• Rideau, le spectacle est terminé

    Rideau, le spectacle est terminé

    Incapable d'honorer ses engagements, le petit émirat aux ambitions démesurées fait trembler les places boursières dans le monde. De nombreux observateurs craignent un effet domino qui pourrait plonger la planète dans une nouvelle crise financière.

    27.11.2009|Heather Stewart, Ian Black|The Guardian

    Si l'Islande, passée du statut de nation de pêcheurs à celui de plaque tournante de la finance (avant de faire machine arrière), est devenue le symbole des hauts et des bas du secteur bancaire ces dernières années, c'est dans l'émirat de Dubaï, au Moyen-Orient, que la bulle immobilière mondiale a atteint son niveau le plus spectaculaire. Dépourvus des réserves pétrolières dont disposent nombre de ses voisins, les dirigeants de Dubaï ont conçu le projet délirant de transformer leur cité-Etat perdue dans le désert en terrain de jeux glamour pour les riches, projet financé dans l'enthousiasme par des investisseurs occidentaux. Aujourd'hui que Dubaï World, la société publique qui construit nombre des complexes les plus extravagants, vient d'annoncer son incapacité à honorer une partie de ses dettes à la mi-décembre, les marchés financiers mondiaux se voient contraints d'admettre qu'ils ont peut-être annoncé un peu prématurément que le pire de la crise du crédit était passé.

    Les marchés d'actions sont repartis à la hausse ces huit derniers mois, à mesure que s'éloignait le spectre d'une Grande Dépression version XXIe siècle que redoutaient les investisseurs depuis l'expérience de mort annoncée par le système financier mondial après la faillite de la banque Lehman Brothers en octobre 2008. La récente nouvelle des malheurs de Dubaï sonne la fin du rêve : l'économie mondiale pourrait receler encore de nombreuses bombes à retardement. Pour commencer, Dubaï n'est pas un cas isolé : plusieurs autres pays, notamment <st1:personname productid="la Grèce" w:st="on">la Grèce</st1:personname>, l'Ukraine et l'Irlande, seront confrontés à de graves problèmes d'endettement dans les mois à venir, parce qu'ils vont devoir assumer les coûts de la pire récession des trente dernières années tout en payant les pots cassés par la surchauffe généralisée du crédit. Le Fonds monétaire international s'est déjà lancé dans le sauvetage de plusieurs pays en difficulté tels l'Islande, <st1:personname productid="la Hongrie" w:st="on">la Hongrie</st1:personname> et le Pakistan, mais l'annonce de Dubaï World fait craindre une nouvelle vague de victimes.

    Par ailleurs, le ralentissement économique n'est pas terminé. Si nombre de grandes économies sont bien sorties de la récession, la reprise a été soutenue jusqu'ici par l'argent des contribuables, administré en quantités colossales et en urgence. Personne ne sait exactement ce qu'il se passera l'année prochaine lorsque ces perfusions cesseront et que les banques centrales commenceront à refuser leurs lignes de crédit bon marché aux établissements bancaires et augmenteront leurs taux d'intérêt. Enfin, si Dubaï World fait effectivement faillite, c'est une nouvelle onde de choc qui touchera l'ensemble du système financier mondial. Des banques du monde entier (des établissements britanniques en particulier) ont prêté à Dubaï et à ses entreprises des milliards de dollars pour financer des étincelantes tours de verre et des pistes de ski en salle en plein désert. Le risque que ces emprunts ne soient pas honorés réveille des angoisses : et si, malgré les plans de relance de milliers de milliards de dollars engagés par les Etats, le pire n’était pas encore passé pour les banques éreintées ? <st1:personname productid="La Bundesbank" w:st="on">La Bundesbank</st1:personname> a averti, il y a quelques jours, que les banques allemandes pourraient encore perdre 90 milliards d'euros en raison de prêts non honorés avant la fin de la crise.

    L'incertitude autour de la faillite de Dubaï World et des montants que peuvent espérer récupérer ses créanciers est aggravée par le fait que les marchés financiers de l'émirat sont fermés en raison des fêtes musulmanes de l'Aïd el-Kébir [vendredi 27 novembre]. Comme pour compliquer davantage la situation, ces dettes ont été souscrites sous la forme des obligations islamiques, les soukouk [produit obligataire adossé à un actif, le détenteur court un risque de crédit et reçoit une part de profit et non un intérêt fixe], pour lesquelles les règles en cas de défaillance de l'émetteur sont floues. Les investisseurs espèrent que Dubaï sera renflouée par son voisin Abou Dhabi, capitale des Emirats arabes unis, mais on ignore les conséquences que cela aurait pour l'indépendance du cheikh Mohammed ben Rashid Al-Maktoum, le dirigeant de Dubaï connu pour ses élevages de pur-sang et une fortune personnelle de 10 milliards de livres [11 milliards d'euros].

    Nakheel, filiale de Dubai World, inquiète les marchés du Golfe

    Reuters09.12.09 | 12h20

                Par Jason Benham et Rachna Uppal

    DUBAI (Reuters) - Des inquiétudes autour des pertes de Nakheel, la filiale immobilière de Dubai World, ébranlent les marchés du Golfe mercredi, les investisseurs n'ayant tenu aucun compte des propos de dirigeants qui ont cherché à rassurer sur la santé des économies de la région.

    Nakheel a déclaré mercredi que le total de son passif était en hausse de 7,2% à 73,3 milliards de dirhams au premier semestre. L'actif a été annoncé en baisse sur la même période, passant de 155,52 milliards de dirhams à 147 milliards.

    La perte semestrielle est ressortie à 13,4 milliards de dirhams, avec une forte baisse du chiffre d'affaires - 1,97 milliard de dirhams contre 9 milliards un an auparavant - et des dépréciations d'actifs fonciers et immobiliers.

    L'agence de notation Moody's a abaissé mardi la note de six entreprises publiques de Dubaï après avoir conclu qu'aucun soutien important n'était à attendre du gouvernement.

    Les entreprises concernées sont DP World, Dubai Electricity and Water Authority, Emaar Properties, Jebel Ali Free Zone, Dubai Holding Commercial Operations Group et DIFC Investments.

    D'après les agences de rating, ces abaissements de notation pourraient déclencher une clause de remboursement accéléré sur la dette de 2 milliards de dollars de <st1:personname productid="la Dubai Electricity" w:st="on">la Dubai Electricity</st1:personname> and Water Authority (DEWA), ce qu'un responsable de <st1:personname productid="la DEWA" w:st="on">la DEWA</st1:personname> a réfuté.

    Ajoutant à la confusion parmi les investisseurs, le directeur général du département des Finances de l'émirat a déclaré mardi qu'il faudrait plus de six mois pour restructurer la dette de Dubai World.

    Une source bancaire proche du dossier a indiqué que le conglomérat en difficulté n'avait pas encore soumis de proposition à ces créanciers.

    Un groupe de créanciers obligataires de Nakheel a par ailleurs écrit à Dubai World afin de demander le remboursement de créances arrivant à échéance le 14 décembre, a déclaré une source proche du dossier mardi.

    QUELS ACTIFS SONT EN VENTE ?

    Dubai World a déjà précisé que les actifs d'Istithmar World, DP World, un opérateur portuaire rentable, et la zone franche Jebel Ali ne seraient pas concernés par la restructuration de 26 milliards de dollars de dette.

    Mardi, le conglomérat a ajouté son entreprise de construction navale Dubai Dryrocks World à sa liste d'actifs qui ne sont pas à vendre.

    Cela étant, Dubai World pourrait avoir du mal à garder ses actifs les plus prisés. Le W Hotel à Manhattan d'Istithmar World a ainsi été vendu à l'encan mardi, pour un montant de 2 millions de dollars, à comparer à un prix d'achat de 286 millions de dollars en 2006.

    Le président des Emirats arabes unis Cheikh Khalifa ben Zayed al Nahyan, a tenté de rassurer les marchés mercredi en déclarant que le troisième exportateur de pétrole au monde était résolu à contenir l'impact de la crise financière grâce à la "solide" économie des Emirats.

    Le ministre du Pétrole saoudien Ali al-Naimi a fait écho aux propos du président des Emirats en déclarant dans le cadre d'un discours que les économies du Golfe étaient solides malgré des inquiétudes autour des tensions financières dans la région.

    <st1:personname productid="La Bourse" w:st="on">La Bourse</st1:personname> de Dubaï a néanmoins clôturé en baisse de 6,39% mercredi, à un plus bas de 38 semaines. L'indice de <st1:personname productid="La Bourse" w:st="on">la Bourse</st1:personname> d'Abu Dhabi est pour sa part tombé à un plus bas de 32 semaines, cédant 2,8%.

    Le coût de l'assurance contre une restructuration ou un défaut de la dette de Dubaï a pris plus de 50 points de base pdb à 592,5 pdb. Le coût de l'assurance contre une restructuration ou un défaut de la dette de DP World, la filiale de Dubai World, a augmenté de 45 pbs, à 636 pbs.

    Le prix de la sukuk de 3,5 milliards de dollars de Nakheel est par ailleurs en baisse d'un point, à 46 points.

    Version française Wilfrid Exbrayat et Sonia Manueco

     

     

     

    30.11.2009

    Le jour où l'or s'est changé en sable  Dessin de Horch


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