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Expliquer la finance et l'économie par un praticien. Participer a la compréhension d'une matière d'abord difficile mais essentielle pour le citoyen.

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Le modèle danois sacrifié sur l’autel de la rigueur En réduisant la durée d’indemnisation du chômage

Le modèle danois sacrifié sur l’autel de la rigueur

En réduisant la durée d’indemnisation du chômage, le gouvernement risque de déséquilibrer le marché du travail, qui repose sur la fameuse “flexisécurité”.

Rasmus Bo Sørensen, Trine Møller

Si le plan d’économies du gouvernement et du Parti populaire da­nois est adopté par le Parlement [ce qui semble imminent], ce sera peut-être la fin du modèle de “flexisécurité” qui caractérise depuis des an­nées notre marché de l’emploi. Dans une nouvelle enquête commanditée par le club de réflexion centro-libéral Cevea, deux Danois sur trois répondent en effet qu’ils exigeront un allongement du préavis de licen­ciement et une plus grande sécurité de l’emploi si le projet de la coalition libéraux-conservateurs-extrême droite de ramener la période d’indemnisation du chômage de quatre à deux ans devient réalité.

“De nombreux indices montrent que l’incertitude économique en cas de chômage a atteint la limite de l’acceptable pour les Danois”, affirme Jens Jonatan Steen, directeur de Cevea. “Si le plan est adopté, les syndicats seront vraiment sous pression lors des prochaines négociations, car leurs adhérents réclameront des contrats plus rigides et de plus longue durée pour compenser la faiblesse du système des allocations chômage.” Cela aura, d’après lui, des répercussions sur le modèle de flexisécurité – et donc sur l’ensemble du marché de l’emploi. “Les salariés ne seront pas les seuls à être frappés. Les employeurs aussi paieront cher cette décision”, affirme-t-il.

Le compromis social risque de s’écrouler

Pendant des années, le Danemark a été l’un des superchampions mondiaux en matière de flexibilité. Les entreprises ont eu toute latitude pour embaucher et licencier parce que le système des allocations chômage assurait parallèlement une sécurité financière aux salariés. Mais, si le plan d’austérité de la coalition majoritaire passe, le compromis social risque de s’écrouler, explique Flemming Ibsen, spécialiste du marché du travail à l’université d’Aalborg. “Le plan d’économies du gouvernement rompt l’équilibre du modèle de flexisécurité. Or il ne sert à rien que les politiques essaient tout à coup de fausser cette balance en réduisant les droits sociaux. Car les syndicats, naturellement, réagissent”, affirme-t-il. Résultat : “Les employeurs hésiteront davantage à embaucher parce qu’ils auront peur de ne plus pouvoir se défaire ensuite de leurs salariés. Cela risque de diminuer les perspectives d’emploi (notamment pour les jeunes) et d’augmenter le chômage de longue durée. C’est exactement le contraire de ce qu’il nous faut aujourd’hui.”

D’après Flemming Ibsen, on peut constater les effets de ce scénario catastrophe dans des pays comme l’Allemagne et la France, où il coûte aujourd’hui très cher aux entreprises d’ajuster leurs effectifs à la baisse ou à la hausse. En France, par exemple, la législation oblige les employeurs à verser des indemnités de licenciement qui représentent au moins 10 % du salaire annuel. “On constate que, dans tous les pays qui disposent d’un système d’indemnisation du chômage aux mailles plus lâches que le nôtre et dont la durée est loin d’être aussi longue, les salariés font payer très cher le licenciement aux employeurs. On peut s’attendre à une évolution similaire au Danemark”, prévient l’universitaire.

De son côté, le directeur du patronat danois, Jørn Neergaard Larsen, pense qu’une réduction de la durée des allocations chômage assainira l’ensemble du marché de l’emploi. “La durée des allocations est trop longue, affirme-t-il. On sait qu’après une période de chômage de plus d’un an et demi les perspectives de retrouver un emploi correct diminuent considérablement. Il est donc néfaste de pouvoir rester au chômage pendant quatre ans, parce que cela disqualifie l’intéressé et cela donne un marché du travail peu réactif.” D’après lui, “les Danois ne doivent pas avoir peur d’un raccourcissement de la durée de ces allocations. Mais d’autres facteurs sont inquiétants : je pense à la croissance insuffisante. Si rien ne change, elle va avoir des effets néfastes et, pour commencer, mettre en péril le bien-être social.”

Négociations

Le marché du travail danois, connu dans le monde entier pour la forte implication des partenaires sociaux, présente trois caractéristiques principales, explique le quotidien Berlingske Tidende :

• près de 80 % des salariés sont syndiqués ;
• les syndicats, les employeurs et les dirigeants politiques adoptent ensemble l’essentiel de la politique de l’emploi ;
• les représentants des salariés et les employeurs définissent en­semble les salaires et les conditions de travail par l’adoption de conventions collectives, sans intervention des politiques.

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