• Retraite à 62 ans : pourquoi les seniors ont le blues

    Les employeurs mis au défi d'améliorer l'emploi des seniors

     


     

    En reculant l'âge légal de départ de 60 à 62 ans, l'exécutif parie sur une nette amélioration de l'emploi des plus de 55 ans. Pas si simple.

    Le pari est risqué. En fondant l'essentiel de sa réforme des retraites sur un recul de l'âge légal de départ de 60 à 62 ans, l'exécutif table sur une nette amélioration du taux d'emploi des 55-65 ans. Et sur la volonté des employeurs de garder leurs seniors jusqu'à ce qu'ils atteignent l'âge leur permettant de liquider leur pension. Soit 62 ans en 2018 pour les salariés ayant plus de 41 ans de cotisation et jusqu'à 67 ans pour les salariés ayant commencé à travailler plus tard.

    Officiellement, les entreprises se disent prêtes à relever le défi. Laurence Parisot, la présidente du Medef qui milite depuis longtemps pour supprimer le symbole des 60 ans, estime que le comportement des employeurs s'améliorera sous le simple effet du recul de l'âge de départ à 62 ans.

    Des progrès ont d'ailleurs été faits ces dernières années. Le taux d'emploi des 55-60 ans a atteint 60 % à la mi-2010, contre 54,6 % début 2007, selon le bilan de la « politique seniors », présenté ce mercredi, par Laurent Wauquiez, le secrétaire d'État à l'Emploi, au Conseil des ministres. Et la très grande majorité des branches et des entreprises de plus de 50 salariés qui devaient négocier un accord seniors avant le 1er janvier 2010 se sont pliées à l'exercice. Seules 250 sociétés ont payé la pénalité prévue pour les réfractaires.

    Mais les habitudes ont la vie dure. Ainsi, les préretraites, officiellement en voie d'extinction ou réservée à des cas extrêmes, séduisent toujours employeurs et salariés, comme en témoigne le plan de départs volontaires préparé il y a quelques mois chez BNP Paribas. Ciblé sur les salariés proches de la retraite, il a été retoqué par le ministère du Travail.

    Mais le cas est loin d'être unique. « Si un dispositif de départ anticipé devait être créé, la plupart des employeurs de notre secteur applaudiraient des deux mains », souligne un dirigeant de la métallurgie.

    Autre signe que la tentation est toujours grande de se séparer des seniors - souvent avec leur accord -, la surreprésentation des plus de 55 ans dans les ruptures conventionnelles de contrat de travail, ce nouveau mode de séparation à l'amiable créé en 2008.

    Pour éviter toute dérive, le gouvernement affiche sa vigilance. Dans le récent débat sur le projet de loi sur les retraites, il a coupé court aux velléités de certains députés de recréer un dispositif de préretraite. Il a aussi prévu une aide pour les employeurs qui embaucheraient un chômeur de plus de 55 ans. L'exécutif en est conscient. La réussite de sa réforme dépend en grande partie de sa capacité à convaincre - ou à contraindre - les entreprises de jouer le jeu. Agnès Laurent

    L'avenir des chômeurs âgés en suspens

    Certains risquent de perdre toute ressource.

    La question n'est pas évoquée dans le projet de loi sur les retraites, mais elle se pose avec de plus en plus d'acuité. De quelles ressources disposeront, demain, les seniors qui perdront leur emploi et ne pourront prétendre au versement de leur retraite?? Le problème n'est pas nouveau, mais il devrait s'amplifier avec la réforme actuelle.

    Plusieurs effets négatifs devraient, en effet, se conjuguer. Tout d'abord, le recul de l'âge légal de départ de 60 à 62 ans risque d'accroître le nombre de chômeurs âgés en fin de droits. Aujourd'hui, un salarié licencié à 57 ans peut être indemnisé jusqu'à 60 ans par l'assurance chômage puisque la convention prévoit une durée maximale d'indemnisation de 36 mois pour les quinquas. Demain, il ne pourra que se tourner vers l'allocation spécifique de solidarité (ASS) ou le revenu de solidarité active (RSA), soit 460 euros par mois pour une personne seule. Autre problème, la question des chômeurs qui ont cotisé suffisamment mais n'ont pas atteint l'âge légal de départ.

    Actuellement, ils sont pris en charge par l'État, via l'allocation équivalent retraite (AER). Mais ils risquent, au fil du passage à 62 ans, d'être de plus en plus nombreux. Or, François Fillon a, le 9 septembre, renvoyé la responsabilité vers les partenaires sociaux. « Le gouvernement n'a pas pris le temps de la réflexion sur ces catégories de gens qui vont se retrouver dans une situation inextricable », regrette Gaby Bonnand, le président (CFDT) de l'Unedic, qui attend une étude chiffrée précise des impacts de la réforme sur l'assurance chômage. A. L.

    On ne parle pas assez de ces aspects de la réforme.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :