• « Sans réformes, la monnaie européenne pourrait disparaître »

    « Sans réformes, la monnaie européenne pourrait disparaître »

    Eric maskin , prix nobel d'économie 2007

    Vous étiez pessimiste en janvier pour l'euro. Il semble que vous aviez raison...

    Je n'aime pas trop faire de prédictions. Ce n'est pas mon business. Ce que je disais, c'est qu'il y avait de bonnes raisons de s'inquiéter. Et là, j'avais raison.

    Il est donc temps de changer les règles de l'Union économique et monétaire (UEM) européenne.

    Oui, c'est évident. Le profond déséquilibre dans l'UEM est que la politique monétaire a été centralisée, mais pas les politiques budgétaires et fiscales. Par le passé, avant l'arrivée de l'euro, un pays comme la Grèce aurait pu régler ses problèmes tout seul. Il aurait pu dévaluer sa monnaie pour se relancer. Avec l'union monétaire, c'est devenu impossible. Cela démontre que la solution doit venir de l'Europe dans son ensemble. À cet égard, le dernier plan de sauvetage de 110 milliards d'euros est le bienvenu. Mais il est venu de manière trop tardive et sur une base purement ad hoc, pour la Grèce. Ce qui serait beaucoup plus sensé, c'est de systématiser les transferts. Si un pays est en difficulté, on devrait pouvoir lui transférer de l'argent, bien avant qu'il n'atteigne le stade ultime de la crise. Mais seulement en échange d'un contrôle très strict de ses comptes budgétaires.

    Ce que la Grèce a (mal) fait en matière budgétaire, toutes ces dernières années, a pris l'Europe complètement par surprise. C'est cela qui est fou. L'Europe aurait dû pouvoir superviser plus étroitement les finances publiques grecques, voici des années. Et il n'y a pas de raison pour laquelle ce ne serait pas possible. Et je le répète encore, cela n'a pas de sens de coordonner la politique monétaire sans une coordination sérieuse de la politique budgétaire.

    Pensez-vous que l'euro puisse disparaître, que la zone euro puisse exploser ?

    Certainement. Je pense que cela arrivera s'il n'y a pas une sérieuse réforme des règles dans la zone euro.

    Mais j'ai confiance dans le pouvoir des crises. Les gens sont généralement réticents à agir avant une crise. Même s'ils savent que la crise peut survenir à tout moment. Mais, après la crise, ils sont généralement prêts à mettre en oeuvre les réformes qui sont nécessaires. L'homme est ainsi fait. C'est pourquoi je suis raisonnablement optimiste.

    Mais durant les crises, on voit aussi ressurgir les sentiments nationalistes. On l'a vu avec l'Allemagne qui est apparue très réticente à aider la Grèce.

    Effectivement, c'est un danger. Car cela va à contresens complet du projet européen. La raison du projet d'une Europe unie est précisément de canaliser et minimiser ces tendances nationalistes, qui font partie intégrante des problèmes historiques de l'Europe. De grands progrès ont certes été réalisés. Mais il est évident qu'une crise comme celle que nous vivons avec la Grèce nous fait reculer.

    Pouvez-vous dresser une comparaison, en termes de croissance, entre les USA et l'Europe ? On a l'impression que l'Europe est toujours à la traîne.

    C'est encore le cas actuellement. Les USA semblent enregistrer une reprise plus forte que l'Europe. Cette déconnexion entre politique monétaire et politique fiscale, en Europe, est certainement un désavantage. Les USA, même s'ils représentent une collection d'États, ont l'avantage d'avoir un gouvernement central qui est fort. Cela nous donne un avantage structurel. n

    Propos recueillis par Marc Lambrechts


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