• « Rien n'a véritablement changé »

    « Rien n'a véritablement changé »

    Paul Jorion, Anthropologue et sociologue

    Trois ans après le début de la crise financière, le procès des subprimes a-t-il eu lieu aux États-Unis ?

    Le marché des subprimes n'existe plus car la plupart des établissements spécialisés ont été balayés par la crise et que plus aucune banque ne se risquerait aujourd'hui à proposer cette offre. Mais ce type de crédits hypothécaires à haut risque de défaut peut renaître du jour au lendemain. Sur le plan de la réglementation, rien n'a véritablement changé. Il est bien question que les courtiers doivent se faire enregistrer et la toute nouvelle agence de protection des consommateurs tentera, avec bien des difficultés sans doute, d'imposer des contrats clairs et lisibles de deux pages au lieu de ces fameux contrats de 32 pages qui ont ruiné tant d'emprunteurs. C'est bien peu au regard du séisme financier déclenché par les crédits subprimes.

    Peut-on trouver des responsables de la crise des subprimes ?

    Il y a quelques actions en justice, menées souvent à titre individuel par des procureurs ou par la SEC pour des infractions liées à la réglementation boursière. Des poursuites auraient pu être facilement engagées contre la profession, notamment à l'encontre de la Mortgage Bankers Association, un puissant lobby qui a dépensé des centaines de millions de dollars pour convaincre les politiques de l'utilité des subprimes. Les dangers étaient pourtant connus : l'État de Caroline du Nord n'a pas hésité à les interdire, tout comme le Canada. C'est bien le système bancaire, et non les politiques, qui a encouragé la diffusion de ces crédits, sous couvert de lutte contre les discriminations. Pour une raison simple : ils rapportaient beaucoup d'argent et, croyait-on alors, sans grand risque.

    Une autre crise des subprimes est-elle possible ?

    Oui pour deux raisons. Tout d'abord, rien n'a été fait pour limiter les dynamiques de bulle. La mécanique est toujours la même : les emprunteurs sont solvables tant que le prix de leur actif augmente, ce qui incite les banques à leur accorder des prêts qui nourrissent eux-mêmes la bulle. La seconde raison est plus sociologique. Les Américains pensent toujours que les pauvres d'aujourd'hui peuvent être les riches de demain. Cette foi en l'avenir est caractéristique d'une population d'origine immigrée. Par nature, l'immigré croit en un système qui doit améliorer sa condition. Et quand tout va mal, il ne remet jamais en cause le système et cherche des boucs émissaires. Propos recueillis par Éric Benhamou


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