• Rigueur ou relance : le désaccord persistant des dirigeants du G8

    Rigueur ou relance : le désaccord persistant des dirigeants du G8

    Réunis vendredi 25 juin à Muskoka, au Canada, Européens et Américains ont constaté leurs divergences sur les politiques économiques à mettre en oeuvre pour sortir de la crise
    Toronto (Canada) Envoyé spécial
     

    Ils ont ri ensemble. Barack Obama et Angela Merkel ont affiché leur connivence lors de la photographie de famille qui réunissait les dirigeants du G8 à Muskoka, perdus au bord d'un lac au nord de Toronto. Que faire d'autre, lorsqu'on n'est pas d'accord mais qu'il faut montrer que l'on s'entend sur le destin économique de la planète ? Economiser pour éviter de faire faillite sous les dettes ou relancer l'économie pour échapper à la récession : lors du premier G20, qui réunissait les principales puissances de la planète à Washington, en novembre 2008, on s'était déjà séparé sur ce désaccord. Seule l'Allemagne ne voulait pas relancer son économie, mais avait fini par céder. Dix-huit mois plus tard, la relance a accéléré la faillite de la Grèce et conduit l'euro au bord de l'explosion. Angela Merkel ne s'y fera pas prendre deux fois. C'en est fini des mesures de relance. " Rien ne m'empêchera d'économiser ", confiait-elle récemment. Quoi qu'en disent les Américains. Le président Obama, lui, a une autre priorité : il faut relancer la croissance mondiale, qui ne pourra pas reposer uniquement sur le consommateur américain.

    M. Obama a exposé sa vision lors du déjeuner du G8 qui rassemblait, vendredi 25 juin, les dirigeants des pays les plus riches du globe (Etats-Unis, Canada, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie et Russie). " Si l'Europe peut passer de 1 % à 2 % de croissance, je serai très content ", a-t-il insisté, prenant la parole après le premier ministre canadien, Stephen Harper, hôte du sommet.

    Mais quelques jours après avoir exhorté ses homologues à relancer l'économie mondiale, le président américain a compris que la chancelière allemande ne bougerait pas. Il choisit donc l'apaisement et se déclare impressionné par les actions prises par l'Europe pour sauver la Grèce et l'euro, assure comprendre la nécessité de réduire les déficits budgétaires. Il se dit préoccupé par la santé des banques européennes. Mais cela tombe bien, les Européens ont décidé de publier les résultats de tests de résistance, pour vérifier la résistance des leurs principales banques à des chocs économiques. Pour M. Obama, il s'agit d'un premier pas pour restaurer la confiance.

    Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, expose alors la stratégie des Européens, subtile combinaison entre mesures de consolidation budgétaire, réformes structurelles et amélioration de la gouvernance économique. Cette politique porte un joli nom technocratique : consolidation amicale pour la croissance.

    Vient le tour de la principale accusée, Angela Merkel. La chancelière, dont le pays vit de ses exportations, rassure ses partenaires en faisant un plaidoyer indéfectible pour l'euro. Elle défendra la monnaie unique quoi qu'il arrive. Il n'empêche, elle pense qu'il convient d'économiser : son pays en particulier, l'Europe en général est vieillissante, il faut rassurer ménages et entreprises en développant une croissance soutenable, qui ne soit pas fondée sur une montagne de dettes.

    S'ensuit un tour de table. Le premier ministre britannique, David Cameron, critique les prévisions économiques de son prédécesseur pour justifier son plan d'économie. Son homologue italien, Silvio Berlusconi, fustige comme toujours la bureaucratie. Le président russe, Dmitri Medvedev, et le premier ministre japonais, Naoto Kan, saluent les efforts européens.

    Au Canada, Européens et Américains ont cherché à minimiser leurs désaccords : tout le monde veut réduire les déficits. On divergerait simplement sur le rythme à adopter. La preuve, M. Obama veut diviser par deux le déficit public américain d'ici à 2013 pour stabiliser la dette à partir de cette date-là, explique une source française. En fait, le conflit est fondamental. Il s'agit d'avancer sur une ligne de crête, pour éviter d'un côté la rechute de 1937, lorsque Franklin D. Roosevelt avait retiré trop vite son plan de relance budgétaire, de l'autre, la montagne de dette fatale à la Grèce.

    Au Canada, les dirigeants se sont félicités de ce que chacun avait maintenu ses plans de relance pour 2010, y compris l'Allemagne. Pour 2011, l'affaire est plus compliquée, l'Allemagne ayant décidé de réduire ses dépenses de 0,35 % du PIB, ce qui fait tiquer M. Obama.

    Les mois à venir s'annoncent délicats. Nicolas Sarkozy, qui avait connu un regain de popularité lorsqu'il s'était agi de sauver les banques mais connaît une forte impopularité comme la plupart des leaders européens, évoque la peur des citoyens et leur impatience.

    Chacun a promis à ses électeurs de ne pas augmenter les impôts. D'une contrainte politique, on fait une théorie : mieux vaut combler ses déficits en baissant les dépenses qu'en augmentant la fiscalité. Enfin, pour se donner du courage, chacun vante ses réformes à long terme de l'Etat social : M. Sarkozy a exposé sa réforme des retraites, M. Obama celle de la santé.

    Mais faute de trouver soi-même les recettes de la croissance rapide, les dirigeants du G8 s'en remettent aux absents. Ils tablent sur la politique monétaire, en particulier le premier ministre britannique. Avec des budgets sains, on pourra convaincre les banquiers centraux de maintenir leur politique accommodante.

    Curieusement, on en appelle aussi aux banques. Bien sûr, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel veulent les taxer, pour qu'elles financent elles-mêmes les catastrophes qu'elles pourraient provoquer à l'avenir, ce que refusent tout net les Canadiens. Mais il ne faut pas trop les pénaliser, elles qui financent l'essentiel des entreprises alors que les pays anglo-saxons ont recours aux marchés financiers. Les " Continentaux " ne sont donc pas plus pressés que les Américains et les Britanniques d'augmenter les exigences de capitaux propres imposés aux banques. " Notre économie est financée par des prêts bancaires, et une exigence trop rapide d'augmentation des fonds propres des banques risquerait de provoquer un choc négatif avec une raréfaction du crédit qui ferait plonger la croissance ", s'inquiète une source française.

    Enfin, les pays du Nord comptent sur les pays émergents rencontrés à partir de samedi soir à Toronto dans le cadre du G20. Les taux d'intérêts faibles dans l'hémisphère Nord doivent conduire à la réévaluation des monnaies du Sud, engagée par la Chine juste avant le G20, et à la correction des déséquilibres commerciaux. Nicolas Sarkozy a plaidé pour une politique commerciale plus offensive vis-à-vis des pays émergents. La croissance, c'est les autres.

    Arnaud Leparmentier


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :