• Un financement innovant pour les Objectifs du millénaire (OMD)

    Un financement innovant pour les Objectifs du millénaire

    Philippe Douste-Blazy


     

    PARIS – La crise économique mondiale a fait beaucoup de victimes - les chômeurs, les propriétaires incapables de rembourser leur prêt et les retraités qui voient fondre leurs pensions - mais nulle part ses conséquences n'ont été aussi dévastatrices que dans les pays en développement. La remise en question des fragiles avancées réalisées ces dernières années, notamment en Afrique, menace de rejeter dans l'extrême pauvreté des millions de personnes qui venaient à peine d'en sortir. Non seulement ces pays risquent d'être confrontés à d'énormes souffrances humaines, mais de fortes pressions économiques, politiques et sociales menacent maintenant de s'abattre sur eux et de les déstabiliser, déclenchant des conflits à une échelle sans précédent.

    La spirale descendante actuellement à l'oeuvre est particulièrement inquiétante, car la crise économique a frappé au moment où apparaissaient des premières lueurs de progrès, notamment en matière de santé. Depuis 2002, le taux de décès dû au sida est en baisse, les maladies à l'origine de la mortalité infantile comme le paludisme et la rougeole sont combattues plus efficacement, l'éducation primaire universelle fait quelques avancées et il en est de même de l'objectif de l'eau potable pour tous.

    Mais la crise économique mondiale mine les quelques efforts des pays développés visant à respecter les engagements qu'ils ont pris dans le cadre de l'aide publique au développement (APD) pour parvenir aux Objectifs du millénaire pour le développement. Un rapport de l'ONU indique que les investissements annuels des pays donateurs s'élèvent à 115 milliards de dollars, alors qu'il en faudrait 150. Si rien ne change, on ne parviendra probablement pas à réaliser les OMD à long terme.

    Les conséquences de l'insuffisance de l'aide publique au développement sont déjà dramatiques ; le nombre de personnes qui souffrent de la faim et vivent dans l'extrême pauvreté est plus grand qu'il ne l'a jamais été, et il en est de même du nombre de chômeurs et du nombre de travailleurs précaires qui gagnent moins de 1,25 dollars par jour. Les progrès en matière de santé et d'alphabétisation sont menacés. Selon la Banque mondiale, la crise économique a entraîné 200 000 décès supplémentaires parmi les enfants de moins de cinq ans.

    Par ailleurs, 536 000 femmes meurent chaque année pendant l'accouchement et les soins de santé maternels sont l'objectif qui a pris le plus de retard depuis l'adoption des OMD il y a 10 ans. Chaque minute qui passe, une mère décède. Il est honteux que 99% de ces décès aient lieu dans les pays en développement.

    Dans ces conditions, devons-nous désespérer de parvenir aux objectifs pour le millénaire, non pas à la date fixée, autrement dit en 2015, mais même à la fin du siècle ? Vu à travers le prisme traditionnel de l'aide publique au développement, avec les incertitudes liées aux budgets annuels, les contraintes qui pèsent sur le financement public et la concurrence entre les diverses priorités nationales, il semble n'y avoir guère de place pour l'optimisme. Pourtant il existe un moyen de remplacer le paradigme traditionnel par un modèle acceptable au niveau international qui a déjà fait ses preuves, particulièrement en matière de santé.

    Des mécanismes innovants de financement permettent de faire des prélèvements sur les flux financiers internationaux sans perturber l'activité économique. L'un des exemples les plus connus est l'UNITAID, un organisme international patronné par l'ONU qui centralise les achats de médicaments. Financée par une petite taxe sur les billets d'avion qui a rapporté un milliard et demi de dollars depuis 2007, cette source de financement pérenne a donné un coup de fouet aux objectifs du millénaire en matière de santé - à savoir la lutte contre trois maladies qui peuvent être mortelles : le sida, le paludisme et la tuberculose, la réduction de la mortalité infantile et l'amélioration des soins de santé maternels.

    Intervenant dans 93 pays, UNITAID finance les médicaments destinés aux trois quarts des enfants dans le monde qui reçoivent des anti-rétroviraux. Une grande partie des besoins peut ainsi être couverte grâce à l'influence qu'exerce UNITAID sur les prix de médicaments d'importance vitale. UNITAID garantit aux laboratoires un marché grâce à des engagements à long terme d'achats en grande quantité de médicaments et d'outils de diagnostic - un engagement rendu possible du fait de son financement stable par une taxe sur les billets d'avion. C'est ainsi que le prix des anti-rétroviraux a diminué de plus de 50%.

    De la même manière, UNITAID combat la mortalité infantile grâce à un programme de grande ampleur de l'UNICEF visant à éradiquer la transmission mère-enfant du virus du sida. Fin 2010, quatre millions de femmes africaines auront subi un test de séropositivité et 500 000 femmes enceintes dans le monde auront reçu une trithérapie.

    Par ailleurs UNITAID s'associe avec la Fondation du millénaire  pour donner aux individus l'occasion de participer au combat contre les principales maladies au moyen de micro-contributions de solidarité. Un mécanisme de financement innovateur appelé Contribution volontaire de solidarité permettra aux voyageurs aériens de faire une micro-contribution volontaire à UNITAID simplement en cochant une case lors de l'achat de leur billet pour ajouter deux dollars destinés à UNITAID au montant de leur facture.

    Cette "taxe aérienne" ne s'applique pour l'instant qu'à 7 à 10% des billets d'avion. Néanmoins, les 400 millions de dollars qu'elle rapporte annuellement représente les trois quarts du budget d'UNITAID. Avec plus d'un milliard de personnes qui prennent l'avion chaque année et 2,2 milliards de billets vendus, étendre ce type d'approche pour en faire un modèle de contribution volontaire augmenterait considérablement le financement du programme.

    En complément à l'aide publique au développement, les nouveaux mécanismes de financement constituent des outils importants pour soutenir les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) qui manquent de moyens. En septembre, quand le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, réunira un sommet à New-York pour renouveler les mesures en vue d'atteindre ces Objectifs, les dirigeants du monde entier qui seront là devront se préoccuper aussi d'autres domaines que la santé.

    Quand les OMD ont été adoptées en 2000, le sentiment d'urgence était alimenté par la conviction que l'extrême pauvreté était un anachronisme inacceptable dans notre monde interconnecté. Mais il faut faire davantage. Le sommet de septembre à New-York sera le moement crucial pour que tous les pays expriment leur plein soutien aux mécanismes de financement innovants, donnant ainsi aux Objectifs du millénaire une chance de réussir.

    Philippe Douste-Blazy est secrétaire général adjoint de l'ONU, responsable du financement novateur du développement. Il a été ministre des Affaires étrangères de la France.

    Copyright: Project Syndicate/Europe’s World, 2010.
    www.project-syndicate.org
    www.europesworld.org

    Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

     


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