• USA : il faut combattre le déficit

    USA : il faut combattre le déficit

    Martin Feldstein


     

    CAMBRIDGE – Au cours des trois dernières années, le taux d'épargne des ménages a triplé. Pourquoi ce phénomène ? Que présage-t-il pour l'économie américaine et pour le reste du monde ?

    La montée rapide de l'épargne a entraîné une baisse de la consommation qui a freiné la croissance du PIB en 2009 et au début de 2010. Si le taux d'épargne continue à monter rapidement, il menacera le fragile redémarrage de l'économie. Les importations diminueront, ce qui créera des problèmes pour les pays dont l'emploi dépend des exportations vers les USA.

    L'accroissement de l'épargne (la différence entre les revenus nets des ménages et leurs dépenses) affecte la consommation. L'épargne peut être déposée sur un compte bancaire, investie en actions, en SICAV, dans un plan d'épargne-retraite ou dans un plan épargne entreprise (PEE). Est également comptabilisé dans l'épargne le remboursement des dettes liées aux cartes de crédit ou à un crédit immobilier, mais pas l'augmentation de valeur de l'actif existant (titres en Bourse ou immobilier par exemple), même si cette augmentation accroît le patrimoine des ménages.

    Certains ménages épargnent, tandis que d'autres, notamment les retraités, cassent leur tirelire pour financer leur consommation. Au niveau national, le taux d'épargne net des ménages est la différence entre l'épargne réalisée et l'épargne utilisée par l'ensemble des ménages.

    La récente augmentation du taux d'épargne des ménages américains constitue un renversement de tendance, puisqu'il était à la baisse depuis 1985. Lors des 25 ans précédents, entre 1960 et 1985, les ménages américains épargnaient en moyenne 9% de leur revenu net. Durant chacune de ces deux périodes le taux d'épargne a varié entre 7 et 11%.

    Mais après 1985, divers facteurs ont entraîné une baisse du taux d'épargne qui a chuté à moins de 2% en 2007. La hausse de la Bourse et du marché immobilier a enrichi les ménages, réduisant leur besoin d'épargne en vue de leur retraite et incitant les retraités à piocher davantage dans leur tirelire. Le basculement général de plans de retraite à versements garantis à des plans de retraite où seul est fixé le montant des cotisations a fait que les salariés ont senti directement les effets de la hausse des titres sur leur compte bancaire.

    Autre facteur, la diffusion à grande échelle des cartes de crédit avait incité les Américains à utiliser leur épargne pour acheter des biens et des services à crédit. De même il était devenu de plus en plus facile de bénéficier d'un crédit immobilier. La hausse de l'immobilier permettait aussi aux propriétaires de refinancer leurs prêts, ce qui leur donnait des liquidités pour consommer. Des lignes de crédit garanti par des capitaux immobiliers constituaient un nouvel outil qui finançait la consommation.

    Tout cela a changé brutalement fin 2007 quand l'économie américaine est tombée dans une récession sévère. La Bourse a plongé, les prix de l'immobilier ont chuté de 40%, mettant en position d'insolvabilité un tiers des propriétaires disposants de  prêts immobiliers. Le patrimoine des ménages vaut maintenant 10 000 milliards de moins qu'au début de la récession.

    Du fait de la diminution de leur patrimoine, les ménages doivent épargner davantage en prévision de leur retraite et les retraités ont moins recours à leur épargne. Les banques et les firmes qui distribuent les cartes de crédit sont plus réticentes à renouveler un crédit. Et comme le chômage reste obstinément élevé, beaucoup de ménages épargnent pour disposer d'une réserve au cas où ils perdraient leur travail ou se retrouveraient au chômage partiel.

    Il est impossible de prévoir l'évolution du taux d'épargne. Les ménages qui veulent reconstituer leur patrimoine et la difficulté d'obtenir un crédit font que le taux d'épargne pourrait continuer à monter. Il pourrait dépasser sa valeur de 6,4% observée en juin (le dernier mois pour lequel on dispose de données) et atteindre le taux de 9%, le taux d'épargne moyen de la décennie 1975-1984. Si cela se produisait prochainement, la consommation diminuerait, poussant l'économie dans une double récession. Par contre, si les ménages font preuve de confiance dans le rythme de la reprise, ils pourraient limiter leur épargne afin de maintenir leur consommation, même si leur revenu fléchit. Que se passera-t-il ? Seul le temps nous donnera la réponse.

    L'épargne des ménages ne constitue qu'une partie de l'épargne nette d'un pays. Comme le revenu net des particuliers représente 75% du PIB, un taux d'épargne des ménages de 6% correspond à 4,5% du PIB. La part de bénéfices non distribués des entreprises est de 3% compte tenu de la dépréciation des usines et de l'équipement en place. L'ensemble de l'épargne privée (celle des ménages plus celle des entreprises) représente 7,5% du PIB. Malheureusement les emprunts de l'Etat pour financer son déficit devraient absorber 5% du PIB durant le reste de la décennie. Autrement dit, le taux d'épargne net du pays ne serait que de 2,5% du PIB.

    Un taux d'épargne aussi bas ne permet pas de financer l'ensemble des investissements dont le pays a besoin en termes d'usines, d'équipement et de logements. Aussi, malgré la hausse du taux d'épargne des ménages, si le gouvernement fédéral ne prend pas des mesures pour réduire le déficit que creusera encore le budget dans les années à venir, les USA dépendront de l'arrivée de capitaux étrangers. Si cela se produit, les déséquilibres qui touchent l'ensemble de la planète continueront à représenter un facteur de risque supplémentaire pour l'économie mondiale.

    Martin Feldstein est professeur d’économie à Harvard. Il a dirigé le comité des conseillers économiques du président Reagan et le Bureau national de la recherche en économie (NBER).

    Copyright: Project Syndicate, 2010.
    www.project-syndicate.org

     


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