• Une transition en crise ? Erik Berglof

    Une transition en crise ?

    Erik Berglof

     

    LONDRES – Les marchés émergents européens ont vécu cette année la pire crise jamais traversée depuis la grande « récession de transition » qui fit suite à la chute du communisme. Cinq pays devraient connaître une chute de leur PIB de l’ordre de deux chiffres. Les prêts non productifs du secteur bancaire et le chômage continuent de grimper dans de nombreux pays.

    Cette région européenne en transition traverse sans aucun doute une crise profonde. Mais est-ce vraiment une crise de la transition du communisme vers une économie de marché ? Comment ont réagi les institutions et les politiques issues du processus de transition ? La crise pourrait-elle remettre en question les réformes en faveur de l’économie de marché ?

    Tout en étant la région émergente à avoir le plus souffert de la crise, l’Europe centrale et orientale a généralement évité l’effondrement de ses devises, les défaillances bancaires systémiques et les pics d’inflation qui ont caractérisé les crises précédentes. Une situation tout à fait remarquable au regard de sa profonde intégration au reste du monde.

    Cette profonde intégration est malgré tout duelle. D’un côté, elle a contribué à créer des liens économiques et une dépendance financière qui ont rendu nombre de ces pays très sensibles à la crise occidentale. D’un autre côté, elle a permis d’atténuer les effets d’un afflux important de capitaux, effets qui se sont avérés être très négatifs lors des crises passées ; elle a contribué à une plus grande maturité des institutions et des réponses données aux problèmes intérieurs et a aussi permis de mobiliser un large soutien international.

    Ces deux aspects de l’intégration (étudiées dans le Rapport 2008 sur la transition de <st1:personname productid="la BERD" w:st="on">la BERD</st1:personname>) sont particulièrement visibles dans le secteur financier. L’intégration financière a été un facteur très important de la croissance à long terme dans cette région de transition et la présence de banques étrangères stratégiques a permis de limiter l’impact de la crise.

    Dans le même temps, l’intégration dans l’économie du reste de l’Europe et du monde a encouragé un essor trop rapide du secteur privé et des emprunts en devises étrangères, ce qui a été un vecteur de complication dans de nombreux pays. Mais la leçon à tirer de cette expérience n’est pas que les pays devraient inverser le processus d’intégration économique, ce qui serait à la fois difficilement envisageable et bien peu raisonnable, mais qu’ils devraient en diminuer les risques.

    Plus à l’est, les économies en transition riches en ressources, telles que <st1:personname productid="la Russie" w:st="on">la Russie</st1:personname> et le Kazakhstan se voient confrontées à un défi encore plus important. Comme les économies financièrement intégrées d’Europe centrale et orientale, ces pays riches de leurs ressources ont dû elles aussi gérer les complications liées à l’arrivée massive de devises étrangères. Mais cet afflux de capitaux semble avoir aussi été un frein au  développement institutionnel.

    Dans certains domaines, particulièrement en ce qui concerne la gestion macroéconomique de l’accumulation et de l’utilisation des fonds de stabilisation, les pays en transition riches en ressources ne se sont plutôt pas trop mal comportés. Mais le but ultime, qui est la diversification et l’amélioration attendue des institutions économiques (et politiques) et le climat des affaires, est loin d’être atteint.

    La crise a aussi mis à l’épreuve certaines idées sur les véritables objectifs de la transition.  La transition du communisme est bien plus que l’adoption d’une simple économie de marché et le basculement des responsabilités économiques de l’État vers le secteur privé. Cela implique aussi le développement de certaines fonctions d’état et l’amélioration des rapports entre l’état et le secteur privé.

    La crise de <st1:metricconverter productid="2008 a" w:st="on">2008 a</st1:metricconverter> mis en lumière la nécessité d’institutions et de politiques de soutien des marchés, particulièrement dans le secteur financier. Cela ne signifie pas forcément plus de régulation, mais bien plutôt une meilleure régulation, pour améliorer les incitations.

    Il reste encore beaucoup à faire en terme de réformes institutionnelles, surtout en Asie centrale et dans certains pays d’Europe de l’est et des Balkans occidentales. De plus, des réformes dans des secteurs spécifiques sont nécessaires dans certains pays Baltiques et d’Europe centrale, particulièrement dans le domaine des énergies durables, de l’efficacité énergétique, des transports et du secteur financier, pour lesquels il faut renforcer les modalités de régulation et de surveillance, encourager le financement de PME et développer des marchés de capitaux locaux.

    A la lumière de la crise actuelle, quelles sont les chances pour que de telles réformes soient instaurées ? La crise aura-t-elle un rôle catalyseur pour relancer les réformes, ou va-t-elle éveiller une violente opposition contre le modèle d’économie de marché ?

    Depuis un an que les pays de la zone en transition traversent la crise, on peut pratiquement éliminer le second scénario. Bien que la crise ait grandement ralenti le rythme des nouvelles réformes, elle a provoqué moins d’inversement de réformes qu’en 1998-1999, par exemple, après la crise en Russie. De plus, les changements de gouvernements depuis début 2008 ont soit mis un frein définitif à l’élan réformateur, soit favorisé les partis réformateurs. Mais une accélération des réformes semble aussi improbable, à l’exception peut-être du secteur financier.

    Donc, alors que la récession mondiale plongeait les pays de la zone de transition dans la crise, elle a démontré la résilience des réformes et de l’intégration économique réalisée au cours des 15 à 20 dernières années. Elle a aussi permis de souligner les travers des modèles de développement poursuivis par les pays en transition. Malgré tout, gérer ces travers n’implique pas de modifier l’agenda de transition mais plutôt de le rallonger.

    Erik Berglof est Chef économiste à <st1:personname productid="la Banque Europ←enne" w:st="on">la Banque Européenne</st1:personname> pour <st1:personname productid="la Reconstruction" w:st="on">la Reconstruction</st1:personname> et le Développement.

    Copyright: Project Syndicate, 2009.
    www.project-syndicate.org
    Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats


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