• Une nouvelle génération au chômage

    Une nouvelle génération au chômage

    La reprise est à l'œuvre depuis près d'un an ne crée pas d'emplois ou presque.

    Avec la reprise, à quelle vitesse va repartir l’emploi? Tout dépend de la vigueur de cette reprise bien entendu, et pour l’instant elle se confirme mais son amplitude s’essouffle un peu. Tout dépend aussi de la façon dont les entreprises ont géré leurs effectifs pendant la crise et, en conséquence, comment elles vont maintenant réembaucher.

    Au premier trimestre, l’emploi avait au total reculé de 2,1%, dans les pays développés et le taux de chômage avait augmenté de 50% atteignant 8,7% comme l’a souligné l’OCDE dans sa dernière étude (Perspectives de l’emploi 2010). Ce sont 17 millions de chômeurs en plus! Les pronostics moyens de l’OCDE ne sont pas optimistes: la reprise est à l’œuvre depuis un an mais l’emploi tarde à repartir. Le taux de chômage pourrait encore dépasser les 8% à la fin de 2011 et en tenant compte des inactifs qui souhaiteraient travailler et des travailleurs à temps partiel qui souhaiteraient travailler plus, le taux de chômage devrait être doublé! Le risque est bien que la reprise soit «sans emplois» et que les chômeurs conjoncturels deviennent, hélas, des chômeurs structurels.

    C’est ici qu’il faut regarder les différences entre pays. En Allemagne la récession a atteint 4%, deux fois plus qu’aux Etats-Unis. Pourtant, l’emploi a progressé de 0,7% outre-Rhin tandis qu’il s’effondrait de 5,5% en Amérique. Comment est-ce possible? Grâce au Kurzarbeit, le travail à temps partiel, auquel ont eu recours massivement les firmes allemandes. Elles ont abaissé la durée du travail pour conserver leurs salariés, estimant qu’elles avaient dépensé beaucoup pour les former. Mieux vaut les garder «au chaud» en attendant que reviennent les beaux jours. Cette décision n'est en fait liée que pour «un quart» aux aides versées par l’Etat, selon une analyse de l’Agence fédérale de l’emploi. Ke Kurzarbeit relève avant tout des firmes elles-mêmes. Rien de tel en Amérique où, comme de tradition, les entreprises adaptent au plus vite leurs effectifs et l’état de leurs carnets de commandes. On licencie vite, quitte à réembaucher après rapidement quand revient la croissance.

    Ces deux modèles opposés de gestion de l’emploi sont à mettre en regard, note l’OCDE, du type d’économie. Dans les pays où l’export est un moteur essentiel (Allemagne, Japon, Corée) l’utilisation du temps partiel est une politique courante. Dans les pays où la construction a été, ces dernières années, la source principale de création d’emplois (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Espagne…), domine la perception que la page se tournait avec la crise et que ce secteur n’offrirait plus les possibilités d’hier. Les effectifs ont été réduits sans doute définitivement.

    Le redémarrage de l’emploi se pose évidemment de deux façons différentes selon ces deux types de pays. Pour les premiers, il faut d’abord que l’export reparte. Mais même si c’est le cas, les effectifs resteront stables jusqu’à ce que la durée du travail retrouve le niveau d’avant. Cela peut prendre du temps et le risque est là particulièrement fort que les chômeurs ne trouvent pas de travail. On ne gagne pas, en somme, sur les deux tableaux: le taux de chômage s’élève moins, lors de la récession, mais, lors de la reprise, il ne baisse pas. Pour les seconds pays, il faut que l’économie retrouve des secteurs de croissance pour que l’emploi reparte mais les effectifs sont disponibles.

    D’autres économistes comme Pierre Cahuc soulignent combien les premiers pays ne sont pas aussi gagnants qu’il y paraît. Les réformes passées du marché du travail ont eu pour effet d’accroître la volatilité mais d’en faire payer le prix par les mêmes catégories. Ces réformes ont abouti à la création d’un marché du travail dual, où les «inclus» ont tous les avantages et les «exclus» aucun. C’est le cas en l’Europe où le taux de chômage des jeunes est monté à 20%. Et de réclamer une nouvelle réforme du marché du travail appuyée sur des droits qui augmentent doucement avec la durée dans l’entreprise. Sinon le «gap» entre les différents statuts de l’emploi devient facteur d’immobilisme et de cassure sociale. Au sortir de la crise, si rien n’est fait, une génération entière risque de demeurer au chômage.

    Eric Le Boucher



    Eric Le Boucher est un des fondateurs de Slate.fr. Journaliste, chef de service, chroniqueur économique au journal Le Monde, il est depuis 2008 directeur de la rédaction d'Enjeux-Les Echos. Il est l'auteur d'«Economiquement incorrect».

    Image de Une: Une bannière déployée devant le Parlement britannique à Londres Toby Melville / Reuters


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