
« Un des leitmotiv depuis le début de la crise est d’éviter de répéter les erreurs de la grande dépression des années 1930. Les dévaluations compétitives ’égoïstes’ sont ainsi perçues comme une des grandes erreurs de cette époque en ce qu’elles ont alors conduit à une augmentation du protectionnisme et une dislocation du commerce international »,remarquent les économistes Sebastian Weber et Charles Wyplosz dans un document de recherche (1). Depuis fin 2008, quelques pays ont quand même cédé à cette tentation en décidant de dévaluer leur monnaie (illustration). Ce fut notamment le cas de l’Ukraine, <st1:personname productid="la Suisse" w:st="on">la Suisse</st1:personname>, <st1:personname productid="la Biélorussie" w:st="on">la Biélorussie</st1:personname> ou l’Arménie… A la différence des années 1930, les pays ont aujourd’hui davantage d’outils, conventionnels ou pas, à leur disposition pour influer sur le cours de leur devise et l’affaiblir.
Du côté des autorités américaines, il n’en est officiellement pas question. La politique officielle en matière de change est invariablement celle du dollar fort. Elle vise notamment à rassurer les investisseurs internationaux en les incitant à continuer à acheter des actifs financiers « made in USA », sans craindre de voir le billet vert plonger et réduire l’attractivité de ces placements. Il faut en effet que le reste du monde continue d’acheter des titres américains (obligations) pour financer son abyssal déficit courant. Pourtant, un affaiblissement graduel et maîtrisé du billet vert arrangerait bien les Etats-Unis, en donnant un coup de pouce à leurs exportations tout en réduisant son déficit. Au second semestre 2008, les achats d’obligations d’Etat (T-bonds) américaines par les non-résidents ont été de 323 milliards de dollars. Ils n’ont été que de 62 milliards de dollars au premier semestre de cette année. Le billet vert est devenu la monnaie de financement fétiche des artisans de la stratégie dite du « carry-trade ». Les opérateurs empruntent à des taux très bas des dollars pour les céder ensuite pour acheter des monnaies qui offrent des taux d’intérêt très supérieurs, telles des devises comme le dollar australien, le rand sud-africain, le real brésilien… Des mouvements qui exercent une nette pression à la baisse sur le billet vert.Avec le maintien des taux à court terme américains à un bas niveau encore un certain temps (premier semestre 2010), ces opérations, non dénuées de risques, devraient se poursuivre. En revanche, dès que la volatilité des monnaies partie prenante du « carry-trade » augmente notablement, les rendements de cette stratégie paraissent bien limités au regard des pertes potentielles qu’elle peut subir. En effet, les gains retirés sur les rendements des devises cibles du « carry-trade » sont plus qu’annihilés par la chute de la valeur de ces monnaies, parfois vertigineuse en quelques jours seulement. La remontée du billet vert depuis quelques semaines, avec un euro qui terminait vendredi à 1,4625 dollar, peut s’expliquer peut-être en partie par le débouclement des opérations de « carry-trade » avec l’approche de la fin d’année. Des opérations qui pourraient toutefois repartir de plus belle en 2010.

(1) « Exchange Rates during the Crisis », Sebastian Weber, Charles Wyplosz, Policy Research Working Paper 5059, The World Bank.