• Si la mondialisation se cassait en deux…

    Le point de vue de Philippe Mahrer

    Si la mondialisation se cassait en deux…  

    Une photo de Copenhague le montre : les dirigeants de la Chine, de l’Inde, du Brésil, d’Afrique du Sud, réunis à huit clos, scellent à eux seuls l’accord final. Le président américain, alerté, s’invite à la réunion, mais il ne peut que se rallier, comme le feront ensuite les Européens avec beaucoup de réticence. Le Sud ne s’en est plus laissé imposer par le Nord et, de surcroît, l’a fait fléchir.La Chine refuse d’être vue comme l’allié objectif des Etats-Unis, comme son partenaire de danse d’un G2. C’est la tête du Sud qu’elle revendique et elle en a les moyens. Une vaste zone de libre-échange vient d’être créée en Asie, à l’adhésion de laquelle pourraient rapidement être conviés des pays d’Amérique latine ou d’Afrique.La Chine refuse l’Internet global, régulé par les Etats-Unis, et a créé en fait son propre intranet pour un quart de l’humanité, avec des logiques propres de circulation des données. De nombreux pays du Sud ne partagent pas l’idéologie qui sous-tend la construction actuelle de la Toile, qui se présente à tort comme mondiale. Lisez-vous le chinois ?Les affaires Sud-Sud se développent, à mesure que ces pays maîtrisent toute la chaîne de valeur des techniques et des services. Nombre d’affaires, dans l’énergie, le nucléaire, le gaz, les matières premières, la construction, les infrastructures sont nouées de façon préférentielle entre pays du Sud, plutôt qu’avec tel pays du Nord, qui naguère avait une avance technique incontournable.La différence de croissance entre Nord et Sud devrait finir par mettre à distance le Nord, sans que ce dernier soit invité par le Sud à partager toujours les fruits nouveaux de la croissance dynamique. Regardons bien les marges faites par le Nord dans ces pays : si elles existent, sont-elles durables et défendables ?Tous les grands processus structurants sont presque immobiles pendant très longtemps, comme le sable qui remplit une benne ne bouge pas alors que la benne se redresse déjà lentement. Mais une certaine inclinaison étant atteinte, tout le sable, naguère immobile, s’écoule brutalement hors de la benne : c’est le point de bascule.Faudra-t-il dix ans, vingt ans pour que soudain la globalisation se casse en deux ? Voilà sûrement l’ordre de grandeur.Et après…

    Philippe Mahrer est directeur du Collège des ingénieurs.

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