• Un groupement d'entreprises crée sa propre banque

    Le 27 janvier, une quinzaine de sociétés passent à la phase d'étude d'un projet innovant de coopérative de financement. A lire dans La Tribune. Le ministre de l'industrie Christian Estrosi propose pour sa part la création d'une "banque de l'industrie"

    Découvrez dans La Tribune nos révélations sur l'ambitieux projet de trois anciens banquiers qui est en train de prendre forme. Si tout se passe comme prévu, une nouvelle banque - particulière, puisqu'elle fonctionnera comme une coopérative de financement des entreprises -, sera lancée dans un peu plus d'un an.

    Pour l'instant, une quinzaine d'entreprises, qui ont investi un total de 225.000 euros et une dizaine de personnalités du monde économique et financier, se passionnent pour le projet, sous l'oeil bienveillant de la Banque de France et du Trésor.

    La dernière création d'un grand établissement bancaire en France (ex nihilo et hors banque Internet) remonte à 1917. Il s'agissait des Banques Populaires, alors créées... pour pallier les insuffisances des grandes banques.

    Une information qui tombe à pic. Ce vendredi, le ministre de l'industrie Christian Estrosi a en effet proposé à Sofia Antipolis, dans les Alpes-Maritimes, la création d'une "banque de l'industrie" qui pourrait contribuer à revigorer le capitalisme industriel. "Le capital qui a pour seule vocation de nourrir le capital mène droit dans le mur. Le capital doit être au service de l'économie réelle, de la production, des entreprises de l'industrie et des services, créatrices de valeur et d'emploi. Il est urgent de renouer avec le capitalisme industriel", a-t-il lancé lors de la clôture des Etats généraux de l'industrie en région Paca.

    Pour Christian Estrosi, "cette banque ne serait pas nécessairement une nouvelle entité en tant que telle. Elle pourrait jouer un rôle d'observatoire du financement de l'industrie, en particulier de la part des opérateurs publics comme Oseo mais aussi des acteurs privés." Seraient parallèlement mis en place des dispositifs visant à inciter les investisseurs privés à financer l'industrie sur le long terme.

    Un groupement d'entreprises crée sa propre banque

    La coopérative de financement des entreprises fédère, au sein du projet CFA, une quinzaine de sociétés qui ont investi 15.000 euros chacune. La structure fera des crédits aux entreprises.

    L'ambitieux projet des deux anciens banquiers de Natixis, Philippe Roca et Arnaud Chambriard, et de l'ancien banquier de Dresdner, Hugues Delafon, prend forme. Leur objectif ? Créer une banque ex nihilo : une « coopérative à statut de financement d'entreprises non financières », autrement dit une banque créée et gérée par les entreprises pour les entreprises. La dernière création d'un établissement bancaire en France remonte à 1917. Il s'agissait des Banques Populaires, un groupe mutualiste créé… pour proposer aux entrepreneurs individuels l'offre de services bancaires que leur refusaient souvent les grandes banques commerciales.

    Aujourd'hui, les entreprises sont à nouveau nombreuses à se plaindre de la réticence des banques à les financer. « Elles ont restreint l'offre de crédit. Pour l'instant, la situation est tenable, car la demande a baissé aussi, mais nul ne sait comment elles réagiront lorsque la demande redémarrera », s'inquiète un industriel.

    DES PRETS TROP COUTEUX

    En outre, les banques rechignent à accorder des lignes de crédit basiques (« plain vanilla », dans le jargon des financiers), car ces dernières sont beaucoup moins rentables que les financements structurés ou les activités de conseil par exemple. L'évolution des exigences réglementaires des banques — elles doivent mobiliser de plus en plus de fonds propres pour exercer leur activité de prêt — ne devrait pas les rendre plus coopératives.

    Forts de cette constatation, les promoteurs du projet CFA (Corporate Funding Association, le nom est provisoire) ont déjà réussi à convaincre plusieurs personnalités éminentes du monde économique et financier et une quinzaine d'entreprises de les accompagner. Le projet auquel adhère tout ce beau monde — sous le regard bienveillant de la Banque de France et du Trésor — repose sur des principes d'une simplicité enfantine. La coopérative, qui lèvera des fonds sur le marché, offrira à ses membres des lignes de crédit d'une échéance comprise entre cinq et dix ans, ces lignes ne pouvant pas représenter plus d'un tiers de leur endettement brut. Chaque membre souscrira en fonds propres de la future banque le montant de capital réglementaire dont elle a besoin pour lui accorder un crédit, en fonction de sa notation financière. La marge de crédit sera révisée chaque trimestre pour chaque membre, en fonction, notamment, des conditions de marché.

    « ELEMENTS A AFFINER »

    « Beaucoup d'éléments restent à affiner », précise Sylvain de Forges, conseiller spécial du projet et directeur risques et marchés de Veolia Environnement. « Pour l'instant, nous avons convaincu quinze entreprises de nous accompagner pour financer les études pendant la phase de projet, et c'est avec elles que nous allons décider des principales modalités pratiques de fonctionnement de la future banque », explique-t-il. Parmi elles figurent huit entreprises françaises, trois irlandaises, deux britanniques, une suisse et une américaine, certaines cotées, d'autre non, dans des secteurs aussi divers que les matériaux de construction, les services aux collectivités, les télécoms, la distribution ou encore la santé. La phase d'étude formelle sera lancée le 27 janvier prochain. L'occasion d'évoquer de multiples sujets, et en particulier celui de la gouvernance de la future banque. Il lui faudra surtout éviter les conflits d'intérêts avec ses membres. n

    par Sophie Rolland, avec Philippe Mabille

    Une usine à fabriquer de la monnaie alternative. A suivre.


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