• Retraite : ces inégalités que le système français crée, perpétue ou amplifie

    Retraite : ces inégalités que le système français crée, perpétue ou amplifie

    Inégalités hommes-femmes, pénalisation des carrières courtes, plates ou chaotiques, avantages familiaux mal adaptés... La liste est longue des inégalités que le projet de réforme ne corrige pas

    Concentré sur la nécessité de redresser les comptes et de donner des gages aux marchés financiers et à la Commission européenne, le gouvernement a fait porter l'essentiel de son projet de réforme des retraites sur le seul paramètre susceptible de produire des résultats financiers immédiats - le relèvement des bornes d'âge -, sans toucher à l'architecture du système. Ce faisant, il laisse perdurer, voire amplifie, de multiples inégalités entre les générations et à l'intérieur d'une même génération.

    Mis en place, pour une large part, au lendemain de la seconde guerre mondiale, consolidé pendant les Trente Glorieuses, le système français de retraite porte la marque de cette histoire. Il repose sur un modèle social favorable aux salariés en place - les " insiders " par opposition aux " outsiders " - bénéficiant d'un contrat à durée indéterminée (CDI) et d'un travail à temps plein dans le même secteur d'activité, sinon dans la même entreprise.

    Ce système est " de moins en moins adapté aux carrières d'aujourd'hui. Dès qu'on bouge, on perd ", analyse Jean-Louis Malys, secrétaire national de la CFDT en charge des retraites. La règle des 25 meilleures années pour le calcul de la pension dans le privé et celle des six derniers mois dans les régimes spéciaux du public favorisent les carrières ascendantes, généralement celles des cadres, par rapport aux carrières plates. " Pour les 15 % d'ouvriers et employés qui sont au smic toute leur vie professionnelle, la meilleure année est aussi la moins bonne ", rappelle Terra Nova dans son rapport " Réformer les retraites " de mai 2010.

    Le Conseil d'orientation des retraites (COR) a apporté sa pierre au débat en analysant les règles de calcul des pensions et leurs effets redistributifs. " Au total, peut-on lire dans son rapport du 27 janvier 2010, (...) la règle des 25 meilleures années bénéficierait surtout aux assurés ayant un niveau de salaire proche de la moyenne, moins aux assurés ayant un niveau de salaire élevé, et encore moins aux assurés à bas salaires ou aux carrières courtes ; elle opérerait donc une redistribution favorable aux salariés moyens et défavorable aux bas salaires ".

    Les carrières courtes, les carrières chaotiques, marquées par des allers et retours entre l'activité et l'inactivité, entre l'emploi et le chômage, entre le travail à temps partiel et le temps plein, sont en revanche pénalisées. Or elles sont fréquentes chez les femmes et dans les jeunes générations.

    Espérance de vie

    Dans le régime général, les personnes touchant moins de 800 fois le smic horaire dans l'année, du fait d'emplois à temps partiel et/ou de périodes de non-emploi, valident moins de quatre trimestres dans l'année (un trimestre pour 200 heures au smic). Cette règle, combinée, avec celle du calcul du salaire annuel moyen, paraît " favorable aux assurés ayant eu au moins 25 "bonnes" années ", et " défavorable " aux carrières courtes, établit le COR. " Ce phénomène, précise-t-il, est accentué par le calcul sur l'année civile : un travail de 4 mois ne donne pas nécessairement les mêmes droits à la retraite s'il est effectué de janvier à avril ou de novembre à février ".

    A l'heure actuelle, les polypensionnés (40 % des retraités), qui ont cotisé dans plusieurs régimes du privé ou effectué une carrière mixte public/privée, peuvent être pénalisés par rapport à ceux relevant d'un seul régime. Dans le cas d'une carrière ascendante, leur salaire de référence doit en effet intégrer les bas salaires de début de carrière. Un mode de calcul moins favorable que celui des 25 meilleures années dans un même régime.

    Les avantages familiaux font aussi l'objet de critiques récurrentes des syndicats en raison de leur coût et de leur caractère antiredistributif. " La majoration de durée d'assurance pour trois enfants et plus coûte 6 milliards d'euros sur les 15 que représentent les avantages familiaux. 60 % de ce dispositif bénéficie aux hommes et aux familles aisées ", déplore la CFDT.

    Les régimes de retraite, enfin, ne tiennent pas compte de l'espérance de vie. A 60 ans, celle d'un ouvrier est de 5,5 ans inférieure à celle d'un cadre. Cela " pose un problème d'équité au regard de certaines catégories sociales " observe Terra Nova. " Le système organise la redistribution à l'envers des ouvriers vers les cadres ". Le passage à la retraite à 62 ans amplifiera ce phénomène en pénalisant mécaniquement les salariés ayant commencé à travailler tôt, en général des ouvriers.

    Tout ou presque reste donc à faire pour rendre le système plus équitable et mieux adapté aux parcours fréquemment accidentés des salariés actuels.

    Claire Guélaud


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