• Tous les pays doivent accélérer leur assainissement budgétaire

    Interview Olli Rehn : COMMISSAIRE EUROPéEN AUX AFFAIRES éCONOMIQUES ET MONéTAIRES

    « Tous les pays doivent accélérer leur assainissement budgétaire »  

    Le nouveau véhicule dédié qui permettra de lever des fonds pour porter secours aux pays de la zone euro en difficulté n’est-il pas au fond une agence de la dette ?

    Il ne s’agit pas d’une agence, ni d’une nouvelle institution, mais d’un mécanisme européen de stabilisation financière alimenté par les garanties des Etats membres. C’est ce que nous avons trouvé de plus efficace et de plus opérationnel, et je m’en félicite.

    Le mécanisme qui permettra d’aider un pays en difficulté a été calqué sur le laborieux plan d’aide à la Grèce. En évitera-t-il les écueils ?

    Je le crois. Ce n’est pas un secret, la Commission aurait préféré un instrument communautaire plus classique, mais ce SPV répond aux mêmes objectifs. L’important pour moi est qu’il soit opérationnel. Quant aux critiques sur le plan d’aide à la Grèce, nous avons été mandaté le 11 avril par le Conseil pour mettre au point un plan de soutien, nous avons décidé de la répartition des contributions de l’Europe et du FMI le 2 mai et il s’est ensuite écoulé une semaine avant que nous finalisions un accord. C’est un délai plutôt rapide. Ce qui a pris le plus de temps, c’est de négocier les contreparties avec Athènes. Grâce au cas grec, nous avons désormais plus d’expérience, que nous pourrons mettre à profit si nécessaire.

    Outre la Grèce, les conclusions publiées à l’issue de la réunion des ministres européens des Finances mentionnent l’Espagne et le Portugal. S’agit-il des deux prochains pays sur la liste ?

    On ne peut pas le nier, l’Espagne et le Portugal ont fait l’objet d’attaques spéculatives au cours des dernières semaines. Ils doivent prendre des mesures concrètes dès à présent, pour améliorer la situation de leurs finances publiques à la fois cette année et l’an prochain. Nous les attendons de pied ferme. Le sujet sera à l’ordre du jour de la prochaine réunion des ministres des Finances de l’Union, prévue le 18 mai. Mais il y a aussi d’autres pays qui doivent accélérer leur assainissement budgétaire. Tous doivent prendre leurs responsabilités sans tarder.

    L’Italie fait-elle partie du lot ?

    L’Italie est un cas un peu à part, car elle n’a pas eu recours à des stimuli budgétaires dans des proportions aussi massives que la plupart des autres pays de la zone euro. Sa dette publique est néanmoins élevée et elle doit continuer à intensifier ses efforts de consolidation budgétaire.

    Et la France ?

    Elle doit aussi accélérer sa consolidation. Dans ce domaine, l’annonce d’un gel des dépenses publiques par le Premier ministre François Fillon va dans le bon sens.

    La Commissionà fait de nouvelles propositions pour renforcer la gouvernance économique. De quoi s’agit-il ?

    Nous comptons agir sur trois piliers. Renforcer le Pacte de stabilité et de croissance, d’abord, en particulier en améliorant la surveillance préventive. Il faut créer un système permettant de vérifier les grandes lignes des projets de budget avant que les gouvernements ne les soumettent à leurs parlements. C’est le cœur de notre proposition, une mesure que nous jugeons absolument nécessaire si l’on veut renforcer l’Union économique et monétaire. Traiter le problème des déséquilibres macroéconomiques, ensuite, et notamment celui des écarts de compétitivité. Nous formulerons des propositions concrètes pour créer de nouveaux indicateurs en ce domaine. Le troisième pilier devrait permettre de tirer les leçons de la crise financière et du cas grec en créant un mécanisme permanent de gestion de crises. Le mécanisme que nous venons de lancer n’est en principe prévu que pour trois ans. Nous devons le compléter par un dispositif plus pérenne.

    Allez-vous proposer des sanctions contre les pays laxistes, comme le réclame l’Allemagne ?

    Je préfère la prévention aux sanctions. Les deux premiers piliers de nos propositions devraient permettre d’éviter que des cas comme celui de la Grèce ne se reproduisent. Mais il faut aussi envisager le pire. Nous devons encourager davantage les pays vertueux, mais aussi envisager des sanctions contre ceux qui ne jouent pas le jeu. La possibilité d’exclure de la zone euro les pays récalcitrants ne me semble pas une bonne solution, car il faudrait alors modifier les traités, ce qui prendrait beaucoup de temps pour un résultat incertain.

    La participation du G7 et du FMI dans les négociations de dimanche ainsi que les pressions du président Obama n’ont-elles pas montré que l’Union était incapable de résoudre seule une crise aussi grave ?

    Je ne vois pas cette mobilisation internationale comme une pression, mais plutôt comme un soutien. Nous avons de très bonnes relations avec le FMI et un excellent dialogue avec son président Dominique Strauss-Kahn. La contribution du FMI au plan d’aide à la Grèce, mais aussi au nouveau mécanisme européen, montre que nous sommes tous dans le même bateau et qu’il est important que l’on travaille ensemble, surtout depuis la faillite de Lehman Brothers.

    Propos recueillis par ALEXANDRE COUNISET JACQUES DOCQUIERT

    Olli Rehn.AFP


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :