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Expliquer la finance et l'économie par un praticien. Participer a la compréhension d'une matière d'abord difficile mais essentielle pour le citoyen.

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Fin de la crise ? On croit rêver ! PASTRE olivier

[ 18/06/09  ] <script language="Javascript" src="http://commentaires.lesechos.fr/onglet2.php?id=4876519"></script>

Depuis quelques semaines, malgré la météo morose, de nombreux médias nous donnent à croire que l'économie mondiale connaît une embellie inespérée. La crise serait-elle finie ? C'est ce que l'on essaie de nous faire croire. Et il faut reconnaître qu'un certain nombre d'« hirondelles » semblent faire le « printemps » économique. Certains indicateurs américains avancés, dont la capacité prédictive est unanimement reconnue (comme les indicateurs ISM et PMI), témoignent d'une amélioration du moral des entreprises de ce pays. De même, les indicateurs concernant les pays émergents semblent virer progressivement au vert. Serait-ce la preuve que le marché intérieur de ces pays pourrait être susceptible de constituer un relais de croissance aux exportations ? Par ailleurs, les dépréciations d'actifs bancaires semblent marquer le pas, permettant même à un certain nombre de banques américaines de rembourser les fonds avancés par l'Etat, et donc de retrouver leur liberté en matière de rémunération de leurs dirigeants... Enfin, on peut espérer que les mesures de relance budgétaire prises, en contravention parfaite avec les dogmes prévalant depuis vingt ans (et, en premier lieu, le Pacte de stabilité européen), vont commencer à porter leurs fruits.

Ces quatre « hirondelles » font-elles, pour autant, le « printemps » de la fin de la crise ? La réponse est clairement « non ». Car, si un coin de ciel bleu existe bel et bien, la couverture nuageuse n'en reste pas moins dominante. Et ce, sur tous les fronts.

Au plan microéconomique, si les grandes entreprises, intelligemment mondialisées, arrivent momentanément à « tirer leur épingle du jeu », l'immense cohorte de PME subit de plein fouet le contrecoup d'un « credit crunch » que les banquiers nient mais que les statistiques les plus sérieuses commencent à révéler. Au niveau mésoéconomique, aucune réforme sérieuse n'a été mise en oeuvre à ce jour, alors que la crise a éclaté depuis près de deux ans. Malgré les pistes tracées par le G20 de Londres, rien ou presque n'a été fait. Qu'il s'agisse des agences de notation, des paradis fiscaux ou encore des moyens dont disposent les régulateurs bancaires. La réforme américaine reste insuffisante. Et ce, au moment même où se révèlent de nouveaux « champs de mines » qu'il paraît extrêmement périlleux de franchir. Ainsi en est-il, par exemple, des fonds de pension qui, aux Etats Unis, sont passés au- dessous du « seuil de flottaison » (à savoir, leur capacité de faire face à leurs engagements) ou encore des « hedge funds », dont les meilleurs connaisseurs prédisent la disparition pure et simple d'un tiers des effectifs. Ou encore des cartes de crédit aux Etats-Unis. Ou encore des LBO en Europe. Ou encore des CDS (« credit default swaps », produits de titrisation dont le marché dépasse le PNB mondial...) partout dans le monde.

Quant au niveau macroéconomique, ce n'est guère mieux. Même si le dollar résiste, grâce aux Chinois, l'absence complète de coopération budgétaire à l'échelle de la planète donne toujours une prime aux « passagers clandestins » (comme l'Allemagne), qui profitent des efforts des autres sans, pour cela, payer leur écot aux efforts collectifs.

Compte tenu de ces multiples « épées de Damoclès » la question posée est la suivante : faut-il prêcher le faux (la fin de la crise) pour connaître le vrai (le retour de la confiance) ? Notre conviction est la suivante. La confiance ne se recrée pas de manière artificielle. La méthode Coué n'a jamais durablement fonctionné en économie. Mieux vaut ne pas se voiler la face et accepter la dure réalité. La crise n'est pas finie et les réformes pour sortir de celle-ci sont, plus que jamais, nécessaires. Il a fallu la faillite de Lehman Brothers pour que les politiques de tous pays prennent la mesure de l'ampleur de la crise et acceptent d'organiser un G20, sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy, alors président de l'Union européenne. La même peur devrait, à ce jour, avoir les mêmes effets. C'est-à-dire la mise en oeuvre effective des réformes sur lesquelles la plupart des experts se sont, aujourd'hui, mis d'accord. Faute de quoi il est à craindre que les rares « hirondelles » économiques de ce printemps connaîtront un automne particulièrement cruel...

Olivier Pastré est professeur d'économie à Paris-VIII.

Pastre Olivier 

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