• Tel-Aviv ne manque pas de Madoffs

    Tel-Aviv ne manque pas de Madoffs

    Les scandales financiers qui se succèdent éclaboussent tous les milieux, du monde des basketteurs à celui des religieux.

    29.10.2009

    Il est toujours impressionnant de voir à quel point la promesse de profits rapides et faciles peut faire perdre la tête. La triste histoire de Shimon “Moni” Fanan n’a en effet rien de nouveau. Les pages de nos journaux sont remplies de ces “génies financiers” qui promettent à leurs clients des retours sur investissement de 5 % par mois. Quand la pyramide s’effondre, les choses se passent de façons diverses. Certains reconnaissent la fraude et passent le restant de leurs jours en prison, comme le financier américain Bernard Madoff. D’autres ont si mauvaise conscience qu’ils se suicident, comme Moni Fanan [le 26 octobre].

    Mais, sous quelque forme que ce soit, ces histoires finissent toujours mal. Après avoir empoché des bénéfices de 5 % l’an, aucun être humain n’est capable de dire tout à coup : “ça va, j’ai gagné assez, maintenant, je vais me contenter des emprunts d’Etat.” En fait, ces profits artificiels sont comme de l’héroïne dans les veines. Au début les sensations sont merveilleuses, mais dès le lendemain le manque fait son travail et vous force à prendre des doses de plus en plus fortes, jusqu’à la chute.

    Fanan avait mené son affaire de main de maître. S’il avait refusé d’être rémunéré pour son poste de manager du club de basket Maccabi Tel-Aviv, c’était pour mettre plus facilement sur pied sa petite banque privée. Une banque dont les bénéfices allaient être des dizaines de fois supérieurs au salaire qu’aurait pu lui verser le club. Des joueurs, des entraîneurs et des arbitres avaient déposé des sommes d’argent astronomiques sur les comptes de Fanan, sans garantie aucune, simplement parce qu’ils lui faisaient confiance, à lui, Fanan, le ­manager désintéressé, l’homme dur à la tâche, le père de substitution. Vu la richesse de ses centaines de clients, la banque de Fanan s’était mise à brasser des millions de dollars. Dès lors que des arbitres et même des joueurs d’équipes adverses avaient déposé de ­l’argent (souvent gagné au noir) sur ses comptes, la question que la justice va devoir se poser, c’est dans quelle mesure ces ­“investissements” n’ont pas fini par influer sur le déroulement des matchs joués par le Maccabi Tel-Aviv. Toujours est-il que, lorsque Fanan a été limogé [pour des raisons sportives] du Maccabi, il a petit à petit perdu de sa superbe, les investisseurs se sont peu à peu retirés et la pyramide a fini par s’écrouler.

    Fanan n’est évidemment pas un cas isolé. Ainsi, Uriel Amar, un juif orthodoxe né en France et arrivé en Israël en 2004, s’était mis à organiser des meetings à Petah-Tikva [banlieue du nord-ouest de Tel-Aviv], où il promettait à des centaines de gogos des rendements mensuels de 5 %. Il s’était fait passer pour le directeur de deux pépinières d’entreprises de haute technologie et le propriétaire de 83 sociétés en Israël. Amar choisissait ses cibles dans les milieux religieux et ses principales victimes furent les personnes évacuées du Goush Katif [après le démantèlement des colonies de la bande de Gaza d’août 2005], trop heureux de pouvoir doubler le montant des indemnités versées par l’Etat. Il s’est finalement enfui en France, où il continue de flamber son argent dans des hôtels de luxe, et ce bien qu’un tribunal de Jérusalem ait prononcé la banqueroute. C’est une erreur de croire que les histoires de Moni Fanan et d’Uriel Amar serviront de leçons. La soif d’argent est dans la nature humaine, et que cette soif ne puisse jamais être étanchée n’y change rien.


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