

Elle n’a pas prononcé le mot rigueur, seulement la première syllabe. Aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, qui se tenaient de vendredi à dimanche, Christine Lagarde a inventé le mot « rilance ».« Pour moi, relance ou rigueur n’est pas un nœud gordien, nous pratiquons une politique de rilance. »La ministre s’inscrivait bien dans le défi que s’était fixé le Cercle des économistes pour cette dixième édition : rechercher la nouvelle croissance… sans tuer l’ancienne. Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, insiste naturellement sur le volet rigueur :« Austérité, rigueur, appelez cela comme vous voulez, pour moi c’est de la bonne gestion. »Laura d’Andra Tyson, conseillère économique du président américain Barack Obama, va dans l’autre sens :« Je veux introduire la notion de demande. Si on baisse la dépense publique trop vite, cela va nuire au secteur privé qui n’a pas les moyens aujourd’hui de prendre le relais. »Dans leur communiqué final, les économistes du Cercle abondent dans ce sens :« Une rigueur mal conçue et mal coordonnée pourrait abaisser une croissance potentielle déjà faible. »Le Cercle a fait une profession de foi qui se veut très optimiste.« Nos pays ont-ils encore un avenir ? Résolument oui. »Mais la tonalité générale des débats était plutôt au doute sur les moyens de sortir de la crise, en particulier pour l’Europe. Les grands déséquilibres financiers mondiaux sont toujours là et vont donc engendrer de nouvelles crises.
La gouvernance mondiale a du mal à s’imposer, malgré les déclarations fortes des politiques.« Nous n’assistons pas à la globalisation, mais à la ’somalisation’ de l’économie mondiale,affirmait Jacques Attali.L’économie de marché est globale, mais il n’y a pas d’Etat global. »Le chantier de la réglementation financière en est encore aux fondations. Si les propositions ont fusé sur la réforme des institutions européennes, aucune n’est pour l’instant retenue. Et, si le dynamisme des pays émergents a été unanimement salué comme un signe encourageant, le débat a été vif sur les perspectives de la Chine. Sa démographie va s’affaiblir, les inégalités explosent et sa dépendance aux pays occidentaux reste forte.« La Chine a connu cinquante ans de croissance négative. Actuellement, on assiste au rebond »,a relativisé l’historien Maurice Lévy-Leboyer.Comme souvent, les raisons d’espérer sont venus des hommes et des femmes du terrain économique – c’est-à-dire des entreprises. Philippe Bourguignon, l’ancien patron du Club Med, a raconté ses lancements de nouvelles entreprises (location de voitures, résidences de vacances à la carte). Seul problème : il n’a pas trouvé d’argent en Europe. Il s’est donc installé aux Etats-Unis, où le fondateur d’AOL, Steve Case, lui a avancé 500 millions de dollars. Stephen Green (HSBC), Anne Lauvergeon (Areva), Christophe de Margerie (Total), eux, ont témoigné d’une confiance raisonnée en l’avenir. Le patron du groupe pétrolier s’est fait applaudir en demandant une moindre intervention du politique dans l’économie. Mais comment, sans des Etats puissants, créer par exemple une taxe carbone pour orienter l’ensemble des acteurs économiques vers de nouvelles productions ? La quête de la nouvelle croissance ne fait que commencer.
Christine Lagarde, hier, lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. Ici aux cotés de Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes.PHOTOPQR/LA PROVENCE