pour les gens la nécessité de l’unification que le “motif originel” de la guerre et de la paix. Mais le souvenir de la guerre s’estompe.

    Ce qu’il faut faire est évident : il faut préserver ce que l’on a, et par-dessus tout l’euro. Mais il ne faut pas pour autant minimiser les contradictions internes dans la sphère culturelle, politique et économique, par exemple les différences de mentalités en matière de politique budgétaire. Tout n’est pas fait pour aller ensemble. La diversité de l’Europe est ce qui fait son charme, tout en étant une faiblesse permanente, en particulier quand on se confronte aux autres grands de la planète. Mais c’est ainsi qu’est l’Europe, tout simplement.

    Klaus-Dieter Frankenberger

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