• Signe de reprise, l'économie américaine recommence à créer des emplois

    Signe de reprise, l'économie américaine recommence à créer des emplois

    On va bientôt voir le bout du tunnel, estime le président Barack Obama
    New York Correspondant
     

     

    Cela fait plus de deux ans que les Etats-Unis espéraient ces chiffres : selon l'estimation du secrétariat au travail, l'économie américaine a créé 162 000 emplois en mars, dont 127 000 dans le secteur privé. Ce sont les meilleurs chiffres enregistrés depuis mai 2007. Certes, ce n'est pas la première fois qu'apparaît un solde positif dans la période récente : en novembre 2009 et en janvier 2010, cela avait déjà été le cas. Mais ce solde était resté inférieur aux 100 000 emplois, seuil que l'économie américaine doit nécessairement dépasser mensuellement pour que les créations d'emplois répondent à la croissance démographique naturelle du pays. Jusqu'ici, la Maison Blanche était restée mesurée. Cette fois, le président Barack Obama, en visite, vendredi 2 avril, dans une entreprise de matériel électrique de Charlotte (Caroline du Nord), qui a bénéficié de la manne financière du plan de relance qu'il a mis en place à son arrivée, a eu ces mots : " On a enrayé la dégringolade (...). On commence à entrevoir le bout du tunnel. "

    Les grincheux, eux, n'ont pas hésité à faire remarquer que le chiffre de 162 000 est inférieur aux attentes des prévisionnistes, qui tablaient sur 185 000 créations d'emplois. Ils soulignent qu'il est obtenu par l'inclusion de 48 000 embauches temporaires exceptionnelles dues au démarrage du recensement décennal. Et ajoutent que le volume de l'emploi salarié à temps partiel contraint a recommencé à croître.

    De sorte que le nombre de ceux qui ont perdu leur emploi en totalité ou en partie a repris sa progression : tombé à 16,5 % en janvier, il est remonté depuis à 16,9 % de la population active. Ils constatent encore que la moyenne de la durée du chômage, passée en deux ans de 16 à 31,2 semaines, ne se résorbe pas. Parmi les 15 millions de chômeurs, le nombre de chômeurs de longue durée (plus de six mois, aux Etats-Unis) continue de progresser, atteignant 44 % des sans-emploi. Un record dans les statistiques du département du travail.

    Andrew Tilton et Sven Jari Stehn, analystes économiques de Goldman Sachs, notent aussi que deux des indicateurs jugés les plus symptomatiques à l'aune américaine se maintiennent désespérément bas. Bien qu'ayant rebondi après un mois de février calamiteux pour cause de météo très difficile, " les chiffres de la construction continuent d'être incroyablement faibles et les ventes de véhicules en mars n'ont pas répondu aux fortes attentes ", écrivent-ils.

    Les grincheux pointent enfin que le taux de chômage ne recule pas : pour le troisième mois consécutif, il se maintient à 9,7 %.

    L'explication donnée par les pouvoirs publics est d'ailleurs à double tranchant. Ce taux stagnerait parce que beaucoup de sans-emploi " découragés ", qui avaient cessé de chercher un travail, se sont réinscrits - rappelant incidemment que le calcul du taux officiel du chômage n'est pas le critère le plus fiable pour juger de la réalité de l'emploi, puisqu'il exclut systématiquement ces " découragés " du calcul. Mais l'argument valide la propension américaine à faire des créations ou pertes nettes d'emplois, et non du taux de chômage, le critère-clé de l'évolution du marché du travail.

    Cela dit, malgré les précautions oratoires de la Maison Blanche - " la route sera encore longue ", a dit Barack Obama ; et " cahoteuse ", a ajouté sa conseillère économique Christina Romer, pour qui l'emploi reste " sévèrement déprimé "... -, le sentiment prédomine parmi les analystes américains qu'après le retour de la croissance l'emploi redémarre enfin. Ils en veulent pour preuve que l'activité industrielle dans les biens de consommation courante, qui repart de très bas, n'a jamais crû à un rythme aussi rapide depuis cinq ans. La plupart des analystes jugent désormais que le risque d'une crise de l'emploi à " double détente " - une reprise faible précédant une rechute encore plus grave - est écarté.

    Pour autant, le retour au plein emploi disparaît peu à peu des analyses prospectives. Sur le court terme, la Maison Blanche comme la Réserve fédérale (Fed, banque centrale américaine) ne misent pas sur un recul important du chômage. Le pronostic d'un taux de 9 % est jugé le plus probable d'ici à la fin de l'année 2010. Surtout, le retour à la notion de plein emploi, telle qu'elle a dominé les analyses américaines des années 2000, est peu à peu abandonné.

    Pour mémoire, le taux de chômage, en février 2008, au début de la récession, se situait à 4,8 %. Selon Jeff Madrick, directeur du Centre d'analyse des politiques économiques de la New School, à New York, " le milieu des analystes s'ancre dans l'idée qu'un retour au niveau d'emploi d'avant la crise n'est pas envisageable ".

    Selon lui, " la crise a modifié en profondeur les termes du débat aux Etats-Unis. Bientôt, vous entendrez la plupart des économistes expliquer que 6,5 % de chômeurs est le niveau normal du plein emploi, et qu'en dessous le risque d'inflation réapparaîtrait. Un taux de 8 % sera donc jugé plausible et de 7,5 % très satisfaisant ".

    Sylvain Cypel


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