• Stress : la responsabilité des entreprises pointée du doigt

    Stress : la responsabilité des entreprises pointée du doigt  

    Un syndicaliste, Christian Larose, et deux dirigeants d’entreprise, Henri Lachmann et Muriel Pénicaud, font des propositions pour prévenir les risques psychosociaux. Ils soulignent la responsabilité des modes de management.

    Christian Larose, Henri Lachmann et Muriel Pénicaud lors de la remise du rapport sur la prévention du stress au travail, à l’hôtel Matignon.LUDOVIC/REA

    Sous le coup de l’émotion liée à une série de suicides de salariés, le Premier ministre avait demandé en novembre à trois « praticiens » de lui faire des propositions pour« améliorer les conditions de santé psychologique au travail » :le cégétiste Christian Larose, président de la section du travail du Conseil économique, social et environnemental, le patron « iconoclaste » Henri Lachmann, président du conseil de surveillance de Schneider Electric, et Muriel Pénicaud, directrice générale des ressources humaines de Danone, une des rares entreprises ayant intégré dans sa politique de rémunération des managers des critères de« performance sociale ».Le rapport qu’ils lui ont remis hier a confirmé l’originalité de cet alliage, la présence de deux dirigeants d’entreprise n’empêchant pas, par exemple, la critique de la« financiarisation excessive »de la gestion des entreprises, selon les termes de Henri Lachmann. Le document est d’autant plus intéressant que les discussions parfois âpres ont abouti à un consensus sur dix propositions (lire ci-contre) dont beaucoup vont faire grincer des dents du côté des organisations patronales.

    Une petite révolution

    La première mesure suggérée pourrait suffire à les agacer. Le rapport – qui tient en quatorze pages – place en tête des priorités l’implication non seulement de la direction générale, mais aussi du conseil d’administration dans la prévention des risques psychosociaux. Il propose également d’intégrer dans les critères d’attribution de la rémunération variable des managers des indicateurs sociaux, autant dire une petite révolution.« Mieux mobiliser les instances de direction résonne comme une évidence, la responsabilité sociale des entreprises est d’abord celle des dirigeants », a commenté François Fillon, souhaitant que la question figure au menu des négociations sur le partage de la valeur ajoutée. Ce n’est pas le seul sujet sur lequel le rapport interpelle les entreprises. Ainsi, alors que certains employeurs renvoient à des prestataires extérieurs le soin de gérer le stress de leurs salariés, il souligne le fait que« la santé des salariés, c’est d’abord l’affaire des managers, elle ne s’externalise pas ». Les auteurs sont en outre très critiques sur les modes de management actuels. Proposant de« valoriser le collectif », ils pointent« le caractère excessivement matriciel de certaines organisations », qui fragilise les managers de proximité. Sévère avec les partenaires sociaux en général, et les organisations patronales en particulier« qui devraient notamment investir davantage ces questions », le rapport met en exergue les initiatives du secteur agricole pour souligner qu’on peut aussi travailler à la prévention des risques psychosociaux dans les PME. Plaidant, y compris dans la construction d’indicateurs, pour le cas par cas, le rapport comporte peu de propositions contraignantes, mais il s’invite tout de même sur un sujet sensible : celui des comités d’hygiène et de sécurité au travail. Il préconise en effet de renforcer à la fois leur légitimité et leurs moyens, en faisant élire les membres, aujourd’hui désignés, et en relevant les heures minimales de délégation dont ils bénéficient. Il envisage également de regrouper le CHSCT avec le comité d’entreprise « dans certains cas », mais à « moyens constants ». De quoi alimenter la négociation en cours sur les institutions représentatives du personnel.

    Leïla de Comarmond

    Dix propositions

    1. L’implication de la direction générale et du conseil d’administration est indispensable.
    2. La santé des salariés est d’abord l’affaire des managers, elle ne s’externalise pas.
    3. Il faut donner aux salariés les moyens de se réaliser dans leur travail.
    4.  Il faut impliquer les partenaires sociaux dans la construction es conditions de santé.
    5. La mesure de la santé psychologique des salariés est une condition de son amélioration.
    6. Préparer et former les managers au rôle de manager doit faire partie intégrante de leur formation initiale.
    7. Il ne faut pas réduire le collectif de travail à une addition d’individus.
    8. Tout projet de réorganisation ou de restructuration doit mesurer l’impact et la faisabilité humaine du changement.
    9. La santé au travail ne se limite pas aux frontières de l’entreprise, qui a un impact en particulier sur ses fournisseurs.
    10. La détection et l’accompagnement des situations de stress sont une nécessité.

     

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