• Un flanc Est toujours agité

    Un flanc Est toujours agité

     El País Madrid


    Gdansk, le 18 juin 2010 : sympathisants du candidat conservateur à la présidentielle polonaise Jarosław Kaczyński, lors de son dernier meeting.

    Ils devaient être le moteur émergent de l'Europe unie, mais, deux décennies après la chute du mur de Berlin, l'instabilité politique et la crise économique ont fait ressortir le manque de stabilité de certains des nouveaux partenaires communautaires à l'Est.

    Cristina Galindo

    La progression surprenante et fulgurante de l'ultraconservateur et eurosceptique ancien Premier ministre polonais, Jarosław Kaczyński, dans les sondages qui ont précédé le scrutin du 20 juin – davantage due à la compassion suscitée par la mort de son frère qu'à ses idées politiques –, la montée du nationalisme en Hongrie et les menaces de crise politique en Roumanie et dans les Etats baltes suscitent l'inquiétude dans l'Union européenne.

    En Pologne, où existe l'une des démocraties les mieux établies de la région, le jeu politique paralyse l'action du gouvernement. Les analystes estiment que, malgré le potentiel économique polonais, la croissance est restée en dessous de ses possibilités. Le pouvoir avait promis en 2007 des réformes pour moderniser le pays (coupes budgétaires, réforme du marché du travail, de la santé et des retraites) mais le président disparu, Lech Kaczyński, avait utilisé son droit de veto pour bloquer ou menacer de bloquer des textes de lois clés.

    Des gouvernements instables dans de jeunes démocraties

    La répartition du pouvoir entre le chef de l'Etat, qui joue le rôle de gardien du système, et le chef du gouvernement, qui incarne le pouvoir exécutif réel, est monnaie courante à l'Est et constitue un foyer d'instabilité. Rappelons-nous la crise déclenchée en Europe en 2009 par le refus du président tchèque, l'eurosceptique Václav Klaus, de signer le traité de Lisbonne alors qu'il avait été approuvé par son Parlement.

    Un autre problème fréquent dans la région est la difficulté à former des gouvernements bénéficiant d'un soutien suffisant et solide. En Hongrie, le nouvel exécutif de centre-droit a obtenu en avril une majorité absolue historique, mais cette performance a été assombrie par ses débuts polémiques au pouvoir. Fin mai, un porte-parole a en effet insinué que les comptes publics avaient été manipulés et que la Hongrie, qui traverse sa pire crise économique depuis dix-huit ans, était dans une situation semblable à celle de la Grèce. Le FMI et l'UE ont dû démentir ces propos irresponsables pour apaiser les marchés.

    La corruption continue de miner la Roumanie et la Bulgarie

    Ces déclarations avaient été précédées par l'approbation d'une loi non moins polémique qui avait mis en évidence les tendances nationalistes et populistes de nouveau gouvernement estampillé Fidesz. Cette loi accorde la nationalité hongroise aux personnes d'ethnie magyare qui vivent à l'étranger (entre 2 et 3 millions de personnes installées principalement en Slovaquie, Roumanie, Serbie et Ukraine), même si elles n'ont pas de résidence en Hongrie, ce qui a rouvert de vieilles blessures dans certains pays voisins, notamment en Slovaquie.

    La vérité est que l'Est vit dans une agitation quasi-permanente depuis 1989. Deux décennies après la fin du communisme, certains des pays de la région qui sont entrés dans l'UE ont encore des difficultés à instaurer un système démocratique stable. Les experts attribuent cela, entre autres choses, au manque de solidité des formations politiques après le long règne du parti communiste unique.

    Une autre cause de cette fragilité est la corruption, qui continue à miner la Roumanie et la Bulgarie. Dans ces pays, la crise économique a amplifié le débat sur l'opportunité de leur entrée dans l'UE. A Bucarest, la fragile coalition au pouvoir est restée en place de justesse mi-juin : le Premier ministre Emil Boc est parvenu à faire rejeter une motion de censure visant le plan d'austérité draconien préparé par le gouvernement pour conserver le prêt accordé par le FMI et éviter la banqueroute. Les tentatives de mettre en œuvre des plans de rigueur ont déjà coûté cher aux gouvernements lithuanien et letton, qui ont perdu la majorité au Parlement en mars.

    Pologne
    La grande inconnue

    Le résultat des élections reste incertain, écrit le quotidien Dziennik Gazeta Prawna, qui commente le premier tour de l'élection présidentielle polonaise qui s'est tenu le 20 juin. Le candidat du parti au pouvoir, Bronislaw Komorowksi, de la Plate-forme civique (PO) arrive en tête avec 41,2% des voix. Son principal rival au second tour prévu au 4 juillet, est le chef du parti d'opposition, Droit et Justice (PiS), Jarosław Kaczyński, qui arrive en deuxième position avec 35,8% des voix. Les électeurs de Grzegorz Napieralski, le chef de l'Alliance de la gauche démocratique (SLD), qui a rassemblé 14% des voix, pourraient ainsi décider de l'issue finale des élections. Aussi bien le PiS que le PO vont désormais courtiser les électeurs du SLD, bien que, comme l'écrit le quotidien Polska, qui s'en réfère à un récent sondage, près de 66% de l'électorat de Napieralski est déjà déterminé à soutenir Komorowski au second tour. Selon Gazeta Wyborcza, le degré de mobilisation des militants du PO décidera de la victoire ou de la défaite de la Plate-forme civique. ”Si la fausse impression que l'élection est déjà jouée prévaut, alors Komorowski pourra perdre”, écrit le quotidien. Le conservateur Rzeczpospolita déplore pour sa part ”les idées politiques inchangées” de la plupart des Polonais qui, en dépit de la tragédie de Smolensk et des inondations épouvantables ainsi que ”de ses nombreuses bourdes et de son manque de charisme”, continuent de voter pour Komorowski. De nombreux commentateurs de droite sont également surpris des 40% obtenus par le parti de centre-droit PO après trois années au pouvoir.
     


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