• La guerre des monnaies menace le commerce mondial

    La guerre des monnaies menace le commerce mondial

    Le G20 tente d'éviter les réactions unilatérales et désordonnées de ses membres

     

     

    Le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mervyn King, brandit la menace d'un " effondrement catastrophique de l'activité mondiale, comme dans les années 1930 ". Le premier ministre indien, Manmohan Singh, se dit " inquiet de la situation " et appelle, dans le Financial Times, à un esprit de consensus entre grandes puissances.

    Les tensions croissantes sur le marché des changes peuvent-elles dégénérer au point de compromettre la reprise mondiale ? Le sujet dominera les débats des ministres des finances du G20, réunis vendredi 22 et samedi 23 octobre en Corée du Sud pour préparer le sommet de Séoul des 11 et 12 novembre. Partout dans le monde, les dirigeants s'inquiètent du risque de voir éclater une " guerre des monnaies " susceptible de se muer en guerre commerciale.

    Une monnaie faible : un enjeu crucial Les pays industrialisés connaissent une reprise poussive et un chômage élevé. Aux prises avec des déficits colossaux, ils manquent de marges de manoeuvre budgétaires pour soutenir l'activité. L'arme des taux de changes est alors tentante : une monnaie faible permet de doper les exportations en baissant le prix des produits vendus à l'étranger.

    A l'inverse, " l'importation est l'ennemie absolue, car elle se substitue au travail du salarié local ", souligne Jean-Hervé Lorenzi, professeur à Paris-Dauphine. Le Japon s'est inquiété, mercredi 20 octobre, de la vigueur du yen qui " détériore le climat des affaires ", selon le vice-gouverneur de la Banque du Japon, Kiyohiko Nishimura.

    Mais les pays émergents refusent de supporter une trop large part de l'ajustement monétaire. Même si la crise n'est plus, pour la plupart d'entre eux, qu'un lointain souvenir, tous restent soucieux de préserver les exportations, moteur de leur croissance.

    Quelles armes pour dévaluer sa devise ? Les banques centrales peuvent tenter d'agir sur les cours en accumulant des réserves de change grâce à la vente de leur monnaie contre du dollar ou d'autres devises. C'est ainsi que procède la Chine, avec succès puisque cette politique est couplée à un contrôle des capitaux. C'est ce qu'a fait le Japon mi-septembre, avec un résultat très mitigé : difficile d'influencer un marché où s'échangent chaque jour 4 000 milliards de dollars.

    Les Etats-Unis ont connu un succès plus net en annonçant la perspective d'un nouvel assouplissement monétaire. Depuis que la Réserve fédérale américaine (Fed) a averti qu'elle pourrait refaire tourner la planche à billets, le billet vert est en chute. " Son objectif n'est pas tant une baisse du dollar qu'une stimulation de la demande ", fait remarquer Anton Brender, chez Dexia AM. Dans une moindre mesure, des pays émergents comme le Brésil ou la Thaïlande essaient de limiter l'afflux de capitaux spéculatifs - et donc l'appréciation de leur monnaie - en taxant les achats de titres par des investisseurs étrangers.

    Des points de crispation multiples La Chine et sa politique de taux de change sont au coeur des tensions. Le bras de fer sino-américain se durcit : Washington, relayé par Bruxelles, accuse Pékin de maintenir le yuan artificiellement bas. D'autres conflits ont émergé. Le Japon s'en est pris à la Corée du Sud, mi-octobre, l'accusant d'interventions pour faire baisser le won. Les pays industrialisés reprochent aux émergents de freiner l'appréciation naturelle de leurs devises. Au sein des économies avancées, l'Europe s'agace tout bas de voir les Etats-Unis laisser filer le dollar.

    Le risque d'un retour au protectionnisme ? Une " guerre des monnaies "peut dégénérer en guerre commerciale. Pour protéger leurs produits et leurs emplois, les Etats puisent dans l'arsenal composé de droits de douane, contingents d'importation, réglementations techniques et subventions à l'export ou à la production.

    En vain, comme l'a prouvé la loi américaine Hawley-Smoot du 17 juin 1930 qui augmenta, au début de la Grande Dépression, les droits de douane à l'import sur plus de 20 000 produits. Certes, les importations en provenance d'Europe en furent amputées de quelque 70 %, mais les exportations américaines vers l'Europe chutèrent en proportion, celle-ci ayant riposté.

    Aujourd'hui, les argumentaires sont plus sophistiqués, en raison de l'existence de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui interdit l'unilatéralisme. C'est ainsi que la Chambre américaine des représentants vient d'adopter un projet de loi prévoyant des taxes à l'importation sur les produits chinois, la sous-évaluation du yuan constituant, selon elle, une subvention déguisée.

    La réplique n'a pas tardé : la surtaxe à l'importation de 105 % infligée depuis le mois de janvier aux poulets américains jugés subventionnés par Pékin a été prorogée.

    Pour l'instant, les rapports de l'OMC concluent à une quasi-innocuité des restrictions aux échanges et des distorsions de concurrence mises en place par ses membres, car elles n'affectent que 1 % des échanges mondiaux.

    Mais Pascal Lamy, directeur général de l'OMC, commence à s'alarmer, et rappelle que ses membres ne peuvent espérer régler leurs déséquilibres macroéconomiques unilatéralement et par le biais du commerce. C'est ainsi qu'il a déclaré, mardi, à Genève : " L'Histoire nous jugera sévèrement si nos efforts collectifs pour juguler la crise économique sont contrariés par la recherche solitaire d'un gain à courte vue. "

    Alain Faujas et Marie de Vergès


  • Commentaires

    1
    Jeudi 6 Décembre 2012 à 16:15
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    2
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