• Solidité, stabilité ", les règles de l'euro selon Angela Merkel

    " Solidité, stabilité ", les règles de l'euro selon Angela Merkel

    Dans un entretien au " Monde ", la chancelière allemande s'explique sur sa gestion de la crise grecque et appelle ses partenaires à plus de rigueur
    Berlin Envoyé spécial

    Angela Merkel se fait photographier devant le portrait de Konrad Adenauer, le chancelier de la réconciliation franco-allemande. Dans son bureau qui toise le Reichstag, la chancelière allemande a aussi accroché une photographie, celle d'Helmut Kohl, en chaise roulante, flanqué de Mikhaïl Gorbatchev et de George Bush, à l'automne 2009, devant les vestiges du mur de Berlin, tombé vingt ans plus tôt. Le père de l'unité allemande fut aussi celui de l'euro, et Angela Merkel en revendique l'héritage. " Je me sens complètement dans la continuité de Konrad Adenauer et d'Helmut Kohl ", déclare-t-elle au Monde ce lundi 17 mai.

    Mais il faut comprendre les nombreux Allemands inquiets pour leurs économies. Ainsi cette femme qui passa sa jeunesse en Allemagne de l'Est raconte une anecdote, celle d'une Allemande de l'Est qui l'avait prise à part, pendant une campagne électorale dans la région désolée de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, au milieu des années 1990, et lui avait dit : Helmut Kohl a réussi à prendre en charge l'ex-RDA, mais il ne réussira pas à le faire avec l'Italie, l'Espagne, la Grèce.

    Devoir payer pour les pays du Sud de l'Europe après avoir fait des efforts pour réussir la réunification allemande, c'était, selon l'ancien ministre-président de Bavière, Edmund Stoiber, " aussi peu probable qu'une famine en Bavière ". On y est. Angela Merkel reçoit aussi les quotidiens espagnol El Pais et italien Corriere della Serra, les grands pays du Sud pour s'expliquer.

    D'abord, elle cherche à rassurer sur les intentions de l'Allemagne, accusée de se replier sur elle-même, de vouloir devenir une Grande Suisse ou une petite Chine. " Cela ne correspond nullement à la réalité ", assure Mme Merkel. Les Allemands, qui avaient eu tant de mal à abandonner le Deutschemark, se sentent-ils trahis. " Non, naturellement non. Nous sommes volontiers européens et nous savons ce que nous apporte l'euro, assure Mme Merkel. Mais nous nous sentons renforcés d'avoir négocié durement les points qui sont particulièrement importants pour nous ".

    La chancelière défend donc son attitude pendant ces mois de crise, elle qui fut accusée d'être trop lente à réagir. " Il était important, en avançant, d'attaquer les problèmes à la racine. Une promesse rapide de solidarité à la Grèce sans un vrai retour de la stabilité et de la solidité en Grèce, n'aurait pas eu l'effet souhaité. J'en suis convaincue ", explique Mme Merkel. Au fil des mois, elle a obtenu la participation du FMI, fort de son expertise -" c'était important pour moi " -, un plan de rigueur grec " sur trois ans qui est très dur et par lequel le gouvernement grec se sent tenu " et, enfin, " la solidarité des Etats membres de l'euro ". " Ces trois éléments sont pour moi inséparables ", explique Mme Merkel, satisfaite d'une expérience " qui a montré que l'Europe était capable d'agir dans la nécessité ".

    Elle en profite pour rappeler le credo de stabilité d'une Allemagne ruinée par deux guerres mondiales et l'hyperinflation des années 1920. Et ce credo n'est pas nouveau. " Helmut Kohl, à l'époque, s'est beaucoup battu pour le pacte de stabilité et de croissance. Rappelez-vous que l'on argumentait sur la moindre virgule ", sourit Mme Merkel. Elle concède que ces règles ont été largement sabordées par Paris et Berlin. " Le chancelier Schröder et le président Chirac ont fait une erreur en 2004 en faisant fortement pression pour amollir le pacte de stabilité. Cela a affaibli la culture de stabilité en Europe ".

    Il est temps de rappeler les règles élémentaires. Bien sûr, il fallait faire preuve de solidarité, dès lors que l'Union monétaire était menacée. Mais " la crise actuelle de l'euro a montré combien cette culture de stabilité était importante. La solidarité et la solidité sont inséparables. Pour l'Allemagne, cette culture de stabilité ou de solidité n'est pas négociable ". Pas plus négociable que l'indispensable " indépendance de la banque centrale européenne ". Enfin, il convient de le rappeler, " l'appartenance à la zone euro ne saurait donner naissance à une Union faite de transferts financiers ".

    Avec un leitmotiv : " Cela figure dans les traités ". L'argument est capital pour une Allemagne obsédée par le respect du droit. Il est décisif pour Angela Merkel, qui craint toujours la censure de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe. La plainte déposée contre le plan d'aide à la Grèce n'a pas empêché le gouvernement d'aller de l'avant, mais la Cour ne s'est pas prononcée sur le fond. Et d'autres recours sont attendus contre le plan de sauvetage de l'euro.

    Sur le fond, l'Allemagne rejette une fédération, mais souhaite une Europe où chacun gère un budget équilibré et veille à sa compétitivité. Il convient donc de faire des efforts comme l'ont fait les Allemands au début de la décennie, portant l'âge de la retraite à 67 ans, de reprendre le chemin de la rigueur. Après la Grèce, " les autres Etats européens, à savoir le Portugal et l'Espagne, doivent faire maintenant leur part du chemin. Ceux, qui ne sont pas dans le viseur des marchés, comme l'Allemagne, et, le président Sarkozy l'a dit, la France devront, eux aussi, le faire ". Nul ne pourra empêcher Mme Merkel de prendre pour son budget 2011 " des mesures dures d'économies ", conforme à la Constitution qui comporte un mécanisme de " frein à la dette ".

    L'heure n'est plus aux plans de relance adoptés dans la foulée de la crise bancaire fin 2008 sous pression du FMI et des partenaires économiques de l'Allemagne, Etats-Unis et France en tête. A l'époque, Mme Merkel avait renâclé. " Nous avons évoqué lors de l'adoption de ces programmes de croissance le fait que l'endettement des Etats allait augmenter. A l'époque, j'ai indiqué que nous devions trouver un équilibre raisonnable ", explique la chancelière. Elle défend ces plans, mais précise. " Nous venons de le vivre, la crise n'est pas finie et nous devons traiter ses différents effets. Les différences entre Etats européens se manifestent encore plus fortement. Nous devons profiter de la crise pour renforcer notre compétitivité. "

    C'est le deuxième axe de développement : Mme Merkel mise sur la capacité de réforme des Européens et sur les technologies, qui font la fortune de l'Allemagne, même si elle s'est fait ravir le titre de premier exportateur mondial par la Chine. " En Allemagne, la question se pose avec une acuité particulière car nous sommes un pays vieillissant. L'Europe est globalement un continent qui n'a pas une démographie dynamique. Dans un tel continent, on doit faire très attention de voir si l'on est paré pour l'avenir. Pour cela, il faut veiller à son endettement et s'engager pour la technologie ". Le sujet est à l'ordre du Conseil européen de juin. Alors que les Français l'accusent d'avoir une stratégie non coopérative, elle refuse d'aligner son pays sur les pays les moins performants d'Europe.

    Reste la régulation des marchés financiers, leitmotiv de M. Sarkozy et de Mme Merkel depuis bientôt trois ans. Mais les députés allemands s'agacent de ne rien voir venir. Dix-huit mois après avoir adopté le sauvetage des banques, certains pourraient renâcler à adopter celui de l'euro si aucun progrès tangible n'est fait. " L'Allemagne, avec la France et d'autres, va mettre une pression considérable ", assure Mme Merkel, qui exige des avancées sur la supervision financière en Europe, préalable indispensable à la surveillance des agences de notation. " Il y a urgence ".

    Arnaud Leparmentier


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