• Une nouvelle bulle commence à gonfler

    Une nouvelle bulle commence à gonfler

    Les divers plans de relance ont injecté énormément de liquidités dans l’économie mondiale. Pour la plus grande joie des spéculateurs.

    26.11.2009|Larry Elliott, Heather Stewart|The Guardian 

    The Guardian L'article original

    Excès d’optimisme

    Pour Danny Gabay, du cabinet Fathom Consulting, la réaction des marchés à la déclaration des ministres des Finances du G20 lors du sommet de St Andrews, début novembre, est symptomatique d’un optimisme excessif. “Le communiqué disait que l’économie était bien trop faible pour que l’on puisse envisager de mettre un terme aux mesures de relance, et pourtant les Bourses ont gagné 2 %”, explique l’analyste dans les colonnes du Guardian.

    A Chicago, le vacarme s’intensifie à la corbeille de <st1:personname productid="la Bourse" w:st="on">la Bourse</st1:personname> des matières premières. Dans les quartiers huppés de Londres, les agents immobiliers n’arrivent pas à satisfaire la demande de belles résidences coûtant 1,5 million de livres [1,7 million d’euros] ou plus. A New York, le NASDAQ a ressorti sa machine à confettis. [L’introduction d’une société sur ce marché des valeurs technologiques est habituellement saluée par une pluie de confettis. Mais cette pratique avait été suspendue au début de la crise du crédit.]

    Un peu partout, le même scénario se reproduit. Or : record battu, à plus de 1 100 dollars l’once. Actions : + 50 % depuis mars. Pétrole : remontée des cours aux environs de 80 dollars le baril. Obligations : rendements au plus bas pour les emprunts à deux ans. Aux quatre coins de la planète, le prix des actifs s’envole. Un flot d’argent quasi gratuit a rendu le sourire aux spéculateurs, par ailleurs soulagés de voir l’économie mondiale échapper à l’apocalypse annoncée. Un sourire trop large, si l’on en croit certains spécialistes. Car l’allégresse des marchés n’a aucun écho dans l’économie réelle. Les Etats-Unis ont renoué avec la croissance au troisième trimestre, grâce à la prime à la casse automobile et à la déduction fiscale accordée aux primo-accédants. Mais le chômage n’a jamais été aussi élevé depuis 1983 et le nombre des saisies immobilières grimpe toujours. En Europe, l’Allemagne et <st1:personname productid="la France" w:st="on">la France</st1:personname> ont retrouvé le chemin de la croissance il y a six mois, mais la consommation des ménages reste désespérément faible. Au Royaume-Uni, l’économie continue de se contracter.

    Alors que les cours de <st1:personname productid="la Bourse" w:st="on">la Bourse</st1:personname> flambent, une question se pose : les autorités tentent-elles de résoudre les problèmes causés par l’une des plus grosses bulles de l’Histoire en alimentant une nouvelle fièvre spéculative ? C’est ce qui était arrivé après l’effondrement des actions Internet, lorsque Alan Greenspan, alors président de <st1:personname productid="la R←serve" w:st="on">la Réserve</st1:personname> fédérale américaine (Fed), avait maintenu pendant trois ans les taux d’intérêt à 1 %, déclenchant l’un des plus importants booms de l’immobilier qu’aient connus les Etats-Unis. Cette fois, les banques centrales et les ministères des Finances ont ajouté des baisses d’impôt, une augmentation des dépenses publiques et des mesures d’assouplissement quantitatif [<st1:personname productid="la Fed" w:st="on">la Fed</st1:personname> a notamment racheté une grande quantité de bons du Trésor], fabriquant ainsi un cocktail encore plus détonant. “Nous refaisons les mêmes erreurs que Greenspan”, prévient l’économiste américain Ravi Batra, “mais à une bien plus grande échelle. Une grosse explosion aura lieu l’année prochaine.”

    Boom du crédit et “exubérance irrationnelle”

    De leur côté, les actuels et anciens responsables des banques centrales se veulent rassurants. Selon Frederic Mishkin, ex-gouverneur de la Fed, il existe deux sortes de bulles, les unes liées au “boom du crédit”, les autres fondées sur “l’exubérance irrationnelle” [expression utilisée par Greenspan lors de la bulle Internet des années 1990]. Les premières sont bien plus dangereuses que les secondes, estime Mishkin, parce qu’elles créent une boucle de rétroaction négative. Exemple : le renchérissement des actifs immobiliers permet aux ménages d’emprunter, mais ils investissent ensuite cet argent dans l’achat d’un logement plus grand, ce qui fait encore grimper les prix, et ainsi de suite. Lorsque le marché s’effondre, les malheureux propriétaires se retrouvent avec un bien qui vaut beaucoup moins que ce qu’ils pensaient – et ils croulent de surcroît sous les dettes. Le boom Internet, lui, n’a pas engendré un tel cercle vicieux. Et, pour Frederic Mishkin, la flambée actuelle est du même genre : irrationnelle et inoffensive. Le gouverneur de <st1:personname productid="la Banque" w:st="on">la Banque</st1:personname> d’Angleterre, Mervyn King, partage cette analyse. “Il ne faudrait pas nous retrouver dans un univers où tout le monde qualifie de bulle la moindre hausse des prix des actifs, et d’éclatement de bulle chacune de leurs baisses”, a-t-il récemment déclaré.

    Même ceux qui jugent Frederic Mishkin et Mervyn King particulièrement désinvoltes reconnaissent que le rebond du prix des actifs est en partie justifié – à hauteur, disons, de 20 %. Mais l’humeur des marchés va en général d’un extrême à l’autre : ils broient du noir ou nagent dans l’euphorie. Après s’être préparés au retour de la soupe populaire au printemps, ils misent maintenant sur un vigoureux retour à la normale. C’est justement ce qui inquiète les analystes, insensibles au bon vieil argument selon lequel “cette fois c’est différent”.

    Un nouveau krach risque de se produire

    Il existe trois raisons de craindre une nouvelle bulle spéculative. D’abord, on peut se demander si les banques centrales seront capables de faire la différence entre une bulle du crédit et une bulle de l’exubérance irrationnelle – ou de voir l’une ou l’autre se former. <st1:personname productid="la Fed" w:st="on">La Fed</st1:personname>, par exemple, a nié l’existence d’une bulle de l’immobilier jusqu’à ce que, en 2007, le système financier mondial soit paralysé par la crise des prêts hypothécaires à hauts risques [subprimes].

    Ensuite, les fondamentaux de l’économie mondiale restent fragiles. Et, lorsque les investisseurs finiront par l’admettre, un nouveau krach risque de se produire. “La spéculation qui était à l’origine des problèmes est de retour”, met en garde Graham Turner, de GFC Economics. “Mais l’économie réelle, elle, continue de stagner.” Enfin, si des bulles ne cessent de se former, c’est peut-être parce que l’économie mondiale ne peut de nos jours fonctionner qu’avec de l’argent bon marché et des dettes, qui alimentent de puissants cycles spéculatifs. Selon Turner, les bulles reflètent le fonctionnement actuel du capitalisme : les entreprises délocalisent pour réduire leurs coûts salariaux, ce qui affaiblit tellement la demande dans les pays riches que pour la soutenir il faut gaver les consommateurs de crédit pas cher.

    Et maintenant que va-t-il se passer ? Les autorités espèrent que la hausse des prix des actifs catalysera une forte croissance l’année prochaine. Grâce au renchérissement de l’immobilier et des actions, les ménages se sentiront plus riches et dépenseront davantage. Pour satisfaire leur envie de consommer, les entreprises investiront et créeront des emplois. Mais, tôt ou tard, les Etats et les banques centrales devront mettre fin à leur aide d’urgence. Il leur faudra relever les taux d’intérêt, vendre les obligations qu’ils ont achetées et réduire les dépenses publiques. C’est alors seulement que l’on saura si les banques centrales ont effectivement amorti l’ajustement douloureux de l’économie mondiale ou si elles ont déclenché un nouvel accès d’exubérance irrationnelle.


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