• Sommes-nous à la veille d’une nouvelle crise financière ?

    Le point de vue de Georges Pauget

    Sommes-nous à la veille d’une nouvelle crise financière ?  

    De puissants facteurs d’instabilité subsistent dans le système financier.La récente décision du gouvernement allemand de limiter les opérations sur sa propre dette et sur son marché national aurait pu déclencher une nouvelle crise financière.Qu’en est-il ? Quels sont les risques que nous courons ?Ces facteurs d’instabilité sont au nombre de trois et ils ont vocation à subsister, au moins pendant toute l’année 2010.Le premier est l’excès de liquidité qui est observé à l’échelle mondiale.Il a deux origines : la première est l’accumulation des réserves de changes des pays émergents, qui, même si elle est moins rapide du fait d’une moindre croissance du commerce mondial, continue. Ces pays replacent sur les marchés la liquidité tirée de leurs excédents d’exportation et évitent ainsi une réévaluation de leur propre monnaie qui viendrait réduire leur compétitivité. C’est le débat, bien connu, de la réévaluation de la monnaie chinoise souhaitée, notamment par les Etats-Unis.La deuxième source de liquidité est liée à la politique monétaire accommodante que mènent les banques centrales pour éviter, comme on a pu l’observer encore tout récemment, un blocage du système financier. Cet apport de liquidité est une absolue nécessité à court terme ; sur une période plus longue cela devient un poison.En effet, un excès de liquidité conduit à des taux d’intérêt bas, anormalement bas. Dans ce contexte, les investisseurs ont naturellement tendance à rechercher un taux supérieur aux 1 % ou 1,5 % qui leur est spontanément proposé. Ils acceptent plus de risques et, ainsi que l’histoire économique récente nous l’apprend, trop de risques. Un excès de liquidité sur une période prolongée conduit à une prise de risque excessive et alimente les fameuses bulles dont on connaît les ravages lorsqu’elles éclatent.Les banques centrales sont conscientes de ce risque et auraient aimé reprendre cette liquidité. La crise de l’euro est venue interrompre ce mouvement. La politique monétaire accommodante devrait donc se poursuivre, au moins pendant quelque temps.Le second facteur d’instabilité est celui des déficits budgétaires. Inutile de revenir sur le cas grec, et les difficultés prévisibles de ce pays à engager le redressement de ses finances publiques. Cette incertitude viendra naturellement alimenter des incertitudes sur les marchés. Deux autres pays attireront l’attention : l’Espagne et le Royaume-Uni. Ces deux pays ont une caractéristique commune : ils cumulent un endettement public et un endettement privé tous les deux élevés. La réduction, qui risque d’être simultanée, de ces deux endettements peut les conduire à la récession et impacter négativement l’évolution de l’économie européenne. C’est en effet là que se trouve le paradoxe : considérée globalement, l’économie de l’Europe et plus encore celle de la zone euro n’est pas en si mauvaise situation que cela. Un commerce extérieur excédentaire, une inflation faible, un pouvoir d’achat maintenu, une croissance certes molle (1,1 % en 2010) mais qui devrait s’accroître en 2011 pour atteindre 1,7 %S’il y avait une solidarité sans faille des acteurs européens, les difficultés des uns ou des autres seraient donc gérables dans le temps. Ceci explique la réaction positive des marchés à l’annonce du package de 750 milliards d’euros. Mais l’espoir est retombé, lorsque les marchés ont compris que la nécessaire coordination dont il était fait état aurait beaucoup de mal à se concrétiser.C’est à ce niveau que se situe le troisième facteur d’instabilité qui subsiste dans le système. Les acteurs des marchés financiers sontfébriles. Toute information qui accroît de manière brutale le niveau d’incertitude peut déclencher une spirale baissière. Cette incertitude est alimentée par un mouvement de fond : les projets d’évolution de la régulation des banques et des marchés vont complètement changer les règles du jeu. Plus de capital pour les banques, plus de taxes aussi. Plus de contraintes sur les marchés ou pour les « hedge funds ».Ces évolutions sont pour nombre d’entre elles, utiles, voire nécessaires. Mais comme les déclarations sont nombreuses et que les règles sont en cours d’élaboration et donc nécessairement imprécises, le sentiment qui domine est celui du flou pour ne pas dire du désordre.Au total, le résultat est connu : l’incertitude monte, et toute information déstabilisante peut bloquer les apporteurs de capitaux sur le marché. S’ils s’abstiennent, l’absence d’offre conduit à un déséquilibre, les primes de risque montent, la Bourse baisse. Le fameux accélérateur financier qui explique que les crises soient profondes et se développent rapidement se met alors en route. La récente décision du gouvernement allemand est l’illustration de ce qu’il ne faut pas faire dans un tel contexte. Elle aurait pu déclencher une nouvelle crise financière.

    Georges Pauget, ancien directeur général de Crédit Agricole SA, est président fondateur de la société de conseil Economie, Finance et Stratégie.

    Marrant ( enfin), que des chantres de l’économie qui nous a amené à la crise actuelle, nous donne des leçons maintenant.

    Des hommes qui ont détruits des dizaines de milliards d’euros ( mise en bourse du CA compris, c’est le promoteur et le réalisateur).

    Ils ne doutent de rien.


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