
« Aucune pomme n’est tombée sur nos têtes, aucune ampoule ne s’est mise à clignoter. Les actions avaient fortement grimpé depuis plus de dix ans et les experts s’accordaient à dire qu’elles avaient atteint la stratosphère. Elles étaient mûres pour une chute, mais elle ne vint pas. C’est même le contraire qui s’est produit. »C’est ainsi que débute « Dow 36,000 », le livre publié aux Etats-Unis en 1999, et qui annonçait rien moins que l’indice phare de Wall Street atteindraient les 36.000 points, sa valeur« normale », dans les prochaines années.S’il fut qualifié à l’époque comme l’un des« ouvrages les plus idiots jamais publiés sur le sol américain »par le grand prix Nobel d’économie Paul Samuelson, ce fut une des rares voix discordantes, le livre ayant connu un succès foudroyant. Nous étions alors à l’orée du nouveau siècle qui allait immanquablement annoncer une« nouvelle économie ». Les actions étaient le véhicule de choix pour atteindre cette« nouvelle ère »de prospérité sans fin et en retirer tous les profits. Dans la folie ambiante, l’adage historique, en partie fondé, « les actions sont le meilleur des placements à long terme », fut travesti et remplacé en « les actions ne peuvent jamais perdre à long terme ». De ce point de vue, la dernière décennie fut bien celle des illusions perdues. Ainsi, sur dix ans, soit deux fois la durée minimale d’investissement recommandée pour les actions (cinq ans), celles-ci affichent des reculs. Leur rendement réel annuel moyen sur cette période a été compris entre – 1 % (Royaume-Uni) et – 4,8 % (Japon), selon les estimations des chercheurs de la London School of Economics pour le compte du Credit Suisse. La France (– 1,8 %) et les Etats-Unis (– 2,7 %) sont dans une position intermédiaire. Des performances bien éloignées de leur tendance de très long terme (1900-2009) qui va de 6,2 % (Etats-Unis) à 3,1 % (France).Les pays anglo-saxons (Etats-Unis, Australie, Royaume-Uni) ont des rendements plus importants que ceux des pays européens. Les performances des actions restent bien supérieures à celles des obligations ou liquidités, mais au prix bien sûr d’une volatilité bien plus grande. Exemple, en Europe, les actions ont gagné 4,8 % par an, en réel, sur très longue période contre 0,8 % et 0,9 % pour les obligations et liquidités. Des chiffres respectifs de 5,4 %, 1,7 % et 0,9 % pour les actions internationales.
Mais, aujourd’hui, certains chercheurs remettent en cause l’ampleur du surcroît de performance historique des Bourses par rapport aux autres investissements, notamment pour des questions de méthodologie et calculs.« La crise a remis en cause non pas l’intérêt des actions pour un investisseur à long terme mais certaines idées fausses couramment répandues. En particulier, il n’est pas justifié de dire que les actions sont peu risquées, ni qu’un épargnant doive toujours être investi au maximum sur cette classe d’actifs dans une optique’buy and hold’[détention à long terme, NDLR] », avaient souligné Olivier Garnier et David Thesmar dans leur rapport (1) remis au printemps 2009 au Conseil d’analyse économique.La « décennie perdue » a aussi rappelé que les actions pouvaient s’écarter fortement et longtemps de leur performance de long terme. Le fameux « retour à la moyenne » n’est pas mécanique et sa force de rappel fait parfois cruellement défaut. Les bulles à répétition qu’ont connues les marchés en dix ans en apportent la preuve. Elles conduisent aujourd’hui de nombreux investisseurs à réévaluer drastiquement et à la hausse le risque des actions. Leur évolution chaotique serait ainsi révélatrice d’un capitalisme financier profondément instable, qui a vu le jour au début des années 2000 et failli sombrer avec la faillite de la banque Lehman Brothers.
(1) « Epargner à long terme et maîtriser les risques financiers », mai 2009.
Cela fait un bout de temps que je le dis et que je l'applique, les conséquences sont énormes.