• Retraite : le président hésite à repousser l'âge légal à 63 ans

    Retraite : le président hésite à repousser l'âge légal à 63 ans

    Nicolas Sarkozy doit rendre ses ultimes arbitrages, mardi 15 juin au soir, sur l'avant-projet de réforme

     

    Quelques jours avant que Nicolas Sarkozy ne rende ses ultimes arbitrages, mardi 15 juin, sur l'avant-projet de loi de réforme des retraites, François Fillon a réitéré l'engagement de la France de réduire son déficit public de 100 milliards d'euros d'ici à 2013. Et il est revenu sur la nécessité de " travailler plus longtemps ". " Il serait lâche de notre part de dire aux Français que leur retraite pourrait être assurée sans prolonger la durée de cotisation et l'âge d'ouverture des droits ", a-t-il déclaré, samedi 12 juin, devant les nouveaux adhérents de l'UMP.

    A quelques heures du rendez-vous berlinois, lundi 14 juin, de Nicolas Sarkozy et d'Angela Merkel, le premier ministre a réaffirmé que cette réforme était partie intégrante de la stratégie française de redressement des comptes publics. " Mes chers amis, les temps sont durs, et à tous ceux qui nous rejoignent, je ne peux promettre que des efforts, de la ténacité et du civisme (...). Dans l'épreuve, il faut la République plutôt que les corporatismes. Il faut travailler plus, il faut travailler mieux et il faut dépenser moins ", a insisté M. Fillon, drapé dans ses habits de Père la Rigueur (même s'il en récuse toujours le terme).

    62 ou 63 ans Si la remise en question de la retraite à 60 ans est acquise, le président de la république hésite toujours à repousser l'âge légal jusqu'à 63 ans, comme le réclame une partie de sa majorité. Cette hypothèse a été défendue jeudi 10 juin et vendredi 11, par les présidents des groupes UMP de l'Assemblée nationale et du Sénat, Jean-François Copé et Gérard Longuet. " Il faut donner des gages aux Allemands (...). La rigueur, je la revendique et je l'assume. Il faut dire la vérité aux Français. Il faut une vraie réforme des retraites, des symboles politiques forts ", estimait, dimanche 13 juin Jean-François Copé, partisan de passer aux 63 ans dès 2020, ce qui suppose d'augmenter l'âge d'ouverture des droits de quatre mois au lieu des trois généralement envisagés. La ministre de l'économie, Christine Lagarde, qui se sent comptable des engagements européens de la France, a également plaidé en ce sens.

    Des curseurs multiples M. Fillon n'a pas pris de position tranchée sur cette question lors des fréquentes réunions sur les retraites auxquelles il participe à l'Elysée depuis deux semaines autour du président, de son conseiller social, Raymond Soubie, du ministre du travail, Eric Woerth. " Il n'y a pas l'ombre d'un désaccord entre le président et le premier ministre sur les retraites ", assure-t-on à l'Elysée.

    La prudence de M. Fillon sur l'âge de la retraite peut s'expliquer par son souci de ne pas être pris à contre-pied par Nicolas Sarkozy, pressé par une partie de son entourage de s'en tenir à une ligne moins dure. Des considérations techniques jouent aussi. Artisan avec Jean-Pierre Raffarin de la réforme de 2003, M. Fillon est bien placé pour savoir que l'efficacité des mesures de 2010 et leur rendement financier ne tiendront pas seulement à l'affichage de l'âge d'ouverture des droits à la retraite mais au calendrier de la réforme. Le passage à 62 ans dès 2020 serait, par exemple, beaucoup plus dur que l'affichage des 63 ans en 2030.

    Instruit par le précédent de 2003, M. Fillon sait aussi que les mesures sur la pénibilité peuvent se révéler très coûteuses. Il a donc pesé pour éviter une prise en compte trop large qui réduirait le rendement financier de la réforme. Pas question, pour lui, que l'exécutif redonne d'une main ce qu'il a gagné de l'autre.

    Dureté versus efficacité ? Dans un pays sujet aux explosions sociales, opter pour une réforme dure n'est pas nécessairement un gage d'efficacité. " Le choix ayant été fait de ne pas aller trop loin dans le rapprochement entre le public et le privé et de limiter à un demi-point le relèvement de la cotisation des fonctionnaires, le passage à 63 ans serait perçu comme une provocation par les salariés du privé. Il vaut mieux s'en tenir, dans ce cas, aux 62 ans ", faisait observer dimanche soir le président UMP de la commission des affaires sociales de l'Assemblée, Pierre Méhaignerie.

    La perspective de l'examen du projet de réforme à l'Assemblée en septembre, à un moment où l'exécutif confirmera des coupes claires dans le budget, inquiète une partie de la majorité. Nombre de parlementaires redoutent la réédition de journées de mobilisation à répétition. Ils n'ont peut-être pas tort. FO organise mardi 15 juin une journée de grève interprofessionnelle et attend " plusieurs dizaines de milliers " de manifestants à Paris. L'intersyndicale prépare les grèves et défilés du 24 juin, et la CFDT, toujours impliquée dans cette dynamique unitaire, a donné rendez-vous aux salariés à l'automne.

    Dimanche soir, Martine Aubry a qualifié de " totalement injuste " la remise en question de la retraite à 60 ans. Invitée de C Politique sur France 5, la première secrétaire du PS a réaffirmé que la gauche reviendrait sur cette décision en cas de victoire en 2012. Elle a cependant convenu que l'allongement de la vie impliquerait de travailler plus longtemps, à partir de 2025.

    Claire Guélaud


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